La République et le FN

Il suffit parfois d’un anniversaire – en l’occurrence le numéro 2 000 du Point – pour qu’une enquête, des commentaires et des interviews contribuent à «mettre sur le divan» les Français avec l’aide de contributeurs de tous horizons. «Allons enfants de Tocqueville» lance F.O. Giesbert, «être Français c’est précisément prendre en considération autre chose que la France» souligne W. Gombrowicz, «Vous les Français vous avez raison de défendre votre modèle social» nous confie le Prix Nobel d’économie, J. Stiglitz quand au même moment le professeur d’histoire – britannique – considère que «nous n’avons pas fait le deuil de notre pacte social». Toujours aussi disciple de celui dont il rédige la biographie – Raymond Aron – Nicolas Baverez considère qu’«après les trente glorieuses et les trente piteuses, les Français sont en- trés dans l’ère des trente peureuses» et que «les Français s’installent dans une quasi-guerre civile dont l’enjeu est l’acceptation ou le refus de la mondialisation».

 
Et de rêver d’un discours de vérité et d’une politique à grand dessein – pourquoi pas gaullien – pour justement faire oublier «les trente peureuses». Basculant vers le moment de jouissance, l’écrivain Alain Corbin trouve que «la France est une nation initiatrice d’un modèle de tolérance supposé permettre de soulager les besoins masculins» quand F. Beigbeder affirme que «les Français sont sexuellement les meilleurs… l’amour à la française» étant la résultante d’un alliage fait de «50 % de courtoisie médiévale et de 50 % de d’Artagnan» – modèle A. Dumas, est-on tenté d’ajouter ! Pour Marcel Gauchet «la France manque cruellement d’un juste discours sur ce qu’elle fut et sur ce qu’elle pourrait être, compte tenu de l’état du monde… Nous sommes passés du mécontentement à une franche détestation de soi… La France vit la crise morale la plus profonde de son histoire.» Autant d’éléments et de commentaires conduisant VGE à demander que soient proposés de vrais objectifs aux Français. L’année pré-électorale – ou plutôt de pré-campagne que nous connaissons s’y prête avec notamment un Front National qui fait toujours figure d’épouvantail dans le paysage politique français avec quelques caractéristiques soulignées par les politologues :
1) Plus le score du FN est haut, plus les Français ont tendance à le considérer comme un danger ;
2) Le FN fait toujours figure d’épouvantail mais il y a actuellement un mouvement essentiellement dû aux sympathisants de la droite traditionnelle ;
3) 77 % des sympathisants de l’UMP estiment qu’on ne défend pas assez les valeurs traditionnelles en France ; 66 % estiment que l’on accorde trop de droits à l’Islam et aux musulmans en France ; 49 % estiment «ne plus vraiment se sentir chez soi en France» ; 43 % des sympathisants UMP sont prêts à une alliance ;
4) Connaît-on donc un processus de “dédiabolisation” du FN dans notre pays ; Marine Le Pen a-t-elle déjà effacé l’image donnée par le père d’une extrême droite nationaliste et xénophobe pour devenir peu à peu la représentante d’une droite patriote et attachée aux valeurs traditionnelles ?
Il faut néanmoins remarquer avec J. Abonneau qu’il n’y a pas pour l’instant d’“effet Marine Le Pen” mais en France comme en Europe «l’extrême-droite politise le sentiment anti-politique qui remet en cause les partis traditionnels et leur système d’alliances» souligne Pascal Perrineau qui ajoute «Le passage d’un capitalisme industriel d’assistance à un capitalisme postindustriel davantage individualiste s’est accompagné d’un véritable bouleversement du monde marqué par la fragmentation sociale, la désaffiliation vis-à-vis des groupes d’appartenance traditionnels, l’individualisation des risques, la mobilité croissante et le double mouvement de diversification culturelle et ethnique à l’intérieur des sociétés et en même temps leur interdépendance croissante. L’émergence de l’extrême droite est une réponse directe à ces mutations. Reste à savoir si face à “la société ouverte” l’électorat, aux présidentielles, tentera d’inventer, à travers le rêve d’un bon positionnement (au second tour !), l’alternative de “la société du recentrage national”».

Stéphane Baumont


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