Joggeuse de Bouloc : Où en est-on ?

Le 14 février 2011, Patricia Bouchon, mère de famille habitant Bouloc, disparaît dans la nature lors d’un jogging matinal. Son corps est retrouvé six semaines plus tard. Depuis, l’enquête se poursuit sans relâche par les gendarmes de la cellule Disparition 31. Le point sur une affaire hors du commun. Par Aurélie Renne et Coralie Bombail.

Comme tous les matins, Patricia Bouchon enfile ses baskets à l’aube pour son jogging. « Elle partait tous les jours très tôt, cette fois-ci il devait être entre 4h30 et 5h d’après les témoignages (le boulanger l’aperçoit vers 4h40 ndlr). Moi je dormais encore », se souvient Christian Bouchon, son mari. Elle courait habituellement « une demi-heure ou trois quarts d’heure », précise-t-il. Alors quand il ne la voit pas revenir, Christian Bouchon donne l’alerte. Il est environ 6 heures. Les gendarmes ne tardent pas à arriver sur les lieux et très rapidement d’intenses recherches et un dispositif colossal (plongeurs, battues, hélicoptères) monopolisent « entre 150 et 200 militaires », précise le mari de Patricia. Le corps est finalement retrouvé 43 jours plus tard, dans un endroit reculé de Bouloc, en bord de route passante, sous un pont. Rapidement une cellule spéciale est dédiée afin de résoudre l’enquête et de nombreuses pistes sont étudiées. « Des moyens conséquents ont été mis en œuvre tout de suite », ajoute C. Bouchon, « sur le moment ça m’a paru normal et rassurant et rapidement c’est devenu inquiétant de voir l’ampleur que ça prenait : j’ai compris que c’était grave. » L’ADN retrouvé sur son corps n’a pas été identifié, ce qui signifie que l’homme est inconnu des services de police. Quant à la Clio aperçue près du lieu du crime par un chauffeur-livreur, elle n’a jamais été retrouvée. Au total huit personnes ont été mises en garde à vue, dont un homme de 36 ans qui s’est accusé du meurtre de Patricia Bouchon l’an dernier. C’est la dernière piste sérieuse en date, qui comme toutes les autres, n’a pas abouti : l’ADN ne correspondait pas et l’homme était « en grande détresse psychologique », selon le directeur de la cellule Disparition 31, Frédéric Aüllo.

Un mystérieux portrait-robot : « personne ne sait pourquoi il n’est pas diffusé »

Pourtant parmi les pistes qui pourraient être encore explorées, un portrait-robot du présumé coupable existe depuis le début de l’enquête mais il n’a jamais été rendu public. Ni les gendarmes, ni l’avocat de la famille, Maître Juillard, ne savent pourquoi sa diffusion est bloquée. Le Procureur se contentera de dire qu’il « ne commente pas les décisions d’enquête. » Le portrait a tout de même été communiqué aux gendarmeries du département qui s’en servent pour évoquer d’éventuels souvenirs dans la zone concernée. Ceux qui l’ont vu, le relativisent souvent et avouent ne pas pouvoir en dire grand-chose : « C’est monsieur tout le monde », assure Christian Bouchon, « il a entre 30 et 40 ans », observe Me Juillard. L’individu au visage plutôt ovale, de type européen a un bonnet vissé sur la tête. Un profil quelconque et modifiable simplement. L’homme qui a permis à la section de recherche de la gendarmerie de réaliser ce portrait, est le livreur qui a croisé la Clio. Celle-ci qui roulait tous feux éteints face à lui ce 14 février vers 4h45 dans Bouloc. Quelques minutes plus tard, Patricia Bouchon était mortellement agressée… Coïncidence ? Plus de deux ans se sont écoulés et l’omerta reste totale concernant ce portrait pourtant dressé très rapidement après le drame. La décision qui relève de la juge d’instruction pourrait être modifiée d’ici quelques semaines. En effet, Maître Juillard a demandé un rendez-vous avec la juge d’instruction Nicole Bergougnan afin d’évoquer le sujet. Le 18 septembre, le sujet sera donc abordé et la famille Bouchon naturellement conviée à la rencontre. L’avocat avoue vouloir faire pression car même si le croquis n’est pas probant, « c’est une piste parmi d’autres, on ne peut pas passer à côté, on a déjà perdu beaucoup de temps », estime l’avocat de la famille Bouchon. Ce rendez-vous sera aussi l’occasion pour lui de réclamer une copie complète des 14 tomes du dossier. « Cela fait six mois que je demande une copie. Pour l’instant je n’ai qu’un accès limité au dossier puisqu’il faut que je me déplace sur Toulouse pour le consulter », explique-t-il, ce qui pose quelques difficultés car son cabinet est installé à Aurillac (ville où vit aujourd’hui Christian Bouchon, ndlr). L’avocat, contacté par la famille en fin d’année dernière, la représente aujourd’hui dans l’affaire et « fait le lien avec les enquêteurs et la justice, car cela devenait difficile pour eux », ajoute-t-il. La famille Bouchon a en tout cas toujours mis un point d’honneur à rester en retrait vis-à-vis de l’enquête : « ce sont eux qui nous appellent quand c’est nécessaire », ajoute Christian Bouchon.

