La République des indignés

Au-delà de l’affaire Tron – effet boomerang de l’affaire DSK nous prédisant en tout cas une campagne électorale plutôt violente et à ce point agressive qu’elle va conduire à nous interroger sur la validité démocratique et républicaine d’un tel mode de scrutin – de la crise européenne qui dure, de l’avancée de la coalition en Libye – “un nouveau taxi pour Tobrouk” avec l’intervention des hélicoptères français pour bouter Khadafi dehors ; autant que la baisse du chômage et la fronde anti-radar – le populisme automobile est loin d’avoir dit son dernier mot – c’est l’interrogation suscitée par “le Printemps espagnol” qui génère un certain nombre de questions dont les réponses ont d’ailleurs été proposées par “le Comité invisible” dans un petit ouvrage paru il y a quatre ans “L’insurrection qui vient”.

 
Pour François Bayrou, «les citoyens n’ont plus confiance en rien ou presque ; les mots mentent, les chiffres mentent, les décisions sont prises dans la plus grande opacité, les médias sont soupçonnés, la loi est contournée, les sondages sont utilisés, les scandales se succèdent». Pour Peter Sloterdijk, «la crise de civilisation réside en ceci : nous sommes entrés dans une époque où la capacité du crédit d’ouvrir un avenir tenable est de plus en plus bloquée parce qu’aujourd’hui on prend des crédits pour rembourser d’autres crédits». Voilà l’appel du nonagénaire Stéphane Hessel qui a franchi les frontières de l’hexagone pour retentir dans une Espagne en crise généralisée. En espagnol : Indignados. Et de camper sur la place de la Puerta del Sol à Madrid ressemblant ainsi au Mouvement 5 Étoiles du paysage politique italien. Et devant cet embrasement possible (comme le Printemps arabe ?) Stephane Hessel appelle à la pratique traditionnelle du jeu politique et non à l’invention d’une nouvelle insurrection que Paul Jorion nous laisse à imaginer dans son dernier ouvrage “La guerre civile numérique” dans lequel celui qui avait déjà prédit la crise financière de 2008 analyse les nouvelles formes de résistance qui viennent des communautés numériques. Après le “Indignez-vous” de Stéphane Hessel, voilà en quelque sorte un “Cyber-Révoltez-vous” qui semble répondre, dans une concordance des temps éditoriaux étonnante (avant même le rassemblement de l’e-G8) à l’ouvrage de Laurent Alexandre et David Angevin, “Google Democratic”, roman d’anticipation se déroulant en 2018 alors que la Révolution Internet a tout emporté, que Google est devenue la plus puissante entreprise mondiale, contrôlant tout le savoir et promouvant l’ère de la fusion des sciences du vivant et du numérique. Deux ouvrages traduisant les pouvoirs et autres contre-pouvoirs à l’ère de la “Cyber-révolution” et de la “Google démocratie”.
Plutôt que d’institutionnaliser des revendications, on préfère depuis le “moment Hessel” s’indigner. Le philosophe espagnol souligne que «l’indignation est une vertu civique nécessaire mais insuffisante ; ce qui mobilise aujourd’hui ce sont des énergies négatives d’indignation et de victimisation» ; alors que Pierre Rosanvallon pense que nous sommes entrés dans «l’ère de la politique négative» confortés par la fonction paradoxalement conservatrice de l’indignation. Comme si, malgré eux et comme le souligne “Courrier International”, «la montée des populismes européens n’est pas loin d’un mouvement comme les “indignés” Espagnols», les indignés incarnant une sorte de “populisme aimable” non xénophobe ; la différence entre les deux mouvements étant que les populistes lancent des slogans et pratiquent le culte du chef alors que les indignés ouvrent des forums sur le net et tablent en dehors du jeu politique qu’ils refusent sur la “cyber-insurrection” ou “révolution”. En France comme en Europe, nous nous trouvons dans la même situation que les États-majors allemand et autrichien en 14-18 et s’échangeant les télégrammes suivants : «Chez nous la situation sur le front est sérieuse mais pas catastrophique» lancent les Allemands : «Chez nous la situation est catastrophique mais pas sérieuse» répondent les Autrichiens. Sommes-nous Autrichiens ou Allemands ?

Stéphane Baumont


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