Jean Rochefort à Toulouse ; Quelle classe !

Une élégance, un style impeccables. Une présence, une prestance, presque intimidantes. Et cette voix, cet humour, ce rire, reconnaissables entre tous. Il est l’un des derniers monstres sacrés du cinéma français. Jean Rochefort a participé à Toulouse à la 6ème édition du Marathon des Mots qui s’est achevé ce week-end. Juste avant d’entrer en scène aux Jacobins pour lire “Disgrâce” du Prix Nobel de littérature J.M. Coetzee, l’acteur/lecteur avoue sa peur de l’exercice. Lui, l’immense, du haut de ses huit décennies, et si humble. Les Français l’admirent. Comme ils ont raison. Interview.

 
Jean Rochefort, qu’est-ce qui vous a poussé à participer à cette 6ème édition du Marathon des Mots ? La présence du romancier sud-africain J.M. Coetzee ?
Oui. C’est un auteur que j’ai lu et relu et (s’adressant à Olivier Gluzman, co-fondateur du Marathon des Mots, ndlr), le miracle a fait que vous me le proposassiez… J’étais tout à fait heureux et impressionné car avec “Disgrâce”, on respire là une sorte de chef d’œuvre universel. C’est un livre tellement essentiel sur ce que nous sommes, pauvres homosapiens sapiens, raconté avec une telle simplicité… Donc je tiens à être au mieux de ma forme pour cet exercice. Ca n’est pas du nougat… (rires de l’assistance) Oui, c’est vraiment une histoire passionnelle entre ce livre et moi. Mais j’ai la trouille de passer à côté.

Quelle littérature vous passionne-t-elle ?
Je suis très éclectique. Ca va de Bobby Lapointe en passant par Barthes, ou par Montaigne que j’aime beaucoup lire quand je n’ai pas le moral. Je lis beaucoup en fait. Et avec le temps, je pense me diriger de moins en moins vers la fiction. Les livres des décennies, historiques, m’attirent en revanche de plus en plus. Je suis sur la planète depuis huit décennies et savoir ce que les autres en pensent, m’intéresse. Mais j’adore aussi les thrillers suédois. C’est ma passion en ce moment. Mankell est un auteur de polars prodigieux.

Que pensez-vous de l’exercice de lecture à voix haute auquel vous allez vous adonner ?
Ce qui m’interpelle, c’est l’engouement des gens pour la lecture. Avant-hier j’étais à la Comédie Française où on lisait René Char et Camus. La salle était pleine. On aurait entendu voler une mouche. C’est peut-être la simplicité du processus qui plaît : un texte, une voix, un plateau nu. Le théâtre veut souvent par trop rivaliser avec le cinéma en nous imposant des décors écrasants. Tandis que nous, dans un exercice tel que celui de ce soir, nous allons demander aux spectateurs de faire eux-mêmes leur décor. L’imagination est dans le fauteuil, pas sur la scène. Ca revient moins cher, tout le monde est content. C’est un phénomène très excitant. Je suis pour aller à l’essentiel, à la simplicité. J’ai beaucoup détesté les metteurs en scène qui oubliaient l’auteur.

 

Vous n’auriez pas vous-même envie d’écrire ?
C’est très inquiétant parce qu’on me le demande de plus en plus. Les éditeurs sont assoiffés. Ca sent le sapin (rires). Alors… Alors… Si j’écris un jour, ce ne sera pas mes mémoires. Si tout à coup, je ressens la nécessité de raconter ces huit décennies vues par moi, cela me motivera plus que de raconter mes mémoires. Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre pourquoi les mémoires d’acteurs intéressent les gens.

On dit de vous que vous êtes l’un des derniers monstres sacrés du cinéma français… Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Eh bien, vous savez, c’est comme sur les monuments aux morts. Je vois un mec avec une baïonnette figé pour toujours avec le nom de ses copains entre les jambes. (Jean Rochefort prend la pause. Rires de l’assistance)

Et que diriez-vous de Toulouse ? Qu’évoque-t-elle pour vous ?
Une équipe de rugby. C’est une très belle ville. Mais je trouve qu’il faut se méfier du régionalisme. On habite la planète. Toulouse en fait partie et on en est fier. Voilà quoi…

Propos recueillis
par Claire Manaud


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