La folie Twitter gagne la ville rose

140 caractères… Pas plus ! L’exercice est plutôt complexe, mais il a pourtant gagné la planète entière. Les journalistes parisiens ont su si bien utiliser le réseau social qu’aujourd’hui il est devenu une véritable source d’informations relayée à qui veut bien l’entendre. Toulouse est aussi désormais contaminée. Politiques, journalistes, patrons et sportifs locaux se lâchent sur Twitter. Même la campagne municipale s’y joue en partie… Tous à vos smartphones ! Dossier réalisé par Thomas Simonian.

 

L’influence grandissante de Twitter

Une entreprise digne de ce nom ne peut avoir à l’heure actuelle de stratégie de communication sans prendre en compte les réseaux sociaux : « L’outil est autant utile en interne qu’en externe ; il est entré dans les mœurs des entreprises. Il n’y a plus de réticences », précise Fabrice Gerbet, consultant en communication et intervenant à l’école de commerce toulousaine, l’IDRAC. Twitter est même devenu selon ce spécialiste, « un média à part entière.» En revanche, Fabrice Gerbet précise que le monde de l’entreprise n’a pas encore choisi entre Twitter et son frère ennemi Facebook : « Tout dépend de la typologie de l’entité. Si le but est plutôt de promouvoir un événement ou d’étendre son réseau, il vaut mieux privilégier encore Facebook… » Afin de veiller à leur e-réputation, les entreprises font d’ailleurs désormais appel à un nouveau métier, celui de community manager : « Ils sont permanents ou en free-lance, et veillent sur l’identité des marques. » Les réseaux sociaux ont également contaminé le monde estudiantin, et Fabrice Gerbet est le témoin privilégié de cette évolution à l’IDRAC : « Cette génération Y qui a grandi avec Facebook, est maintenant conquise par Twitter. Ses sources d’informations ont muté vers la voie électronique. » Les étudiants utilisent également les réseaux sociaux au quotidien dans leurs écoles ou universités, « cela fait désormais partie de leur plateforme de travail », et préfèrent se connecter sur LinkedIn ou Viadeo plutôt que sur des sites traditionnels pour partir à la recherche de leur futur employeur.

 

La campagne municipale veut séduire les Followers

Pour l’ensemble de la classe politique aussi, Twitter est aujourd’hui une véritable arme de communication : « Je suis persuadé que c’est l’avenir. La pertinence de tels outils a largement été démontrée avec la campagne d’Obama aux Etats-Unis. Aujourd’hui les leaders politiques twittent ou le font faire », commente Charles Hue, délégué départemental du MUP (Mouvement Unitaire Progressiste), un tout nouveau parti qui mise avant tout sur une communication via les réseaux sociaux. Ce mouvement devrait d’ailleurs compter un représentant sur la future liste municipale de Pierre Cohen ; les négociations sont en cours, et le fondateur du parti, Robert Hue, a récemment rencontré le maire à cet effet. De l’autre côté de l’échiquier politique, dans le camp de Jean-Luc Moudenc, Twitter est là aussi devenu indispensable même si on relativise son impact : « C’est un outil parmi d’autres car on doit être partout, et pas uniquement sur Twitter. Il s’y passe des choses mais il faut en pondérer l’effet car le contact humain reste primordial. C’est d’ailleurs pour cela que nous misons également sur le porte-à- porte », nous confie Emilion Esnault, responsable de la communication de « Toulouse Avenir » et colistier de l’ancien maire. Il n’en demeure pas moins que les réseaux sociaux, et Twitter en particulier, modifient les stratégies des campagnes politiques : « Aujourd’hui on milite différemment. Regardez, même les tractages s’organisent désormais sur les réseaux sociaux… Il ne faut pas occulter non plus que c’est un moyen de communication à coût réduit », ajoute Charles Hue. Si l’influence de Twitter est désormais réellement grandissante chez les politiques toulousains, ils vont devoir veiller à une bonne utilisation, et éviter certains dérapages : « Etant en plein dans la campagne municipale, je m’en tiens pour le moment à une utilisation virale. Je m’abstiens à lancer toute polémique ou à apporter un quelconque commentaire qui pourrait être mal interprété », nous explique prudemment Emilion Esnault. En revanche, certaines figures du microcosme politique cassoulet ont bien compris que Twitter pouvait devenir le relais idéal entre eux et les journalistes. Le moyen de propager avec efficacité les bons mots pour toucher l’adversaire… François Briançon, directeur de campagne de Pierre Cohen, et Jean-Michel Lattes, porte-parole de Jean-Luc Moudenc, apprécient ces joutes avec leurs followers et répondre quand il le faut avec un zeste d’humour et parfois de provocation. Le 24 octobre dernier, François Briançon attaquait sur Twitter : « C’est pas bien de copier ! Quand Jean-Luc Moudenc manque vraiment d’idées… » Si l’ancien maire est la cible privilégiée de celui qui est aussi adjoint aux sports, un certain Pierre Izard avait également fait les frais d’un tweet ravageur de l’intéressé il y a quelques mois. « Pourquoi ni Maurice ni Sellin élus sur la liste Cohen n’ont dit un seul mot pour défendre le Maire avec qui ils ont été élus ? », questionne malicieusement Jean-Michel Lattes sur Twitter le 9 novembre dernier, suite au premier débat télévisé de la campagne municipale. Il est donc évident que contrairement à ce qui avait été le cas en 2008, les réseaux sociaux vont incontestablement jouer un rôle essentiel dans la campagne en cours : « Logique puisque désormais les propos qui y sont tenus, sont jugés crédibles et pris au sérieux. On ne conçoit même plus qu’un politique ne soit pas sur Twitter », explique Fabrice Gerbet, consultant et spécialiste de la question.  La preuve, Pierre Cohen et Jean-Luc Moudenc s’y sont mis récemment… Du moins leurs communicants respectifs se sont mis à le faire pour eux. C’est le cas d’ailleurs également pour tous les candidats déclarés dans la course au Capitole (Antoine Maurice, Jean-Pierre Plancade, Christine de Veyrac) exceptés Serge Laroze (FN) et Jean-Christophe Sellin (Front de Gauche).