Patricia Bouchon en compagnie de son mari, Christian

 « Je n’ai jamais eu de suspicions »

Malgré les pistes qui se referment une à une, la famille ne perd pas espoir, « je suis sûr qu’ils vont le retrouver. Ce n’est qu’une question de temps », affirme Christian Bouchon. Celui-ci, resté dans l’ombre depuis le meurtre de sa femme est aujourd’hui prêt à s’exprimer sur l’affaire. « Bien sûr, je suis déçu quand une piste s’arrête, mais on ne va pas accuser un innocent à tort. Peu à peu l’étau se resserre…» L’optimisme est donc de mise, malgré les heures sombres traversées et des sentiments très contrastés. Partagé entre l’envie de connaître la vérité et la crainte de tout ce que cela va réveiller, Christian Bouchon avoue avoir « très peur du jour où l’on va retrouver le meurtrier. Il faudra alors affronter un procès et tout un tas de choses vont remonter.» Pourtant, les incertitudes ne sont pas pour rassurer. Connaissait-elle son agresseur ? Les cris du meurtrier entendus par les voisins (« Excuse-moi, excuse moi » d’après les témoignages) peuvent le laisser supposer. Mais le mari de Patricia Bouchon assure n’avoir « jamais eu de suspicions », sans pouvoir vraiment écarter l’éventualité : « Je penche plutôt pour la mauvaise rencontre. En tout cas c’est très angoissant, je ne sais pas comment je réagirais si jamais je le connaissais. » Malgré tout, Christian Bouchon a une certitude, « c’est quelqu’un du coin » selon lui, car « l’endroit où il l’a laissée n’a pas pu être choisi au hasard.» A l’heure actuelle, l’enquête ne permet pas de confirmer cette théorie, « ils cherchent à tous les niveaux, je suis toujours étonné de voir jusqu’où ils peuvent aller. Ils ont enquêté sur des choses que j’avais totalement oubliées. La piste des évangélistes1 par exemple remonte à vingt ans », confie-t-il. Rien n’est laissé au hasard. Lui-même a immanquablement été soupçonné : « Je regarde assez les films américains et les infos pour savoir que le mari est le premier suspect », rappelle-t-il. Christian Bouchon a répondu à l’interrogatoire, compréhensif, car « je n’ai jamais senti le point d’interrogation sur ma tête, les gendarmes faisaient leur boulot. Je ne l’ai pas mal pris », raconte-t-il. Rapidement lavé de tous soupçons, il devra composer avec sa propre culpabilité : « C’était dangereux d’aller courir à cette heure-là. J’aurais dû être plus virulent pour l’en empêcher », se reproche-t-il encore.

