Joël Collado «Nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles chutes de neige»

Il est l’une des voix du Sud-Ouest les plus connues en France. Prévisionniste à Météo France par vocation, c’est par hasard que Joël Collado commence la radio en 1987 à Sud Radio puis à France Inter où il exerce depuis maintenant presque vingt ans. Il nous éclaire sur les récents phénomènes météorologiques et décrypte l’actuelle vague de froid qui devrait se poursuivre.

Joël Collado, ces derniers mois, la météo a été relativement capricieuse, avec un été automnal et un automne estival. Que se passe-t-il ?

L’été n’a pas été si automnal que cela, sauf pour les juillettistes bien sûr. C’est d’ailleurs le seul mois en 2011 qui a été froid. Les autres mois de l’année ont été chauds voire très chauds et secs. Au mois d’août, nous avons eu d’ailleurs une petite canicule sur la seconde quinzaine. C’est la variabilité naturelle du temps, du climat, sous nos latitudes. On observe depuis quelques années un transfert Nord/Sud plutôt qu’Ouest/Est. Alors si vous êtes du bon côté, vous avez chaud, sinon vous avez froid. En juillet, nous étions sous vent du nord, d’où ces mauvaises conditions : froid et pluie.

Nous connaissons actuellement des températures sibériennes. Comment les expliquer ?

C’est le principe des transferts Nord/Sud. Logiquement, l’hiver s’installe sur la Russie et forme un anticyclone thermique, une sorte dôme d’air froid. Ce dôme – énorme puisque l’anticyclone approchait les 1060 Hectopascal alors que la moyenne est de 1013 – s’est installé à partir de la mi-janvier, a grossi et est devenu un peu comme la chaîne de l’Himalaya. Une fois installé, il doit s’en aller et se propage vers l’est et l’ouest. Du coup l’Europe a froid ! Pour l’Europe du nord, cela donne un froid sec avec des températures très basses : -20° voire -30° comme en Pologne, en Estonie ou en Russie. Pour l’Europe du sud, ce froid est plutôt humide. C’est pour cela qu’en Espagne, au Maghreb, en Italie ou en Turquie, il y a beaucoup de neige. La France a eu la particularité d’un froid sec avec un épisode neigeux dimanche (5 février, ndlr). C’est le seul pays qui a eu cette caractéristique.

Un record historique après celui de février 1956 ?

Cette vague de froid va-t-elle durer ?

Oui, cet air froid ne va pas s’en aller comme ça. Il va se faire bousculer un peu par des nuages qui arrivent de l’océan mais globalement, il devrait résister au moins jusqu’en début de semaine prochaine.

Est-elle exceptionnelle ?

Je dirais même qu’il est presque historique d’avoir un mois de février si froid ! On peut faire une comparaison, pour l’instant arbitraire car le mois n’est pas terminé, avec le mois de février 1956 (entre le 1er et le 27). C’est à cette époque, précisément le 15 février 1956 que l’on a enregistré le record de froid, le plus intense à Toulouse depuis la seconde guerre mondiale : -19,2°. Mais à la grande différence que les années 50 ont été globalement plus froides. Les températures sont descendues plus bas car la France était entièrement recouverte de neige. Avec une telle surface blanche, le rayonnement a été plus important et le froid plus intense.

Pouvez-vous nous expliquer la notion de «froid ressenti»? On ne l’emploie que depuis peu…

Oui et l’on a bien tort. Les Canadiens et les Américains l’utilisent eux, depuis des décennies. Pour véritablement parler de «froid ressenti», les températures doivent être inférieures à 5° et le vent, assez fort. C’est en fait une formule qui intègre la température réellement observée, associée au facteur vent et sa vitesse. Plus le vent est fort, plus vous ressentez le froid. Notre corps fabrique une sorte de couche d’air à la surface de notre peau, un flux de chaleur permanent qui protège du froid. Lorsque le vent souffle, cette pellicule protectrice s’altère. Vous êtes donc plus exposé et ressentez davantage le froid. Pour vous donner un exemple, si le vent souffle à 40 km/h et que la température est à -5°, le ressenti sera environ de -14°. Les Canadiens emploient le facteur éolien l’hiver et en été, en emploient un autre qui permet d’évaluer un ressenti avec l’humidité. En réalité, ils essaient d’adapter les prévisions en fonction du ressenti de la population.

C’est surprenant…

Oui car nous n’en avons pas l’habitude ; d’autant que souvent, l’écart entre le réel et le ressenti est de 10°. Mais cette notion de ressenti dépend aussi de notre état de santé, de fatigue. En effet, ces facteurs peuvent être aggravants sur notre propre ressenti. Nous essayons donc de trouver des facteurs moyens qui représentent un ressenti moyen mais cela donne un chiffre plus proche de la réalité que les températures sous abris. Un -20° sans vent peut-être plus acceptable qu’un -10 avec beaucoup de vent.

Une pensée pour les sans-abris

Quel crédit pouvons-nous donner aux prévisions à 8-10 jours ?

Il y a une dizaine d’années, je vous aurais dit «presque aucun». Aujourd’hui, nous pouvons leur en accorder de plus en plus. Plus la science avance, plus les modèles progressent et les prévisions à une dizaine de jours s’améliorent. La problématique est que, plus vous vous éloignez dans le temps, plus la zone géographique s’élargit. Nous essayons de mesurer la variabilité naturelle du climat ; ce qui aujourd’hui relève moins du hasard qu’il y a dix ans. Actuellement, la prévision à une dizaine de jours montre que nous sommes dans une période de froid qui s’intensifie. Ce week-end (des 11 et 12 février, ndlr) les températures devraient replonger et la semaine prochaine, à partir de mardi (14 février, ndlr) le froid devrait devenir moins glacial. Mais nous ne sommes pas à l’abri de chutes de neige.

Pouvez-vous donner quelques conseils aux Toulousains pour se préserver du froid ?

Oui. Je leur conseillerais d’abord de se vêtir de plusieurs couches de vêtements pour se protéger au mieux ; de vérifier et protéger leurs compteurs ; d’essayer de ne pas trop utiliser les appareils électriques de manière à diminuer la consommation pour que tout le monde puisse continuer à avoir de l’électricité. Etre citoyen en quelque sorte. A ce propos, j’ai une grosse pensée pour les personnes sans abri. Il n’est pas normal que dans notre civilisation, des gens dorment dans la rue et puissent y mourir de froid. Depuis l’hiver 1954 et le début du combat de l’Abbé Pierre, les choses ne semblent pas avoir tellement changé. Malheureusement.

Propos recueillis par Marie-Agnès Espa

Photos

Joël Collado

 



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