La main de…

Alors que le mythe renaissant de robin des bois de notre société vient de disparaitre avec la reddition du convoyeur de fonds à Monaco et l’arrestation de Jean Pierre Treiber, dans un petit studio de Melun et non au fond des bois tel Rambo ; alors que Jacques Chirac bat des records de popularité et de vente de ses Mémoires avant que la justice ne se prononce ; alors que l’Institut Montaigne nous propose dans sa dernière publication “qu’est ce qu’être Français ?”, les mille facettes de la Francité au moment même où la panthéonisation d’Albert Camus revient à l’ordre du jour pour le 50ème anniversaire de sa disparition, c’est la main de Thierry Henry qui “disqualifie” la France et accuse le joueur de tricheur et l’action de tricherie. La presse britannique et irlandaise s’en donne à cœur joie : le Times titre sur le «tricheur hypocrite», le Belfast Telegraph parle de «hand of frog» (la main de la grenouille), par allusion à la fameuse «hand of god» (la main de Dieu) de l’Argentin Diego Maradona en 1986. Il y avait le coût de tête de Zidane, il y aura désormais la main de Henry. Il y avait les discussions de comptoir sur l’expulsion de Zidane, et le mauvais exemple qu’il donna alors, il y a maintenant la glose sur la morale sportive et l’interprétation du règlement au moment où le sélectionneur Raymond Domenech touche 862 000euros (!) pour la qualification de l’équipe de France en coupe du Monde de Football. Il y avait des discussions sur le fait que l’arbitre n’avait vu Zidane que par la grâce de l’arbitre de touche et de la vidéo sur grand écran, il y a eu au stade de France l’absence totale d’image vidéo et le fait qu’aucun arbitre ne voie la (les) faute(s) de main.

 
Faut-il rappeler un certain nombre d’évidences à l’aune desquelles peut-être éventuellement jugé Thierry Henry :
- le jeu appelle la faute,
- la faute appelle l’arbitre et son interprétation voire celle des ses assistants puisque Michel Platini ne veut pas de la vidéo pour le ballon rond alors qu’elle est adoptée pour le ballon ovale,
- l’arbitre est souverain et fait partie du jeu, de ses aléas, de ses hasards, de ses mystères et bien évidemment de ses erreurs,
- il n’y a jamais d’appel d’un résultat après le dernier coup de sifflet final,
- les fédérations internationales sont plus à l’abri des velléités revanchardes et nationalistes des Etats-Nations que… des éventuelles pressions des multinationales du marketing qui n’ont jamais demandé l’inversion d’un résultat,
- l’insulte populiste reste toujours au cœur ardent de toute critique même si paradoxalement elle donne dans le moralisme. Il est peut-être temps de méditer ces écrits de Jean Giraudoux en 1933 : «si les mains ont été supprimées du jeu, c’est que la balle par leur intervention cesserait d’être belle, et le joueur aussi. Les mains sont des trucs ; elles ont été données uniquement aux deux animaux truqueurs, à l’homme et au singe. La balle n’admet pas le truquage mais seulement les effets stellaires…». Au-delà des cette affaire “d’Etat de main”, les chroniqueurs ont noté l’engagement du Président Sarkozy dans la bataille des Régionales dénonçant «la folie fiscale des Régions», annonçant la tenue d’une conférence nationale sur les déficits publics face à un PS transformant le congrès des Maires en tribune politique, face à Laurent Fabius, toujours en quête du Graal présidentiel, soulignant que «le malaise des élus locaux est l’expression d’une lame de fond», face à Ségolène Royal lui répondant en dénonçant «le désordre fiscal». Copenhague est devenu la nouvelle ligne d’horizon, à la fois sur le front international mais aussi sur le front intérieur avec son insertion dans les régionales. Au profit de qui ? Des élections qui à peine passées laisseront la place, toute leur place, à la campagne des présidentielles.

Stéphane Baumont


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