La République du G20

Au-delà de la mise en garde à vue d’un Drômois, après l’envoi d’un mail à Rachida Dati pour lui demander une… “inflation” (en référence à son lapsus à la télévision), de la situation politique de Barack Obama, bientôt contraint à une situation “à la Clinton” c’est-à-dire à une cohabitation avec le Congrès ; au-delà des menaces médiatisées de Ben Laden qui semblent montrer que la prévention réactivée contre le terrorisme était bien motivée par une vraie crainte géopolitique ; plus que les ravages d’un tsunami indonésien ou le prochain “dépaysement” de l’affaire Woerth-Bettencourt (entraînant plus de sérénité mais aussi un ralentissement notoire) ; plus que la chronique de la victoire annoncée de Dilma Rousseff au Brésil et la disparition subite de Nestor Kirchner – ancien Président de l’Argentine et de l’Union des Nations d’Amérique du Sud, c’est la situation politique, économique et financière de l’Europe comme de la France après les grèves qui ont eu un impact modéré sur l’activité économique qui suscite l’intérêt des Français, partis nombreux sur les routes de la Toussaint alors que l’essence – parfois en hausse à la pompe – était revenue.

 
On se trouve en effet dans une période d’incertitude. Sur le plan politique comme sur le plan économique. Politiquement l’hypothèse d’un maintien de Fillon à Matignon regagne du terrain après les faux-pas de Borloo au cœur des grèves, d’un passage de Copé à l’UMP et d’un retour de Juppé aux affaires étrangères ou à l’écologie. Le psychodrame des noms et des affectations, ce jeu dont la France a le secret depuis les IIIe et IVe Républiques de construire et de déconstruire des gouvernements pour donner à l’imaginaire politique de l’inconscient collectif l’illusion d’un changement que la Ve République empêche fondamentalement, puisque le Président reste le maître du jeu (monarchie républicaine, et hyperprésidence) ; l’anti-sarkozysme permanent et flamboyant qui colle à toute action du Chef de l’État, la vraie-fausse victoire politique de la réforme des retraites (victoire à la “Pyrus” selon nombre d’observateurs), l’amertume, la colère et le désenchantement de ceux – grévistes – qui auraient perdu, confortent les points de vue de Philippe Sollers («le temps est coincé, le passé détruit, l’avenir sans forme… Il y a eu un temps où la France s’ennuyait et donc voulait s’amuser ; cette fois, elle est déprimée, et en colère, sans issue contre la misère») ; et de Marcel Gauchet qui nous livre peut-être une des clés permettant de mieux comprendre les rapports gouvernants-gouvernés sur fond de quête d’un nouveau contrat social alors qu’aucun magistère idéologique ne se développe, aucun paradigme ne domine, aucune mode ne règne : «Ce à quoi on assiste, en réalité, dans la famille, au travail ou dans le domaine politique, c’est au remodelage des rapports sociaux en fonction du principe de consentement. Le lien est de moins en moins fondé sur l’imposition et de plus en plus sur la communication et la négociation permanente. Aussi est-il plus intensément vécu et plus investi subjectivement et affectivement». Ainsi le déclin des autorités (c’est la fameuse illusion du pouvoir) et la revendication d’autonomie individuelle marquent la France comme l’Europe au moment où la zone euro doit faire face à un manque de visibilité inédit : reprise fragile, indicateurs économiques confus voire contradictoires, ralentissement de la croissance de l’activité privée ; le ralentissement de l’économie mondiale faisant craindre pour 2011 une croissance française inférieure aux prévisions et donc un effort de rigueur supplémentaire. Au moment où la France s’apprête à présider le G20, elle doit prendre en considération le surendettement (la crise du surendettement privé n’ayant été réduite qu’au prix d’un surendettement public), l’échec du pilotage automatique (il faut inventer… le pilotage manuel), les effets pervers du krach de 2008 (peut-être la plus grande escroquerie de l’histoire avec une totale confusion sur les hypothèques liées aux subprimes), le risque systémique qui subsiste après la crise qui en est la matérialisation, la renaissance des grands pays “réémergents”, l’absence (pour le moment) de la reconnaissance de ces pays du Sud (comme le Brésil qui a moins d’influence que la… Belgique lors des votes au FMI). Les défis sont nombreux. Le Chef de l’État sous sa casquette de Président du G20 tentera d’imposer sa marque dans cet environnement international dont il essaiera de tirer les fruits pour faire fructifier sur le plan national une médiatisation autre, de nature – secrète espérance – à le remettre dans le sens de l’histoire et celui des sondages à un an des élections présidentielles.

Stéphane Baumont


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