A la région, on suit le maître

Martin Malvy est un modèle de communicant, et ce depuis des années, grâce notamment au travail de son directeur de cabinet Philippe Joaquim. Toute son action est relayée depuis de longs mois sur Twitter avec une précision d’orfèvre. Les groupes politiques à la région se sont mis au diapason à commencer par l’opposition : « Twitter offre un lien direct avec les militants, sympathisants et citoyens. Notre but est de développer fortement notre présence sur ce réseau social. Nous l’utilisons aujourd’hui par exemple pour relayer en direct nos interventions en assemblée plénière ou en commission permanente », explique Jean-Christophe Cornetto, chargé de communication du groupe « Osons Midi-Pyrénées ». L’utilisation par les élus de Twitter « n’est pas forcément générationnelle », selon le collaborateur du groupe d’opposition, « c’est davantage leur appétence pour les nouvelles technologies qui est en jeu. » Parmi les élus d’« Osons Midi-Pyrénées », c’est Elisabeth Pouchelon, qui apparaît comme la plus geek du groupe avec ses 2198 tweets. Une accro ! Du côté de la majorité, on utilise le réseau social « pour relayer des propositions et des propos forts. « Nous savons que les journalistes y sont à l’affût », confie Mathieu Sauce, collaborateur du groupe « Socialiste et Républicain. » Pour les élus socialistes, il paraît aujourd’hui évident de bâtir une véritable stratégie autour des réseaux sociaux : « C’est souvent plus puissant qu’un média traditionnel, c’est à coup sûr plus interactif. C’est notamment un moyen rapide de relayer les articles de presse qui nous sont favorables… », ajoute Mathieu Sauce. Ce dernier avoue tout de même avoir une petite préférence pour Facebook : « Le message y est selon moi plus durable. On peut l’utiliser comme un mini-blog. » Chez les élus socialistes à la région, Nadia Pellefigue et Jean-Paul Makengo, sont les plus actifs sur Twitter.

