La voix de la raison

La réforme des institutions passe à une voix près, c’est avant tout une victoire de la démocratie qui prouve, si besoin était, qu’une voix suffit pour avoir la majorité.
Cette réforme a fait couler beaucoup d’encre, elle ne satisfait personne mais elle a le mérite d’exister et de marquer un véritable tournant l’année du cinquantenaire de la constitution de la cinquième République. Le contraire aurait aussi bien pu être et une seule voix manquer à cette réforme pour la renvoyer aux oubliettes. Que n’aurait-on dit alors !
Prenons les choses dans l’ordre, la réforme des institutions, préparée par la commission Balladur a été très difficile à mettre en forme. Tout le monde se souvient des aller et retour entre le Parlement et le Sénat, avec à chaque fois les modifications qui rendaient certains articles caduques ou inutiles. Il aura fallu bien des efforts pour pondre ce texte, et comme tout texte rencontrant un consensus, il ne satisfait personne. Ni les tenants de la réforme qui en auraient voulu plus, ni les opposants qui en auraient voulu moins.

 


La véritable nouveauté de cette réforme, c’est que tout le monde y trouve son compte en partie. Le pouvoir des citoyens en premier qui se trouve renforcé avec par exemple les référendums d’initiatives populaires rendus possibles. Le pouvoir du Parlement lui aussi se trouve renforcé même si ceux qui le souhaitaient voulaient aller plus loin. Et enfin le pouvoir du président de la République. En revanche, les frilosités des sénateurs seniors avancés, les freins des gaullistes conservateurs qui ne veulent jamais toucher à rien de ce qui s’est fait il y a cinquante ans, les querelles de basse politique des socialistes, tout cela a contribué à faire de cette réforme une réforme en demi teinte. Mais avant tout il faut saluer l’opiniâtreté de ceux qui l’ont menée à terme, avec en tête Nicolas Sarkozy. Il faut le reconnaître, il s’est investi personnellement dans cette affaire, avec les risques que cela comportait.
Par contre dans les jours qui ont précédé ce vote, on a vu des choses bien déplorables, qui nous montrent le mauvais côté de la politique. Le PS tout d’abord, dont nombre de ses élus affirmaient que cette réforme allait dans le bons sens. Même si elle était insuffisante, était-il intelligent de voter NON ? Les électeurs de ce parti ne doivent plus rien comprendre et maintenant que la réforme est passée, les querelles vont recommencer de plus belle. On va voir les décomptes pour savoir qui est responsable (peut-être Jack Lang va-t-il être exclu ?) et les chamailleries après un nouvel échec ne présagent rien de bon.
On a vu aussi des élus de la majorité présidentielle affirmer voter NON, alors que vont-ils devenir ? Seront-ils exclus d’un parti dans lequel ils prennent des positions de refus ? Il faut rappeler que dans un parti politique il y a un temps pour les discussions et pour les négociations, où toutes les tendances doivent s’exprimer, mais ensuite vient le temps de la discipline de parti. Sans cela, à quoi sert un parti politique, si ceux qui ne sont pas d’accord avec un texte devenu majoritaire font en sorte qu’il chute ? Ceux là ont montré de vilaines pratiques qui durent depuis bien trop longtemps. Espérons que bon ordre y sera remis.
Enfin on a vu ce qui est encore plus moche : les tractations, les chantages, les promesses contre une voix. Cela n’est pas une belle image de notre République. Ceux qui ont “vendu leur voix” sont aussi responsables que ceux qui l’ont achetée. Cette pratique est malheureusement courante et les incorruptibles devant leurs idées ne sont pas légion parmi les élus.
Pour terminer il faut citer le PRG qui a eu une attitude responsable, la réforme même insuffisante leur paraissait aller dans le bons sens. La consigne de vote a donc été le OUI ; ce qui est certainement une des raisons de la victoire. Cette attitude est citoyenne et responsable, il est important de le citer.
Nous avons donc une nouvelle constitution, notre président peut aller avec plus de sérénité présider l’Europe, mais tous les Français attendent de lui maintenant une véritable campagne de redressement du pouvoir d’achat. Le moral n’est pas au beau fixe, même en vacances… Tout le monde est en attente d’un acte fort pour la rentrée. Il ne suffira pas d’une voix d’où quelle vienne pour régler le problème.

Patrick Crasnier
Radio plus
www.jazzpote.net


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