Kermesse politique

Au-delà de l’intensification des frappes de l’OTAN en Libye (pour Claude Lanzmann «de toute façon on ne négocie pas avec Kadhafi. C’est un non-dit mais il doit mourir») de la Grèce qui continue à ajouter de la rigueur à la rigueur ; au-delà des révélations de l’économiste Camille Landais soulignant que «les 0,01 % des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42,6 % sur la période contre 4,6 % pour les 90 % des foyers les moins riches», au-delà des 3 000 classes menacées (8 967 emplois supprimés alors que le nombre d’élèves augmente) mettant en péril le principe d’égalité des chances, c’est la pré-campagne présidentielle et ses sondages qui mobilisent l’attention de l’opinion publique (deux Français sur trois sont mécontents) avec cette loi qui semble s’imposer : plus la présidentielle se rapproche, plus Nicolas Sarkozy s’effrite battant mois après mois les records de mécontentement des Présidents de la République sous la Vème République et selon le politologue Jean-Luc Parodi «limitant d’autant les probabilités, en ce qui le concerne, de remontée suffisante pour rendre incertaine la bataille de 2012». 28 % de satisfaits, 72 % de mécontents : record absolu, le “sondage universel direct” rendant, quatorze mois avant l’échéance, des “chiffres-guillotine” dans une ambiance délétère (malgré le Forum sur l’identité républicaine organisée par les radicaux de gauche de J.M. Baylet – Borloo et Hollande étaient invités) où 49 % des Français considèrent que la démocratie – représentative – a reculé en France depuis l’an 2000.

 
Quelles raisons conduisent-elles donc à cet encalaminage du Chef de l’État malgré sa place très bonapartiste sur le front international (de Libye en Côte-d’Ivoire) malgré ses voyages réguliers (presque rituels désormais) dans la République de la Province ? Elles sont essentiellement sociales : déplorations sur le pouvoir d’achat, augmentation de la vie courante, déclarations sur l’augmentation des tarifs du gaz et de l’électricité, dénonciation de l’inégalité et de l’iniquité que viennent alimenter les perspectives de suppression de l’ISF. Le tout sur fond d’inquiétudes militaires (risque d’enlisement en Libye ; interrogations sur l’après-Gbagbo en Côte-d’Ivoire). À un an seulement du premier tour «on mesure à quel point», souligne Jean-Luc Parodi, «son résultat ne dépend plus de Sarkozy lui-même mais presque exclusivement de son futur adversaire, de sa personne et de sa campagne. Bref, la gauche reste le seul espoir de la droite, avec l’aide éventuelle et aléatoire de Marine Le Pen au premier tour».
Reste à se demander si le Président sortant ne va pas tirer des conclusions de cette impopularité (et même de cette haine) croissante au moment où la lapidation continue avec les livres “Off” des journalistes de Marianne et celui de F.O. Giesbert “M. Le Président” (bâti autour d’anecdotes destinées à étriller le candidat-Président). Conclusions d’autant plus urgentes à inventer et à traduire en éventuelle dynamique de remontée (à moins de renoncer à la candidature) que les scores de de Gaulle (55 %) VGE (48 %) et Mitterrand (54 %) sont presque équivalents à leur popularité un an plus tôt. La clé n’est pas (ou plus) dans la droitisation (presque caricaturale) de Claude Guéant mais dans le recentrage social que, dès cette semaine il va «mettre en musique» à Charleville-Mézières dans les Ardennes où il va visiter une fonderie.
À défaut de redressement nécessaire (pour le candidat comme pour les espérances des députés de la majorité sortante), le temps des fractures internes à cette majorité se feront plus fortes au point de diviser les droites et de multiplier ses candidats. D. de Villepin a parlé de «kermesse politique». Il se voulait critique et ironique. Mais il ne faut oublier qu’on peut imaginer la kermesse et ceux qui la visitent «heureux», parce qu’enfin de vrais débats vont s’instituer.

Stéphane Baumont


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