Pourtant il semble que le temps soit passé par là et permette un peu de distance dans le portrait qu’il dresse de Patricia : « elle était dépressive depuis des années. C’est venu lentement pour s’installer profondément. Elle avait certains TOC, dont le jogging faisait partie. » Il la qualifie même d’« hyperactive », racontant que si elle partait si tôt, c’est qu’elle avait toujours le sentiment « d’avoir plein de choses à faire dans sa journée.» Il ajoute enfin que ce rythme effréné qu’elle s’imposait devenait obsessionnel lorsqu’après son footing matinal, elle partait marcher une heure en ville avant de gagner le lieu de son travail. « Elle n’avait pas un métier facile », répète Christian Bouchon et opérée quelques mois avant sa disparition, la période de convalescence n’aurait pas arrangé les choses… Une personnalité instable qui colle au train de vie que menait le couple avant de poser ses valises à Bouloc : « On a très souvent déménagé, on aimait vivre comme ça. » Aujourd’hui domicilié à Aurillac « grâce à une opportunité de boulot », Christian Bouchon dit pouvoir « revivre tranquillement sans hésiter à mettre le pied dehors

« Des choses vont arriver d’ici peu, les enquêteurs sont sur une toute nouvelle piste »

Aujourd’hui la cellule Disparition 31 est toujours penchée sur l’affaire. Nous avons interrogé l’avocat de la famille Bouchon sur le sujet : « c’est un peu tôt pour vous répondre, d’ici un mois il y aura de quoi dire je vous l’assure, car les enquêteurs sont sur une toute nouvelle piste. » Et n’en dit pas plus, nous renvoyant vers les enquêteurs. Frédéric Aüllo, directeur de l’enquête -qui précise tout-de-go « être soumis au secret d’instruction »- nie en bloc l’existence d’une nouvelle piste et rétorque à tort ou à raison, que ces commentaires appartiennent à Maître Juillard, et n’engagent que lui. Lors d’une apparition télévisée récente (TF1 24/08 Journal de 20h), on voit le juriste évoquer quelques détails, notamment une trace ADN retrouvée sur le soutien-gorge de la victime et qui pourrait laisser penser au début d’une agression sexuelle. Une piste qui ne séduit a priori pas vraiment les enquêteurs. « Des tests ADN vont être faits dans les semaines à venir. A suivre », termine l’avocat. Et le directeur d’enquête de reconnaître que le travail des enquêteurs pourrait porter ses fruits : « Il y a de bonnes raisons de garder espoir, même si c’est une affaire difficile et rare. » Selon lui, « Deux ans et demi d’enquête, ce n’est pas exceptionnel, car le dossier est complexe. On avait très peu d’éléments au départ. L’auteur du crime a eu beaucoup de chance, et nous, pas du tout. »

 

 

1Il y a une vingtaine d’années Patricia était attachée à l’église protestante et fréquentait l’enceinte religieuse de Villemur-sur-Tarn. L’un des membres vivait à proximité du lieu où son corps a été retrouvé. Cette piste étudiée récemment n’a rien donné de probant.

 

Chronologie :

14 février 2011 : Patricia Bouchon part courir vers 4h30 et disparaît à Bouloc.

15 mars 2011 : un homme de 39 ans, ancien toxicomane est placé en garde à vue. Recueilli par un automobiliste qui l’a pris en stop, il aurait tenu des propos étranges sur l’affaire.

29 mars 2011 : Son corps est retrouvé dans un endroit reculé, sous un pont, à Villematier.

30 juin 2012 : un Tarnais de 36 ans s’accuse du crime. Il est mis en garde à vue, puis placé en établissement psychiatrique. La piste est refermée.

Juillet 2013 : les gendarmes ont enquêté sur une piste «évangéliste », car Patricia Bouchon a fréquenté une église protestante, dont un fidèle habite près du lieu où le corps a été découvert. Piste également abandonnée.

18 septembre 2013 : L’avocat de la famille, Me Juillard, a rendez-vous avec la juge d’instruction pour essayer d’obtenir la diffusion du portrait robot.

