La politique est tragique

Au-delà du Grand Chelem réussi par le XV de France par un temps très britannique où le “pick and go” a tenu lieu d’ambition de jeu au point d’être frustré du “french spirit” ; au-delà de la réception de Simone Veil à l’Académie Française et de la symbolique qu’elle incarne (mémoire du XXe siècle pour construire autrement le XXIe) ; plus que la lettre pastorale de Benoît XVI aux Catholiques d’Irlande concernant les abus sexuels du clergé (qui pourraient s’être aussi produits en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas) ; plus que le nouvel acquittement du Professeur Jacques Viguier aux Assises d’Albi après un procès sur-médiatisé marqué par le faux témoignage et la subornation de témoins de Durandet ; ce sont à nouveau les élections régionales qui suscitent en ce début de semaine les développements médiatiques où les commentaires semblent à nouveau s’inscrire dans ceux de l’entre-deux tours («les élections régionales, ce sont des élections pour beau temps, pas pour forte tempête, quand des citoyens perdus cherchent des branches auxquelles se raccrocher» ; l’abstention est d’autant plus forte que l’espace social est ghettoisé ; pour Emmanuel Todd les résultats du 14 mars s’expliquent «par la crise, son épaississement, la déroute industrielle des régions entières, le début de baisse du niveau de vie pour certains, la relance du… CAC 40 sans faire repartir l’économie») et sur fond d’anti-sarkozysme profond s’interrogent sur l’avenir politique du Chef de l’État sur le socle de cette critique d’Emmanuel Todd : «Je ressens sa situation comme pathologique : cet homme n’est pas à sa place, son personnage est absurde, le cœur dirigeant de la France n’a aucun projet économique…
L’absurdité du personnage Sarkozy et celle du système semblent se rejoindre et fusionner, faisant du chef de l’État le symbole de la folie des temps». Celle-ci se caractérise par le développement dans notre pays de zones de “non-vote” (de non droit électoral) notamment dans des banlieues qui ne sont déjà plus des territoires de la République, ce qui, à terme peut contribuer à délégitimer les élus locaux et à favoriser une forme de “démocratie totalitaire”, celle des minorités agissantes ! Il importe, au-delà des réactions de la majorité présidentielle et du PS victorieux (où l’on se bat déjà pour les primaires) de prendre conscience de cette profonde désaffection électorale et politique provoquée par le chômage, la pauvreté et l’exclusion, accentuée par l’érosion des attachements idéologiques et partisans, renforcée par l’impuissance des responsables politiques à entendre ou à soigner les anxiétés de la société française.
Le Président Sarkozy paye le prix de ce discrédit et de cette défiance qui le projettent presque mécaniquement dans la campagne des Présidentielles par la grâce du quinquennat – nous vivons désormais dans le temps court de ce moment de pouvoir : plus qu’une démission du Premier Ministre on peut s’attendre à un remaniement du gouvernement mais aussi à des changements à l’Élysée pour tenter d’inventer une nouvelle offre politique, une nouvelle organisation dans la pédagogie des réformes, une interrogation originale sur les réponses concrètes et de proximité à donner à la crise ; une nouvelle stratégie face à la résurgence du FN, à la mise en place d’un mouvement politique par Dominique de Villepin et la prise de conscience gaullienne que la politique est… tragique.

Stéphane Baumont


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