La Porsche tranquille

C’est une semaine de rituels à laquelle nous allons être confrontés : ouverture du 64ème Festival de Cannes, événement médiatique parmi les plus commentés jusqu’au jour de l’attribution de la fameuse palme d’or ; commémoration (presque «urbi et orbi») du 30ème anniversaire de la victoire du premier président socialiste au suffrage universel direct escorté d’ouvrages et de chroniques enrichissant une “Mitterrandologie” déjà impressionnante et fournie, le style, les références, l’imaginaire qu’ils convoquent sont ceux d’un autre siècle mais les enjeux restent d’une actualité brûlante.

 
Pour l’historien britannique David S. Bell, «ce qui est fascinant chez Mitterrand c’est son art de la manœuvre… il incarne au plus haut point ce que le politologue W. Riket a appelé “l’heresthetics” ; néologisme qui désigne une stratégie individuelle consistant à agir sur la réalité pour parvenir à ses fins, le meilleur exemple étant la façon dont il a opéré pour réaliser à la fois l’union de la gauche et la marginalisation du Parti communiste». Et de conclure que François Mitterrand «a fait du PS le seul parti susceptible de porter un candidat de gauche crédible pour l’élection présidentielle». «Tant qu’il était là, le PS a tenu. Mais il n’a pas vraiment choisi de successeur, et personne après lui n’a émergé comme le dauphin incontesté. En cela, le PS n’est pas encore sorti de l’après-Mitterrand». Ce sera peut-être pour 2012 alors que 2011 commence à battre des pulsations de pré-campagne entre agitations centristes peut-être sans conséquences (que feront Borloo et Morin, l’un ou l’autre ?), geste villepinesque (pour l’instant dans le prétoire), abandon du facteur Besancenot (qui ne sonnera donc pas trois fois) et multiplication des candidatures avant les primaires du PS et attente impatiente de DSK qui vient de commettre sa première “boulette” ou “faute” de campagne – de pré-campagne – c’est selon ; celle d’avoir été véhiculé dans Paris, avec son épouse, par un ami propriétaire d’une superbe Porsche et entraînant un festival de chroniques et de critiques – certains ont même parlé de “boules puantes” venant de l’UMP – d’autant plus attendues que toute campagne se joue sur le paraître – qui dit souvent la vérité de l’être – le petit détail envahissant l’espace du symbolique et faisant irruption dans l’imaginaire d’un Peuple de gauche (de Sarcelles en l’occurrence) plutôt critique envers le “bling-bling” apanage plutôt du Président sortant violemment attaqué sur la soirée du Fouquet’s ou la montre Rolex. Comment d’ailleurs est-il possible que DSK ait commis pareille faute médiatique donc politique quand on se sait poursuivi par les paparazzi en quête de la moindre image, quand on se sait critiqué par son train de vie, quand on est bardé de communicants, escorte normalement du juste choix au moment opportun ? Son ami Cambadelis tente une explication : «DSK avec sa femme ont un rapport laïc à l’argent contrairement à Nicolas Sarkozy qui en rêve même la nuit… La Porsche, c’est une faute d’attention». Mais c’est une faute qui a été hyper-médiatisée (autant par moments que “les” récits de la mort de Ben Laden et du «Justice est faite» d’Obama) et qui colle maintenant à toute caricature du presque-candidat aux primaires. Alors se pose là aussi la question : pourquoi tant d’attaques immédiatement ? Parce que cela semble être la règle du jeu comme si avait déjà été délivré le carton jaune médiatique de “la Porsche tranquille” ou de la “gauche Porsche”. Que DSK n’oublie pas la haine et l’hystérie qui se sont abattus sur le Président Sarkozy au point d’en faire presque une sorte de héros de roman ou d’être de fiction encalaminé dans les mauvais sondages et rêvant de surprendre tout le monde en 2012 en devenant un hyper-candidat qui, tel un diable surgi de sa boîte, surprendrait à nouveau dans le paysage de campagne.

Stéphane Baumont


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