L’Anthropocène

Alors que la guerre de la truffe n’empêche pas le “diamant noir” d’être omniprésent dans les assiettes du réveillon et sur les marchés où elle se négocie entre 500 et 1 000 euros le kilo, selon sa nature, sa forme et son volume ; que les avocats Roland Dumas (ancien Président du Conseil Constitutionnel) et Jacques Vergès organisent la contre-attaque diplomatique de Laurent Gbagbo (vrai-faux président de Côte d’Ivoire) ; que le conservateur populiste hongrois, premier ministre de Hongrie, Viktor Orban va président l’Union Européenne pour six mois ; que “notre” Alain Mimoun national vient de fêter ses 90 ans (!), ce sont les traditionnels vœux de début d’année qui attirent encore un peu l’attention et qui suscitent chroniques et commentaires en cette année préélectorale marquée par les élections cantonales et des sénatoriales qui pourraient peut-être – une première sous la Ve République – faire basculer le Sénat à gauche avec un nouveau Président (les sénateurs Bel et Baylet seraient d’éventuels candidats, d’autres parlent de Martin Malvy qui quitterait la Région Midi-Pyrénées pour la Chambre haute après avoir candidaté dans le Lot en septembre prochain).

 
C’est dans un nouveau cadre “l’anthropocène” que nos vœux s’échangent. L’anthropocène (du grec anthropos, homme), désigne l’époque (de 1784 à aujourd’hui) où les activités de l’homme transforment la géophysique de la planète ; c’est pour le moment, selon Claude Lorius, «une métaphore forte mais informelle des changements climatiques comme une nouvelle ère géologique, dernière époque du quaternaire commencé il y a 2,6 millions d’années». C’est avec de nouveaux impératifs que se plante peu à peu le décor de 2011 alors que 2010 vient de tourner sur ses gonds.
Les vœux “républicains” du Président Sarkozy confirment ses priorités pour 2011 : dépendance, fiscalité du patrimoine et justice. Le candidat-président veut «défendre la République», incarner un Président protecteur qui fait son devoir en assumant des réformes impopulaires comme celles des retraites, en tentant de reconquérir un électorat populaire de nouveau tenté par le Front national ; en essayant de lutter contre le slogan du PS parlant de «république abîmée» alors qu’il prônait en 2007 une «république irréprochable». Voilà donc le temps de trois débats déterminants : celui de six mois sur la dépendance des personnes âgées (inscrit dans le projet de loi de finances pour la sécurité sociale de 2012) ; celui du bouclier fiscal dont il espère se débarrasser (c’est un vrai boulet politique qui lui vaut d’être traité de «Président des riches»), enfin celui de la justice avec l’introduction des jurys populaires dans les tribunaux correctionnels ou aux côtés du juge d’application des peines. Voici aussi le temps d’une certaine fin de “l’hyper-présidence” c’est-à-dire d’un Président suroccupant moins l’espace médiatique et privilégiant désormais, comme Jacques Chirac en son temps, les déplacements en province, les tables rondes sur des sujets-antiennes très classiques (sécurité, industrie, agriculture, santé, éducation). Voici donc le temps d’une pré-campagne électorale qui dit presque son nom !
Des actions présidentielles qui s’inscrivent dans un climat politique européen marqué par l’offensive des extrêmes droites : coup sur coup en deux ans, l’extrême droite a frôlé ou franchi la barre des 10 % voire des 15 % lors d’un scrutin national dans plusieurs États européens comme la Belgique (17,1 %) la Bulgarie (12 %) la France (10 %) la Hongrie (14,8 %) les Pays-Bas (17 %) ou la Norvège (17,9 %). En Italie la Ligue du Nord sécessionniste préside la Lombardie, la Vénétie et le Piémont. Le fonds de commerce de ces extrêmes droites : l’exploitation de la crise sociale, le désenchantement vis-à-vis du politique et le rejet des musulmans. Le philosophe Jurgen Habermas déplore que «l’Europe soit malade de la xénophobie». Il ajoute, comme un appel à une forme d’éthique républicaine : «Ce qui constitue une véritable source d’inquiétude, c’est que des politiciens peu scrupuleux soient en train de découvrir qu’ils peuvent distraire les angoisses de leurs électeurs en les incitant à l’agression ethnique ; c’est que nous soyons confrontés à une rechute dans l’interprétation ethnique de la Constitution».

Stéphane Baumont


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