Katyn, encore Katyn !

Au-delà des rumeurs qui ont conduit à d’autres rumeurs puis à des démentis et des vœux de la Première Dame de France relativisant opportunément la thèse du complot avancé par le Conseiller Charron et qui illustrent la rapidité avec laquelle tout pouvoir peut se trouver rapidement déstabilisé et le contre-pouvoir que constituent Internet et ses multiples applications ; au-delà de la démonstration de force des “chemises rouges” thaïlandaises et de la Révolution réussie de Kirghizistan ; plus que la non-candidature de Jean-Marie Le Pen aux prochaines présidentielles en 2012, c’est le crash aérien du Tupolev gouvernemental et présidentiel de Katyn qui suscite l’émotion publique : le Président de la République de Pologne, son épouse et une centaine de personnalités trouvant la mort alors qu’ils allaient commémorer le massacre de Katyn ordonné en 1940 par Staline.

 
Comme l’écrit avec force le journaliste Claude Askolovitch «la mort attendait donc Lech Kaczynski près de Katyn là où meurt forcément la Pologne et c’est un vertige quand le hasard rejoint l’Histoire, quand un ultranationaliste fait tout pour périr là où Staline exécuta la fin fleur de l’armée polonaise il y a soixante-dix ans… Avec lui les Polonais perdent une part de leur romantisme mais un romantisme obscur et anachronique». Décidément l’Europe est violemment touchée en ce Printemps 2010 : une Grèce dont la situation financière inquiète de plus en plus les marchés, une Pologne politiquement “décapitée” qui doit bientôt se replonger dans de nouvelles élections présidentielles.
Élections présidentielles qui constituent désormais une page quotidienne dans notre actualité. De la Revue Esprit aux déclarations de Laurent Fabius en passant par la sortie du bois d’un “fauve” oublié : Alain Juppé et l’espoir d’un régime présidentiel défini par Jean-François Copé. La Revue Esprit d’abord qui dresse un état des lieux de “l’État Sarkozy” très critique : la politique d’affichage en matière de sécurité qui «finit par se faire au détriment du maintien de l’ordre lui-même», la réforme en dents de scie des collectivités locales qui témoigne «d’un refus d’assumer la décentralisation», les limites de l’emblématique RSA, la création jugée dangereuse de la rétention de sûreté, la transformation de l’État en “État managérial”, l’absence de cohérence dans le calendrier des réformes. La revue Commentaire, en réponse, livre un long texte de Jean-François Copé qui écrit notamment que l’élection de N. Sarkozy et la révision de 2008 dessinent «une Ve République bis qui se rapproche du régime présidentiel, caractérisé par deux pouvoirs forts obligés de travailler ensemble : d’une part un exécutif à une tête avec des responsabilités identifiées et d’autre part, un Parlement renforcé qui n’est pas un simple faire-valoir».
Par ailleurs si Laurent Fabius n’en finit plus d’être l’éternel présidentiable depuis qu’il a quitté Matignon en traitant le Président Sarkozy de «sorte d’avocat d’affaires gouvernant par saccades et même par foucades», c’est Alain Juppé qui crée l’événement en déclarant sa décision de “concourir” à des primaires si N. Sarkozy n’est pas candidat, se démarque de “la rupture” à laquelle il n’a jamais cru et face au pessimisme des Français, appelle au “rassemblement” au nom du gaullisme qu’il qualifie de «pensée politique qui allie patriotisme et humanisme tout en ne digérant pas le triomphe de la cupidité». Décidément ce qui ressemble déjà une “guerre de succession” se met en place. Il ne manquera pas d’offre politique en 2012 !

Stéphane Baumont


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