Les journalistes sont friands

Dans la Capitale, les journalistes ont initié le mouvement. Ils ont longtemps été à la pointe de l’utilisation de Twitter, avant même les politiques. A Toulouse, même si le phénomène est plus récent, il a désormais contaminé les rédactions. C’est bien entendu le cas de votre hebdo, où chacun de nos journalistes est armé pour tweeter toutes les bonnes infos. Notre confrère Stéphane Thépot par exemple, qui collabore au Point et à Carré d’info, s’amuse à distiller sur Twitter et Facebook une revue de presse pertinente et de petites remarques personnelles souvent corrosives, qui font beaucoup de bruit… Il est aussi dénicheur de photos parfois insolites. Dans la plupart des cas, les journalistes de la ville rose utilisent Twitter pour relayer leurs articles ou ceux de la rédaction dans laquelle ils collaborent, mais parfois ils s’adressent directement aux politiques. Ainsi Sébastien Marti de La Dépêche du Midi a récemment remis en cause le chiffrage des Toulousains présents à l’inauguration de la permanence de Jean-Luc Moudenc. Si le tweet officiel du candidat annonçait 600 personnes, le journaliste a aussitôt réagi : « Je ne compte pas les gens un par un. J’ai estimé à 200 le nombre de personnes présentes, certainement pas 600. » Autre exemple, celui de la rédaction de votre hebdo qui a répondu à un tweet de Guillaume Brouquières, ancien responsable des Jeunes de l’UMP 31, qui attaquait les éditorialistes du JT : « Les chroniqueurs du @JToulousain toujours aussi intellectuellement pauvres et sans saveur… » L’intéressé a eu droit à notre réponse : « Petit rappel, il y a des chroniqueurs de toutes les tendances au JT. Respect pour toutes les opinions. » Preuve que tweeter occasionne de vrais échanges entre politiques et journalistes. Et ce n’est que le début.

 

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L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont voit Twitter comme un passage obligé

« On a l’impression aujourd’hui que les élus sont quasiment obligés de passer par ce nouveau mode de communication, ce nouveau support. Là où avant, les agences de presse et plus particulièrement l’AFP régnaient en maîtres, Twitter est venu tout bousculer. Une info est désormais davantage retenue, commentée et analysée quand elle est issue de Twitter… Nous l’avons récemment constaté avec les célèbres tweets de la compagne de François Hollande et du compagnon de Cécile Duflot. Si un homme politique reconnaît qu’il ne tweete pas, il s’exclut presque du jeu politique. »

 

 

 

 

 

 

 

Zoom « Twitter dans le rugby »

 

Anne De Téco, community manager de l’US Colomiers

 

Vis-à-vis de la com du club :

 

« J’ai une liberté d’agir, je me dois juste de communiquer en toute conscience professionnelle.

En général, je communique sur les résultats des matchs à l’extérieur, et j’interagis avec la Ligue, les supporters et d’autres clubs. J’essaie d’être la plus fair-play possible. En tout cas, on me fait confiance, alors il ne me viendrait pas à l’idée de communiquer n’importe quoi. »

 

Vis-à-vis des joueurs :

 

« Les joueurs n’ont pas d’obligation d’être actifs sur les réseaux sociaux. Chacun fait ce qu’il veut, à l’image de David Skrela, qui possède son propre compte. Moi, je vérifie s’il y en a des nouveaux, afin de pouvoir les mentionner lors de mes publications de photos par exemple. »

 

 

Propos recueillis par  Mehdi Djebbari



2 COMMENTAIRES SUR La folie Twitter gagne la ville rose

  1. TBiarneix dit :

    Bonjour,

    c’est bien la première fois que je vois un classement type “qualitatif” des comptes twitter qui se base sur le nombre de followers ET le nombre de tweet. En tant que professionnel de la communication numérique, je vous le dis, c’est ridicule, abstrait et complètement tronqué. Avant de faire ce genre de chose, vous qui êtes journaliste, avez au moins le devoir de consulter des professionnels afin de comprendre de quoi vous parlez. Si je ne remets absolument pas en cause votre analyse sur la présence plus qu’obligatoire des politiques aujourd’hui sur le réseau de l’oiseau bleu, vous avez un sérieux effort à faire sur le côté analytique de la présence numérique des personnalités que vous ciblez.
    Je reste ouvert à toute “explication” concernant votre baromètre et je suis à votre disposition si vous avez besoin de plus amples renseignements.

  2. Jean-Michel LATTES dit :

    En décalage avec l’analyse du lecteur précédent – et n’étant pas spécialiste de la communication – j’ai de mon coté bien apprécié votre analyse !

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