La nouvelle guerre des ondes démarre-t-elle à Toulouse ?

Dès le premier trimestre 2013 Orange va tester l’usage des grandes ondes de nos anciennes radios pour la téléphonie mobile. L’idée ? Doper les technologies 3 et 4 G, confrontée à un trafic de données toujours plus dense. Un nouveau dividende numérique en devenir ?

En début d’année, Eric Besson -à ce moment Ministre de l’Industrie, de l’énergie et du développement numérique- demandait que soient identifiées les bandes de fréquences susceptibles d’être libérées pour les services mobiles très haut débit. Plus tôt, en 2011, suite à une mise aux enchères, l’Etat avait déjà attribué un lot de fréquences «dites en or» (fréquences basses à propagation longue, permettant une diffusion économiquement avantageuse, en zone rurale particulièrement) appartenant au dividende numérique. Petit à petit, les opérateurs mobiles font l’acquisition -pour des sommes conséquentes- du droit d’exploitation des fréquences anciennement utilisées pour la télévision et la radio avant leur passage au numérique. Et ce pour améliorer les services 3G et diffuser la technologie 4G. Les usages data mobiles augmentant rapidement, les ressources actuelles des opérateurs mobiles atteignent leurs limites… Ces derniers cherchent donc des fréquences alternatives. C’est dans cette optique que l’Arcep (l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes) a récemment donné son accord à Orange pour expérimenter la liaison descendante en haut débit mobile dans la bande de fréquence L (qui correspond au spectre compris entre 1452 et 1492 Mhz) et qui pourrait perfectionner  les réseaux 3G et 4G. Ces tests en partenariat avec l’équipementier Ericsson et le fournisseur américain de puces mobiles et de modems Qualcomm, seront menés au premier trimestre 2013 sur le réseau Orange de la ville rose. «Le réseau data est déjà saturé par le niveau de téléchargement», explique Tom Wright chez Orange, «aujourd’hui il faut trouver de nouvelles solutions. Le 4G arrivant sur le marché on promet un niveau de navigation sur mobile aussi rapide qu’à domicile sur son ordinateur.» L’Arcep a vérifié que ces tests ne génèreraient ni impact, ni nuisance et surtout que les fréquences seraient disponibles à ce moment. Mais pourquoi Toulouse ? Simplement car la configuration technique correspond au pilote qu’Orange souhaite effectuer. Un pur hasard donc. Et qui ne devrait pas changer le quotidien des Toulousains. «La partie du réseau qui nous intéresse sera construite fin 2012», explique Tom Wright d’Orange, «puis les tests s’étaleront pendant le premier trimestre 2013, mais ils seront invisibles du grand public, on parle d’expériences en laboratoire et pas de grands travaux !» L’expérimentation toulousaine consistera à utiliser une fréquence porteuse supplémentaire en bande L, combinée à une fréquence porteuse traditionnelle.

Un nouvel eldorado pour les opérateurs mobiles

Cette décision de l’Arcep d’autoriser l’opérateur téléphonique à lancer des tests suit l’avis de la Cept (Conférence européenne des postes et télécommunications), qui a proposé l’ouverture d’une partie des spectres de la radio numérique terrestre pour les transformer en haut débit mobile. Si cette proposition (en attente d’une validation de la Commission consultative des communications électroniques) est retenue au niveau européen, cela influencera les normes mondiales de télécommunications en vue d’une harmonisation du spectre pour le haut débit mobile prévue en 2015. «La fréquence est la matière première des opérateurs, sans elles ils ne font rien…» lance l’Arcep, «on risque de rentrer dans une petite guerre des ondes». L’intérêt pour la bande L est d’autant plus profond qu’elle est déjà disponible pour la téléphonie mobile, a contrario d’autres fréquences qui doivent d’abord être libérées ou raffinées avoir de pouvoir être réutilisées.

A chacun sa fréquence ?

Si l’expérience toulousaine se révèle positive, Orange n’aura en aucun cas la mainmise sur les fréquences testées. «L’idée de ces tests est ni plus ni moins de montrer que cela marche et d’influencer la décision de la commission sur la distribution des fréquences» poursuit Tom Wright, «il faut montrer que c’est une technologie qui rend le réseau plus efficace». D’après Orange, c’est LA solution la plus intéressante, d’autant plus que sans elle, il faudra aux opérateurs mobiles construire de nouvelles infrastructures pour renforcer le réseau. Des décisions coûteuses et aux limites sanitaires indéniables. «A ce jour, personne n’est réellement contre la réutilisation de fréquences disponibles, ajoute Tom Wright, «le problème, c’est justement que beaucoup y voient leur intérêt». Rendez-vous à Toulouse dès janvier 2013. Car la liaison testée semble être une technologie plus que prometteuse : «Les fréquences de la bande L possèdent toutes les qualités techniques requises pour absorber un trafic de données mobiles toujours plus gourmand, en complément des autres réseaux, Elles offrent ainsi la promesse de téléchargements plus rapides et d’une expérience client encore plus fluide.» termine Tom Wright insistant sur  les espoirs que nourrissent ces tests.

 Aurélie Renne

 Comment sont attribuées les fréquences ?

Les fréquences sont parfois attribuées très simplement au fur et à mesure des demandes. Ce type de décision est permis en cas de disponibilité immédiate du spectre et souvent pour des expérimentations, comme les tests lancés à Toulouse début 2013. Mais le plus souvent, la rareté des fréquences pose aux autorités la difficile question de l’optimisation du spectre et donc du choix d’une méthode d’attribution. Le critère le plus important ? L’efficacité de l’usage choisi. De nombreux travaux théoriques ont été réalisés sur les modes de sélection, dont une partie exploite les acquis de théories plus générales comme celle des enchères. Ce qui a en outre été le cas en fin d’année dernière lors de la mise aux enchères des fréquences «en or». En cas de rareté particulière des fréquences, des procédures de sélection doivent être mises en œuvre. L’article L33-1 V du CPCE (Code des postes et des communications électroniques) précise que «le nombre des autorisations peut être limité en raison des contraintes techniques inhérentes à la disponibilité des fréquences. (…) L’allocation des fréquences doit dans tous les cas permettre d’assurer des conditions de concurrence effective.»



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.