La question du “ Vivre ensemble ”

Au-delà de la réforme de la diplomatie culturelle, ambition déçue de Bernard Kouchner, de la crise politique aux Pays-Bas créée par le maintien du contingent en Afghanistan ; plus que les malheurs de Marion Rolland et Brian Joubert (deux de chute aux JO), plus que l’hypermédiatisation du suicide de Jean-Pierre Treiber (“Dieu le jugera” lance son ex-femme alors que l’avocat de la famille Giraud a dit que «Treiber s’est infligé la peine de mort que notre République n’applique plus»), plus que l’effondrement tragique du minaret de Meknès, c’est la crise de confiance au sommet de l’État et les déclarations de Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, qui suscitent interrogations et réflexions à moins d’un mois des élections régionales.

 
Moins deux points pour le Président de la République – presque un niveau record – moins trois points pour le Premier Ministre toujours incapable de transformer sa cote de popularité en ressource électorale de secours : la crise de confiance semble durablement s’installer entre le pays et ses gouvernants n’attendant que le prochain scrutin pour l’exprimer soit par l’abstention soit par un vote rejet des candidats de l’UMP. Avec 36 % seulement de satisfaits, le Chef de l’État obtient le deuxième plus mauvais résultat de son mandat (après ses 35 % de mai 2008). Il est minoritaire dans toutes les catégories, le niveau du mécontentement atteignant son sommet chez les ouvriers et les salariés du secteur public. Les raisons d’un tel mécontentement : l’affaire Clearstream ; le débat sur l’identité nationale, la polémique sur la burqa et le lancinant problème de la montée du chômage. Le Président apparaît comme le responsable de cette détérioration des termes de l’opinion publique et ne connaît pour l’instant que peu de conséquences de sa nouvelle stratégie de communication faite d’un peu plus d’effacement et d’un peu moins “d’hyper-présidentialisme”. On dit toujours des élections intermédiaires qu’elles sont l’occasion d’un vote-sanction : le deuxième tour pourrait bien l’illustrer.
A sondage de mauvais présage pour le Président et sa majorité, cri d’alarme du médiateur de la République. Jean-Paul Delevoye à l’occasion de la remise de son rapport annuel et à quelques encablures de la disparition de sa fonction au profit d’un “Défenseur des droits” crée par la révision constitutionnelle de 2008 : «Je perçois une société qui se fragmente», déclare-t-il, «où le chacun pour soi remplace l’envie de vivre ensemble, où l’on devient de plus en plus consommateur de République que citoyen». Il constate une société émiettée et en tension et alerte : «J’estime, dit-il, à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près». Les critiques à l’égard des gouvernants et de la classe politique pleuvent : «d’un côté trop de gestion des émotions collectives, le plus souvent médiatisées, de l’autre, pas assez de construction d’une vision collective.» Et de nous rappeler – contrairement à «la politique au pays des merveilles» du Professeur Georges Burdeau – que «la politique n’est pas de l’ordre du magique ; la question de l’appropriation par les citoyens de la décision politique, est devenue essentielle». Et de nous livrer la clé des élections présidentielles de 2012 : «la question du vivre ensemble».
Il est rare qu’un médiateur de la République, postulant au poste de Défenseur des droits livre un constat aussi lucide que critique sur notre société d’aujourd’hui et lance à sa manière la problématique et l’une des thématiques de la prochaine élection présidentielle. Est-ce avec l’accord du Chef de l’État ou pas ? Est-ce une liberté de critique de la part d’un politique qui ne faisait plus parler de lui et viserait un autre poste ? Il semble en tout cas que ce rapport tombe au juste moment pour constituer l’un des socles référentiels de la politique de demain.

Stéphane Baumont


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