La haine des associés-rivaux

Plus que les conséquences du tremblement de terre en Haïti qui continue à faire la une d’hebdomadaires ou le corps de certains magazines télévisés – avec le retour des sauveteurs – plus même que la nouvelle communication politique inaugurée par un Président fortement – absolument ? – contesté par un ouvrier cégétiste qui n’avait pas la langue dans sa poche – Bernard Thibault donnait plutôt l’image d’un leader syndical presque “contre-révolutionnaire”, si comparaison il devait y avoir – plus que la polémique autour de la burqa (loi ou pas) confiée aux mains du Conseil d’État peut-être pour éviter une éventuelle censure du Conseil Constitutionnel (prochainement renouvelé) ; plus que la plaidoirie pro domo de Tony Blair justifiant les raisons de l’engagement de la Grande Bretagne lors de la dernière guerre contre l’Irak aux côtés des Américains ; c’est le jugement rendu dans l’affaire Clearstream qui fait la une des médias et marque, à sa manière, le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui était partie civile en première instance (premier Président de la Ve République à être ainsi entré dans le prétoire alors que d’aucuns attendaient de lui une neutralité naissant de ses attributions constitutionnelles, «garant de l’indépendance de la justice»).

 
Relaxation de Dominique de Villepin, appel du Parquet, dénonciation de «l’acharnement» de Nicolas Sarkozy, nouvel épisode de la longue histoire des “associés-rivaux” qui ne se supportent pas et se vouent une haine d’autant plus pérenne qu’elle est traditionnelle et se fonde, pour les deux hommes, sur une conviction et une volonté de revanche jusqu’à l’élimination. La formidable capacité de séduction en campagne de l’un devant peut-être affronter demain la capacité de nuisance de l’autre, gaullien sans réseaux et parlementaires mais capable de réunir sur son nom et sa haute figure emblématique (poète-Bonaparte-Républicain de gouvernement) le front anti-sarkozyste.
Plusieurs éléments méritent d’être soulignés à la suite de Robert Badinter :
1) «cette décision est une victoire de la justice parce qu’elle témoigne de l’indépendance des juges qui l’ont rendue»,
2) «l’appel du procureur s’inscrit dans la pratique commune» même «s’il est évident que la décision de faire appel n’a pas été prise sans l’accord – sinon à l’initiative – de la Chancellerie et de l’Élisée»,
3) «Le procès Clearstream va scander le quinquennat de Nicolas Sarkozy jusqu’à son terme» (après l’appel il peut y avoir pourvoi en cassation, voire une action devant la Cour Européenne des droits de l’homme, voire la saisine de la Cour de Justice de la République).

Reste à s’interroger sur cette curieuse constante de notre vie politique à accoucher de couples d’associés-rivaux se vouant une haine réciproque impliquant la mort politique de l’un des deux : Pompidou-Chaban, Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard et maintenant, procès aidant, Sarkozy-Villepin. Curieuse pratique et conception de la politique française conduisant les meilleurs des associés à devenir les pires des rivaux. Serait-ce un prolongement de la “justa causa” et du “justus hostis” ?

Stéphane Baumont


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