La République crépusculaire

Plus que l’affaire de mœurs qui frappe le Onze de France à travers certains de ses joueurs emblématiques à quelques mois d’une Coupe du Monde de football que les chroniqueurs du ballon rond voient déjà perdue par l’équipe nationale ; plus que l’image formidable presque en dehors du temps du soleil et des éruptions solaires ; plus que le énième rebondissement dans l’affaire du meurtre de Mlle Toscan du Plantier ; plus que la première greffe totale du visage, c’est le projet de loi gouvernemental sur l’interdiction générale et absolue de la burka malgré les risques juridiques (avis négatif possible du Conseil d’État réaffirmant sa jurisprudence relative à l’illégalité du “général et de l’absolu” ; avis non conforme donné peut-être par le Conseil constitutionnel qui a souvent le même avis que celui consultatif du Conseil d’État) qui suscite chroniques et reportages d’autant plus passionnels que le PV adressé à une jeune conductrice voilée débouche sur une affaire de polygamie et d’éventuelle déchéance de la nationalité française pour l’époux de l’impétrante.

 
Ainsi vivons-nous une curieuse concordance des temps entre une volonté politique qui ne s’est pas encore traduite par un projet de loi et une réalité sociale conduisant les musulmans français à dénoncer la stigmatisation dont ils affirment faire l’objet.
Au moment même où le Grand Rabbin de France n’hésite pas à commémorer la Journée de la Déportation à Vichy (une première dans l’Histoire), n’assiste-t-on pas à une forme de réaction républicaine forte face à ce que Régis Debray n’hésite pas à appeler une «poussée théocratique à vaste échelle, allant d’Est en Ouest et du Sud au Nord et qui ne peut que grandir avec les nécessaires immigrations». Face à cette poussée (dont la dénonciation publique pourrait peut-être conduire à une médiatisation plus dangereuse d’un éventuel intégrisme et à sa réalité dans les zones de non-droit que sont les banlieues de nos grandes villes) s’impose, selon le médiologue, «une adaptation immunitaire des institutions républicaines» avec notamment le bouclier laïque (avec une laïcité d’intelligence et non d’incompétence) qui sauvegarde un refuge ouvert à tous, «non pas pluri mais trans-communautaire. Avec l’espoir que les lois n’aient pas qu’une fonction répressive mais qu’elles aient une vertu expressive.» «Seule la représentation nationale, souligne Régis Debray pouvant établir une hiérarchie entre deux séries de normes également appréciables mais potentiellement contradictoires : la liberté individuelle d’expression et l’égalité entre les hommes et les femmes. Entre le droit pour chacun de vivre et transmettre sa foi et la stricte neutralité de l’État».
Voilà venu le moment crucial où il faut avoir historiquement et juridiquement raison. À défaut de quoi la “belliqueuse” raison Intégriste pourrait avoir raison de l’apaisante raison d’État et “l’égocratie” pourrait bien nous conduire à une “République crépusculaire !”

Stéphane Baumont


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