La politique est tragédie

Le temps à venir du Politique nous annonce pour la semaine, Jack Lang à l’ONU pour remettre son rapport sur les attaques de bateaux et des prises d’otages au large de la Somalie, l’inculpation du médecin de Michaël Jackson pour homicide involontaire, le Président Sarkozy au Forum de Davos pour sa 41ème édition, les réponses d’Obama sur You Tube et la très attendue décision du Conseil Constitutionnel sur la légalité ou l’illégalité du mariage homosexuel.

 
Dans l’attente de cette actualité (notamment la Conférence de presse du Président de la République pour ses vœux à la presse), l’effritement des cotes de popularité de l’exécutif se poursuit :
-1 pour le Président,
-2 pour le Premier ministre. Avec 30 % de satisfaits et 70 % de mécontents (dont 33 % de très mécontents) Sarkozy frôle son précédent record d’octobre 2010 (29 % de satisfaits et 80 % de mécontents).

Quelle est l’origine de cette stabilisation… au plus bas ? Un épuisement général, la réalité d’un désenchantement tenace, l’objet d’une haine parfois systématique (qu’aucun autre Président n’avait connue sous la Vème République), la gestion maladroite et incomprise de la révolution de Jasmin tunisienne. Malgré le déjeuner hier avec Chirac (son procès pourrait ne pas se tenir pour des raisons de santé) avec Villepin demain (officiellement pour parler du G20) ; malgré la présidence du G20, le Président aborde les cantonales dans les plus mauvaises dispositions : il ne serait pas étonnant qu’elles soient perdues comme l’ont été les Régionales et qu’elles n’augurent pas d’un aggiornamento politique où la tentation Borloo à Matignon pourrait d’autant plus revenir à l’ordre du jour que François Fillon a 49 % de satisfaits et 50 % de mécontents. Les temps sont décidément difficiles pour le couple de l’exécutif à quinze mois de la Présidentielle. D’autant plus que chacun semble aujour-d’hui convaincu que, contrairement à la Présidentielle de 2007, celle de 2012 se jouera non sur l’air de la transgression ou de la rupture mais sur celui de la normalisation. En quelque sorte, fini de rire ! Que ce soit Hollande (qui plaît en faisant grise mine ; qui séduit en oubliant de sourire), Aubry (plus sérieuse que jamais) ou Sarkozy optant pour un changement de style et de vocabulaire pour se “re-présidentialiser” et re-sacraliser une fonction justement trop désacralisée, le ton de la campagne électorale est donné : sera-ce suffisant pour mobiliser dans les deux camps ? L’abstentionnisme qui sera record aux cantonales diminuera-t-il suffisamment aux Présidentielles, élection d’habitude la moins boudée en France avec les Municipales ? Les néo-populismes (mis dans le même sac par le dessinateur Plantu dans l’Express) de Marine Le Pen et Mélenchon contribueront-ils à faire suffisamment bouger les électorats pour laisser la place à un triste remake de 2002 ? La “révolution Twitter ou Facebook” en Tunisie sera-t-elle contagieu-se dans le reste du Maghreb ou même en métropole où les deux livres politiques à avoir connu un grand succès sont le désormais légendaire “Indignez-vous” de Stéphane Hessel (vers le million d’exemplaires !) et “l’insurrection qui vient” du Comité invisible. Un parfum de ras-le-bol, de critique systématique, de contestation sourde du système ; un désenchantement croissant vis-à-vis de la classe politique rendent tous les scénarii possibles avant la présidentielle de 2012. Sans à aucun moment oublier ce mot de Napoléon à Goethe en 1802 : «C’est la politique qui doit être le grand ressort de la tragédie moderne !»

Stéphane Baumont


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