La République en … salopette !

«Comment vivre et penser dans nos sociétés du risque ? Comment conjurer le tragique de l’existence ? Comment, au milieu des décombres, surmonter tristesse, fatalisme et désespoir ? Questions immémoriales plus que jamais d’actualité» écrit le médiologue-philosophe Régis Debray dans son dernier ouvrage «du bon usage des catastrophes» qui souligne notamment (p. 103) que «la disparition des arrière-mondes et des longues durées, jointe à la baisse des facultés imaginatives donne aux succédanés d’aujourd’hui un air tragi-comique».

 
Une pensée qui s’inscrit directement et quotidiennement dans une actualité marquée par un certain nombre d’événements tous spécifiquement symboliques d’un certain air du temps : le 25ème anniversaire de la mort de Coluche donne lieu à l’érection d’une statue représentant la fameuse et emblématique salopette, le sculpteur expliquant que cette statue est «sans corps ni visage pour laisser place à l’imaginaire et au souvenir», Coluche disparaissant en la circonstance au profit d’une mythique salopette (que Roland Barthes eût peut-être installée dans ses “Mythologies”) ; l’impressionnant rassemblement des anti-radars – plus motos que voitures – pour manifester contre les mesures gouvernementales au point que l’on peut se demander si les motivations d’un certain nombre de votes ne vont pas s’inscrire dans cette contestation virulente du Pouvoir sur un détail de gouvernance (mais le diable est dans le détail !) ; dans le pays du football où cette Fédération est la plus puissante de toutes, Noël Le Graet, le Président emblématique de “l’En-Avant Guingamp” déjoue les pronostics en remportant au premier tour l’élection à la Présidence de la FFF devant Fernand Duchaussoy ; le Président du club de Nancy Jacques Rousselot commentant ainsi la victoire de l’ancien maire PS de Guingamp : «Le Graet c’est l’homme de l’ombre qui sait prendre la lumière quand il faut» (applicable à nos présidentielles ?) Il y a aussi le projet de monarchie constitutionnelle du roi du Maroc, le départ d’Anne Lauvergeon d’Areva (“Atomic Anne”) après plusieurs années de tension avec le Chef de l’État et Henri Proglio, l’affaire Uramin qui pourrait désormais conduire à un audit en profondeur du géant du nucléaire pouvant peut-être selon certains chroniqueurs déboucher sur un grand déballage aboutissant à faire d’Areva un «Crédit Lyonnais du nucléaire». À suivre.
À la veille de l’été, la campagne électorale ne s’emballe pas mais le paysage idéologique se dégage un peu au point que l’on commence à discerner les thèmes de droite et ceux de gauche sans pouvoir pour autant parler de programme précis ; on a plutôt l’impression que des salves d’avenir sont tirées par l’un et l’autre camp. L’UMP a choisi de parler des peurs et des ressentiments, de l’assistanat et des immigrés, de dénoncer «le gigantesque fichage politique» auquel donneraient lieu les primaires socialistes. Autant d’éléments qui n’inversent pas le rejet social grandissant dont le Président Sarkozy fait l’objet depuis bientôt deux ans, le “vaisseau” présidentiel restant encalaminé au plus bas (30 % de satisfaits, c’est le quatrième plus mauvais score de son histoire. Il est minoritaire dans toutes les catégories sociales). À gauche, quelques thèmes émergent : revenu minimum d’existence, défense des biens communs (eau, air) démondialisation, «con-fiance en la démocratie sociale» (pour F. Hollande partisan d’une révision constitutionnelle d’une «même ampleur» que celle portant «décentralisation» et obligeant le gouvernement et le Parlement à être juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux sur des sujets bien précis).
Mais voilà bientôt poindre l’été et les grandes vacances avec les photos des candidats en famille ou entre amis. Elles vont un peu faire oublier l’idéologique au profit du spectacle et de l’image avec comme fond de décor “la ligne bleue” du Tour de France (Contador or not Contador ?) la nomination d’un nouveau ministre à Bercy, la grossesse suivie (ou poursuivie) de Mme Carla Bruni-Sarkozy et la suite de l’affaire DSK.

Stéphane Baumont



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