L’apprenti sorcier…

 

«L’Apprenti sorcier» (Der Zauberlehrling) est un poème de Goethe écrit en 1797 et popularisé dans  Fantasia, le film de Walt Disney, produit en 1940. Ce poème traduit parfaitement la manière dont le Maire de Toulouse, Pierre Cohen, gouverne la ville. Les grandes agglomérations sont des organismes vivants dont il faut gérer l’évolution en effectuant des choix courageux… mais sans brutalité. Un élu responsable doit s’efforcer de maîtriser toutes les conséquences induites par ses choix politiques sinon il court le risque – tel l’apprenti sorcier – d’être complètement dépassé par les conséquences de ses actes et d’étouffer sa ville.  Le choix de «passer en force» au nom de la nécessité d’aller vite est pour le moins surprenant… à deux ans de la fin du mandat municipal. La frénésie actuelle de chantiers traduit une sorte de compensation au regard des quatre premières années d’immobilisme. Cette frénésie génère en soi des incohérences et des approximations accentuées par la remise en cause des équipes efficaces qui autrefois géraient le service circulation et dont l’efficacité a été diluée dans la mise en place bâclée de la Communauté Urbaine. Lorsque je dirigeais le service circulation de la ville de Toulouse, je présidais – tous les 15 jours – une réunion regroupant les principaux acteurs de la circulation à Toulouse. On y trouvait les techniciens de la ville de Toulouse, la chambre de métiers et la chambre de commerce, les taxis, le Samu, Tisséo, les déménageurs, les transporteurs… A chaque réunion nous analysions le bilan des incidents passés et nous évoquions tous les dossiers à venir… Le débat était technique et perm

anent. Lors de la création de la ligne B du Métro s’est posé le problème de la création du carrefour des voies sur le site de Jaurès. La solution la plus simple consistait à creuser un vaste trou bloquant durant deux ans les flux des boulevards. Nous avons choisi de suivre le chantier sans jamais bloquer ce site. Durant deux ans, tous les 15 jours, nous avons suivi ce site, modifié plus de 20 fois le passage des véhicules… sans jamais bloquer le carrefour au nom de la mobilité indispensable à la vie d’une ville. Ces réunions n’ont plus lieu et les chambres consulaires n’ont même pas été consultées lors de la présentation du projet de la ligne G ! De fait, de multiples problèmes quotidiens se posent aujourd’hui avec des calendriers de travaux bloquant les toulousains et lancés sans aucune coordination…  L’enquête publique a révélé que cette nouvelle ligne n’aura qu’un impact faible en matière de transports en commun mais qu’elle génèrera d’importants blocages automobiles. L’axe sortant de la route d’Espagne sera largement obstrué malgré la montée en puissance du cancéropole. Il n’y aura pas d’alternative «transports en commun»… mais la simple création d’une situation de blocage d’un dispositif par un autre. Le choix de combler le passage souterrain de Saint Michel va accentuer ce blocage avec de multiples impacts pour les usagers (Quel trajet pour les bus 12 et 52 ?) et entrainer une fragilisation évidente des commerces de proximité ne bénéficiant plus de la clientèle de passage ! L’hypothèse saugrenue d’un téléphérique Rangueil/Canceropole ne constitue pas une véritable alternative. Lorsque nous avons décidé de faire cesser l’effet rond point de la circulation automobile autour de la Place du Capitole et de St Sernin tout en réduisant les flux rue d’Alsace, nous avons agi en coïncidence avec le lancement de la ligne B, véritable alternative aux flux voitures. Il est absurde de vouloir opposer les moyens de transports mais il faut les combiner. La présentation par le maire de Toulouse d’un système de « mails informatifs » pour répondre au blocage de la ville apparait dérisoire au regard des problèmes qui ont été générés par l’équipe actuelle… Au-delà du fait que l’info en temps réel a été mise en place depuis plus de 10 ans et qu’elle est accessible d’un simple clic, les solutions proposées rappellent le désarroi de l’apprenti sorcier tentant maladroitement de traiter un problème qui le dépasse et dont il est à l’origine.

Jean-Michel Lattes, Ancien Maire-Adjoint chargé de la circulation, du stationnement et des transports, Porte-parole de Toulouse Avenir.



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