La librairie Privat toujours dans l’incertitude: « Notre principal concurrent, c’est notre direction »

La librairie Privat, située rue des arts dans le centre ville de Toulouse, est en danger. La décision est tombée le 9 avril dernier, lorsque le groupe Actissia, propriétaire des 57 enseignes Chapitre Privat de France, a annoncé la fermeture de neuf d’entre elles et la cession de trois, dont Toulouse. Depuis, les salariés continuent leur activité dans la plus grande incertitude.

 

« L’épée de Damoclès est insupportable », témoigne Olivier Oix, responsable adjoint de la librairie. Il faut dire que la situation des salariés toulousains est particulière, car incertaine. « On sait qu’un investisseur s’est positionné sur ce local.  Il aurait proposé 650 000 euros pour racheter le bail commercial. On ne connaît pas son identité, tout ce qu’on sait, c’est qu’il ne poursuivra pas l’activité de librairie », confie Olivier Oix. Les négociations sont en cours avec les dirigeants du groupe, qui ont fait savoir aux salariés « que l’activité se poursuivrait tant qu’il n’y aurait pas de repreneur », révèle le délégué du personnel (sans étiquette) et membre du Comité d’entreprise de Chapitre, Laurent Bangoura. Ce dernier est venu de Limoges mardi dernier afin de s’entretenir avec les responsables de la librairie. Bien qu’il y ait encore beaucoup d’inconnues : « Je peux répondre aux questions sur ce qui s’est passé jusqu’à présent mais sur l’avenir…là je ne peux pas m’avancer. Ils peuvent revendre demain, dans six mois ou dans un an. Le pire finalement, pour les salariés, c’est de ne pas être fixés » explique le délégué syndical.

Pourtant, la librairie Privat Toulouse fonctionne plutôt bien : « Les fermetures malheureuses de Castela et Virgin ont eu pour conséquence une augmentation de la fréquentation. En plus on a enregistré un chiffre d’affaires en hausse de 4% par rapport à l’an dernier », explique le libraire. Mais il nuance tout de même ses propos : « il ne faut pas confondre chiffre d’affaires et bénéfices, il est vrai que la librairie est un commerce fragile car on doit payer les livres à 60 jours alors que nous n’écoulons pas forcément les stocks dans ce délai. Ceci explique les problèmes de trésorerie de beaucoup de librairies. » En outre, entre les grandes enseignes, les espaces culturels des grandes surfaces, les librairies indépendantes et surtout les ventes sur internet, la concurrence est rude. « Mais tout cela c’est de la concurrence saine. Nous, notre principal concurrent, c’est notre direction ! », s’écrit Laurent Bangoura. En 2008, le groupe décide de centraliser les opérations de commandes et d’achats à Paris, « ce qui a engendré des frais énormes, les délais de livraisons ont considérablement rallongé. En plus, on négociait des remises plus importantes sur les commandes qu’eux, au niveau parisien » poursuit-il. Depuis, les résultats vont de mal en pis pour les 57 librairies Privat, « avant cette centralisation, plus de la moitié d’entre elles étaient en positif. Aujourd’hui, il n’y en a plus que cinq » déplore le représentant du personnel.

En attendant d’être fixés sur leur sort, les salariés toulousains ont décidé de se mobiliser. Depuis « la douche froide », une pétition en version papier et internet a été mise en place. Déjà 1500 signatures ont été recueillies, tandis qu’un livre d’or à l’intérieur de la boutique est à la disposition des clients désireux de manifester leur soutien. Implantée depuis 174 ans à Toulouse, Privat est une enseigne emblématique, « elle fait partie du patrimoine » revendique Olivier Oix. Le maire, Pierre Cohen s’est déjà rendu à la librairie, avant de rencontrer mardi dernier, Jörg Hagen, président du directoire d’Actissia, et Pascal Maume, directeur général de Chapitre. «  Ils se sont engagés à privilégier l’étude d’une reprise de la librairie par la direction actuelle et le personnel » a-t-il fait savoir après ce rendez-vous. Laurent Bangoura a évoqué cette hypothèse avec les responsables toulousains : « Ils réfléchissent effectivement à racheter la librairie, tous ensemble mais on n’en est qu’aux discussions préliminaires. Il faut savoir si tout le monde est d’accord et quelles seront les conditions posées par la direction du groupe. »

 

Pour en savoir plus : sauvezprivat.blogspot.fr

 

Coralie Bombail



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