 

 

 



6 COMMENTAIRES SUR Joggeuse de Bouloc : Où en est-on ?

  1. Manna dit :

    Nous ne t’abandonnons pas Patricia….un jour la roue tournera et nous retrouverons celui qui sur un instant de folie, t’as ôté la vie et à porté ta famille et tes proches dans le désarroi le plus total, une vie arrachée avec violence et souffrance. Pourquoi les hommes en arrivent ils a ce point ?
    Courage aux proches et nous suivons de près l’enquête qui nous en sommes certain un jour paiera…..

  2. GUERRA Christophe dit :

    Je me suis beaucoup intéressé à l’affaire et je tiens en premier lieu à souligner la qualité de cet article. De source sure, je peux dire que ce portrait-robot a été réalisé dès mars 2011, soit trois semaines après la disparition de Patricia Bouchon. C’est quand même affligeant que le parquet bloque la diffusion de ce portrait-robot, qui n’est peut-être rien, mais qui constitue l’unique piste qui pourrait faire décoller l’enquête.

  3. Dandré Françoise dit :

    Je souhaite à Christian et à Carline de conserver l’optimisme quoi qu’il advienne. Ils méritent, tous deux, de ne pas affronter plus de douleur. Le pas est assez franchi comme cela. Rien ne sert de garder le froid, en soi, mieux vaut aller de l’avant vers le soleil du futur.

  4. Claire dit :

    Je suis sonnée de la ressemblance entre l’époux de Patricia et le portrait-robot. C’est pour cela que ce portrait-robot n’a pas été diffusé tout de suite ? Vivement que le coupable soit pris. Pauvre femme malade et gênante ? Quel monde de dingues, il n’y a plus que l’argent qui compte ! Bien triste tout cela…

  5. Malongo dit :

    Ce voyou peut être quelqu’un qui passait par cette route tous les jours pour aller travailler (peut être une grande surface où certains embauchent de bonne heure pour mettre en rayon par exemple, pour livrer, ou dans un hôpital… ou autres…). Il aurait donc remarqué Patricia Bouchon tous les jours à la même heure, au même endroit et un jour, cette ordure aurait pu perdre la tête et commettre l’irréparable. Un jour de Saint Valentin par exemple (comme ce fut le cas) où il aurait pu s’imaginer commencer une idylle avec Patricia Bouchon par exemple. Patricia aurait refusé, aurait résisté et cela aurait tourné au drame. Qui n’était pas à son travail ce lundi 14 février 2011 ou est arrivé en retard ? Bien sûr parmi ceux qui embauchent très tôt le matin, ce qui réduit considérablement le champ des suspects.
    Reste cette histoire de gant qui me tracasse. D’où sort-il ce gant ? S’était-il muni d’un gant en prévision qu’elle ne veuille pas ? Comme je voudrais pouvoir aider à retrouver ce monstre ! Je pense à sa fille en premier lieu. Pauvre jeune femme.

  6. Crale V. dit :

    Imaginons le tueur ; il a sûrement des voisins. Il n’habite pas tout seul en pleine forêt ! A partir de là, un, une ou des voisins ont sûrement remarqué que leur voisin, n’avait plus sa Clio blanche ou grise depuis le 14 février 2011, qu’il s’était rasé la barbe comme par hasard depuis février 2011. Car ce salaud s’est débarrassé de sa Clio (dans un étang, une rivière du coin, bref dans l’eau). Ou peut être l’a-t-il vendue ?
    Je suis convaincue que des gens ont remarqué ces 2 événements chez leur voisin, il ne peut pas en être autrement. Et malgré tout, ces gens ne parlent pas. Ils ont sans doute peur mais ils savent ou du moins, ils soupçonnent. Ils pourraient tant aider à retrouver le coupable pourtant.
    Possédant une simple Clio, ce tueur n’est sans doute pas quelqu’un de bien riche… sauf s’il a volé cette voiture pour accomplir son méfait, ce que je ne crois pas.
    D’autre part, ce qui bloque dans ce dossier, c’est que les faits se soient passés à 4 H 30 du matin, heure à laquelle il n’y a personne dans les rues car les gens sont en plein sommeil. Voilà pourquoi l’enquête piétine mais il sera coincé un jour ou l’autre c’est sûr et je ne voudrais pas être à sa place.

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