La parole aux Toulousains/ Le Tramway : Quelle histoire !

A la veille des élections municipales, il divise, enflamme, passionne… Depuis qu’il a fait son grand retour dans la ville rose en 2010, le tramway fait couler beaucoup d’encre et parler de nombreux Toulousains. Pour certains, il est la réponse aux enjeux de la ville de demain. Pour d’autres, il est un moyen de transport d’un autre siècle, dépassé. Voyage au pays du tramway, jusqu’où les rails nous mèneront-ils ? La parole est aux Toulousains ! Un dossier de Gilles Vidotto et Marie-Agnès Espa.

« C’est une vraie révolution, on traverse la ville en tram, on peut profiter du paysage, c’est magique et plus agréable que le métro» confie Sarah, étudiante. « Il y en a qui ont oublié pourquoi il a été enlevé ! Tous ces fils, ce n’est vraiment pas beau, il est lent, il vaut mieux le métro » expose Raymond. Le tramway divise, donc, et cela ne semble pas dater d’hier ! Copié sur le modèle américain du 19e siècle, le tramway fait son arrivée en France au cours du 20e siècle. Bien qu’en plein essor, l’ascension du moyen de transport en commun le plus en vogue de l’époque, est brutalement stoppé à l’entre-deux-guerres avec l’arrivée de l’automobile : symbole de progrès et de modernité. Le tramway toulousain, lui, disparaît définitivement en 1957… pour faire son grand retour cinquante-trois ans plus tard. Il apparaît, dans cette ville de Toulouse, métropole de plus en plus urbanisée et importante, comme un élément majeur de l’aménagement de la périphérie toulousaine, un moyen de transport incontournable. Moins cher que le métro mais plus que le bus, le tramway paraît être une bonne alternative, la solution aux problèmes de transports de ce début de 21e siècle. Après trois ans de travaux, la ligne T1 est mise en service fin 2010 pour relier les Arènes (station de la ligne A) et Aéroconstellation à Blagnac. Prolongée jusqu’au Palais de Justice (station de la Ligne B), et mise en circulation le 20 décembre 2013, elle est composée de 24 stations, d’un réseau d’une longueur de 14,3 km.

 

Peu polluant, peu de nuisances sonores

En chantier, la ligne Envol a réceptionné une partie du grand ouvrage de franchissement qui permettra de relier d’ici quelques mois l’aéroport Toulouse Blagnac. En projet, la ligne Canal qui prologera la ligne Garonne à partir du Grand Rond pour relier la gare Matabiau. Des études préliminaires sont en cours. Peu polluant, économique et avec l’électricité comme seul carburant, le tramway se pose donc comme un moyen de transport en commun propre, qui permet aussi d’améliorer encore un peu plus la qualité de l’air toulousain, ou du moins de ne pas la dégrader. De plus, le Tram du 21e siècle est bien plus futuriste que celui du siècle dernier, grâce au design qui lui a été attribué par les ingénieurs d’Airbus. Pour beaucoup, il combine à la fois, les points forts du métro, et ceux des bus. A savoir, un trajet sans embûches sur une voie lui ayant été spécialement fabriqué. Il offre, en outre, une visite panoramique du Grand Toulouse. Le tout dans un usage des plus silencieux. Marie, étudiante lyonnaise explique : « J’aime beaucoup le tram. C’est sympa. A Lyon, je le prenais déjà souvent. L’arrivée de la ligne au Palais de Justice me permet d’attraper la ligne B du métro pour aller en cours. Je prends les deux mais je préfère de loin le tram. Dans mon petit budget, c’est une belle économie de ne pas avoir de voiture, même si ça me manque parfois. »

 

