La cigale athénienne

Il y a bien sûr la visite d’État du Président Sarkozy permettant de tourner une page brouillonne des relations entre Paris et Pékin, l’interdiction du voile intégral dans une Belgique marquée par l’une des plus graves crises politiques de son histoire ; il y a aussi l’exposition universelle de Shanghai qui devrait durer six mois et accueillir 100 millions de visiteurs ainsi que les élections britanniques de la mi-semaine qui pourraient voir Gordon Brown perdre le pouvoir et être remplacé par une coalition conservateurs-centristes sur fond d’abstentionnisme mais il y a surtout trois événements : la marée noire exceptionnelle qui frappe les États-Unis, la situation de la Grèce, de l’euro et de l’Europe et la polémique qui vient d’accompagner le dernier livre de Michel Onfray “Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne”.

 
“État de catastrophe nationale” aux États-Unis dans le Golfe du Mexique. 800 000 litres de pétrole qui s’échappent chaque jour de la plateforme de BP qui a sombré le 22 avril. Après le “Torrey-Canyon” de 1967, l’“Exxon Valdez» de 1989, l’Erika de 1999 et le Prestige de 2002, le Président Obama a promis de mobiliser tous les moyens disponibles. Cet événement surmédiatisé pourrait remettre en question l’extension des forages offshore.
Le deuxième événement concerne la Grèce, donc l’euro, donc l’Europe et son devenir économique, monétaire, économique et social : «la bise des marchés est venue et la cigale athénienne s’est retrouvée fort dépourvue». La fourmi allemande n’étant pas prêteuse, c’est là son moindre défaut, il a fallu que Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet interviennent pour convaincre Mme Merkel souligne Pierre-Antoine Delhommais qui précise que la crise grecque, c’est d’abord le triomphe de l’orthodoxie budgétaire (gestion rigoureuse, obsession de la compétitivité et des excédents commerciaux) sur le gaspillage des deniers publics à la grecque. Dans l’affaire grecque tout le monde serait perdant : l’Allemagne qui n’est pas certaine de récupérer ses 25 milliards ; la Zone Euro qui a affiché ses divisions et révélé «ses gravissimes défauts de structure et de conception ; les banques françaises “gavées” d’emprunts grecs (52 milliards d’euros) ; le Gouverneur de la Banque Centrale Européenne qui ne voulait pas entendre parler du FMI ; les politiques une nouvelle fois impuissants devant les mouvements d’humeur des marchés financiers démontrant à nouveau qu’ils n’ont que l’illusion du pouvoir.» Reste qu’il va être prodigieusement difficile pour la Grèce d’abord (demain pour le Portugal et pour l’Espagne) de retrouver la croissance sans pouvoir dévaluer tout en pratiquant des politiques de rigueur extrême. Décidément nous n’en sommes qu’au début d’un vrai drame qui pourrait remettre en cause “l’euro-optimisme” et susciter une remontée des euroscepticismes parce que cette crise pose la question, au Nord comme au Sud, de la transaction politique. C’est décidément «le Printemps de tous les dangers» selon Pierre Lellouche même si l’aide à la Grèce s’est concrètement matérialisée à Bruxelles le 2 mai.
Enfin Michel Onfray profite d’une “fenêtre d’opportunité” (vulnérabilité de la psychanalyse en tant que science humaine autant que comme pratique thérapeutique) pour attaquer Freud et la psychanalyse sous un angle de nature morale (il met l’accent sur les vices de l’homme Freud pour mieux torpiller sa théorie). La virulence du débat, dans la bonne tradition intellectuelle française prouve la vitalité de la psychanalyse, les passions qu’elle suscite, l’intérêt engendré par l’œuvre de Freud (le livre d’Onfray est déjà un best-seller) et la question au cœur ardent des discussions : Qu’est-ce qu’une personne ? Est-ce un individu qui doit s’adapter à son milieu social ou bien quelqu’un qui façonne son milieu avec ses propres valeurs ?

Stéphane Baumont


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