La ruée vers l’or bleu (1ère partie)

Comment ne pas s’étonner de ce que l’on appelle le pastel «L’or bleu» la ruée datant de plusieurs siècles, du XVIe, époque où il était exploité avec science et ferveur dans le midi Toulousain qui d’une certaine façon, en a fait ses lettres de noblesse.
D’autant que le pastel a fait son apparition d’une façon assez progressive puisqu’il fallait mettre au point diverses méthodes pour exploiter d’une façon efficace les propriétés de la plante tinctoriale et il a disparu brusquement vers la fin du même siècle, supplanté par un arbuste venant d’Asie et de l’Orient, l’Indigo, qui avait des propriétés plus fortes, des bleus plus soutenus que le pastel et un coût, bien que venant de loin ; plus léger. Ce qui fait que la période bleue du pastel a tout juste franchi le XVIe siècle, entre le début de son apogée et celle de son déclin.

Une plante bien née

Mais qu’est-ce que c’est que cette «Isatis Tinctoria» comme on l’appelle de son nom savant ? Une plante à ras de terre qui ressemble avec ses feuilles torses placées en touffes et d’un vert puissant, à de l’oseille. Son apparence est modeste quand on la voit dans les champs de culture ou à l’état sauvage ; après avoir été essaimée du temps des plantations.
Mais elle a une fabuleuse histoire, cette fameuse plante à pastel, une longue lignée dont l’origine remonterait au néolithique puisque l’on attribue les bleus appelés «guède» des peintures pariétales comme venant du pastel, c’est-à-dire des milliers d’années avant notre ère. Son bleu transite par le Tadjikistan plus précisément Chaartouse, passe par l’Egypte ancienne, laisse des traces signifiantes en Grèce et en Crête, fait d’évidentes incursions en Asie, dans le massif iranien de Zagros et dans le Caucase jusqu’en Sibérie et se plante après ce vaste périple dans une Europe dont il bleuit les laines et les lins.
Tout en sachant qu’à certaines périodes, la gauloise, les guerriers qui s’affrontaient aux phalanges romaines s’en couvraient en entier et surgissaient nus et tous bleus en troupes sauvages en hurlant ; d’où viendrait la fameuse expression «une peur bleue».
Et puis le pastel s’implante chez nous d’une façon confortable et qui semble pérenne, dans un triangle qui se délimite de lui-même un peu comme si les plantations migraient de l’une à l’autre. C’est entre Albi, Toulouse et Carcassonne qu’il se fixe en tant de lieux qu’il y est vite florissant. A Alzonne et Montgeard à Caraman, Magrin, au Mas St Puelle. Il s’étend jusqu’à Caudeval, Mazère et Mirepoix à plus de cent endroits tout bien compté, où se cultive la cocagne.

Quête et conquête du bleu magnifique

De la plante au bleu, de l’espèce verte à l’azur, il y a pourrait-on dire, non seulement dans les préparations des feuilles une fois arrachées de ses racines et non coupées mais aussi dans ce que la plante devient quand elle est mise en coque, c’est-à-dire en boule compacte et dure, toute une alchimie. On traite la feuille de telle façon qu’elle sèche en la mettant à plat mais aussi qu’elle exsude ses humeurs, sans «s’eschauffer». C’est l’éminent botaniste qui le dit, Astruc, dont on a tant de commentaires sur le pastel et des cartons de dessins techniques sur la manière de le traiter.
Il faut qu’elle sèche sans perdre de son liant. Puis elle est broyée et mise en pelotes, coques ou cocagne, de la taille d’une pomme qui, serrée sur elle-même, se durcit au point de devoir la briser pour la moudre sous une meule de granit ; la roulante et la gisante, pour obtenir l’anagrat (d’anagrar moudre) c’est-à-dire la coque concassée, avant qu’elle soit broyée.
Autant de manipulations qui mettent le pastel en condition d’affronter les convois sur les routes et les fleuves, allant de nos régions par lourds tombereaux tirés à vaches ou tassé dans les gabarres jusqu’aux lointaines destinations.
C’est ainsi que commence l’aventure du «Bleu magnifique» qui va fournir les comptoirs établis à travers l’Europe entière, du sud au septentrion, les convois déchargés à Bordeaux, Marseille ou Anvers et mis en cales, desservant aussi bien les Flandres que l’Allemagne ainsi que l’Italie et vendu à prix d’or, pesé dans de hautes balances et payé en lettres de changes très en usage, ou en monnaie sonnantes ; aux effigies des princes et des rois. Tout un réseau ramifié d’un pays à l’autre, où le bleu est acheminé sur des routes de terre ou d’eau ; dont on suit le fabuleux sillage ; dès que frémissent les convois.

J.R G



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