Bouleversement des habitudes de déplacement

Pour Paul qui habite à Blagnac et travaille à Purpan, utiliser le tram est un gros changement dans ses habitudes : « Au début je ne le prenais pas, j’étais sceptique. Puis, entre les bouchons, le prix de l’essence, se garer, j’ai essayé l’an dernier. Mon domicile n’est pas très éloigné de mon travail mais il est très difficile de se déplacer sur ce secteur en voiture et je n’aime pas les deux roues. Aujourd’hui je le prends presque tous les jours. L’été, je préfère le vélo. Toutefois, aller faire les courses, récupérer les enfants à l’école me semble encore impossible en tram ou en transport en commun. »

Même si un tramway est moins cher qu’un métro à la construction, cela reste un investissement important pour une commune (212 millions d’euros pour le premier tronçon d’Aéroconstellation aux Arènes, 109 millions d’euros pour le second des Arènes à Palais de Justice). Un investissement se justifiant d’une part par l’achat de tout le matériel nécessaire à sa mise en place : rails, câbles etc… et d’autre part, par tous les travaux devant être réalisés en vue d’une telle installation. Même s’il est silencieux une fois qu’il est sur les rails, on ne peut pas en dire autant avant qu’il ne roule. Les travaux paralysent tout le trafic autour de la zone en cours d’aménagement, mettant les automobilistes sur les nerfs. Les bruits des marteaux piqueurs, les klaxons, les cris, les fermetures de voies, les déviations de circulation… Provoquant ainsi l’indignation des riverains, des commerçants, des personnes devant traverser ce secteur au quotidien.

 

« Le tram ne me manquait pas ! »

Une fois le tramway en service, un temps d’adaptation est nécessaire aux automobilistes. Votre hebdomadaire a testé à plusieurs reprises le trajet dans son ensemble, d’Aéroconstellation à Palais de Justice. Force est de constater que sur le tronçon le plus récent, les voitures hésitent, klaxonnent, semblent un peu perdues alors que du côté de Blagnac, les conducteurs sont plus « à l’aise », semblent avoir intégré ce nouvel hôte. Les deux roues, les cyclistes et les piétons sont également concernés, le côté silencieux du tram a aussi son revers. Salim explique : « Heureusement que les conducteurs du tram font sonner leur klaxon ! Finalement, ce n’est pas pour rien qu’une moto ça fait du bruit. On l’entend arriver comme ça, et on fait attention. Le tram, qu’on soit en voiture ou à pied, il faut regarder. Même s’il ne roule pas vite, il faut faire attention. » La vitesse. Un autre reproche souvent fait au tram. Pourtant à chacun de nos tests, le trajet d’un bout à l’autre reste effectué en moins d’une heure, aux alentours de 45 minutes. « J’ai l’impression qu’on est dans un tracteur » s’amuse une jeune femme qui le prend pour la première fois à la station Fer-à-cheval. Raymond, lui, ne décolère pas : « A croire qu’on a oublié pourquoi on a sorti le tram de la ville ! Oui, il fallait de la place pour les voitures, mais il y avait aussi beaucoup d’accidents et franchement ces câbles partout, c’est laid. Il ne me manquait pas. Pour moi, c’est comme une régression. » Liliane s’inquiète, pour sa part, de tout autre chose : « Les pompiers de la Caserne Vion restent coincés sur le pont. On sait que chaque minute compte. Les véhicules de secours ne sont plus prioritaires ? On marche sur la tête ! » Les Toulousains sont donc partagés, tout comme les candidats aux municipales.

Quel sera le poids du tramway dans les urnes ?

Réponse en mars…

 

 

Toulouse. Territoires du tramway

L’ouvrage « Toulouse. Territoires du tramway. Quand les transports repensent l’agglomération » publié aux éditions Privat en 2011 sous la direction de l’éminent géographe Robert Marconis propose une approche plurielle du tram dans la ville de Toulouse. Son histoire, ses impacts sur le développement de la commune, son arrêt puis son retour. Pour illustrer les propos des co-auteurs, de nombreuses photos d’archives mais aussi plus récentes, des lithographies ainsi qu’un portfolio. Un ouvrage de référence pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui et alimenter les débats.

 

 

 

 

 

 

 



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