Jean-Luc Moudenc ; Toulouse s’installe dans l’immobilisme

Au lendemain du fiasco qui a provoqué l’annulation de l’inauguration du tramway, Jean-Luc Moudenc, dresse un bilan à mi-mandat de l’actuelle gestion municipale. Des projets initiés par l’ancienne équipe, «renvoyés aux calendes grecques» quand ils ne sont pas purement et simplement abandonnés, l’ancien maire de Toulouse dénonce un manque d’ambition pour la ville et un danger pour l’avenir de l’agglomération. Interview.

 
Jean-Luc Moudenc, voilà quasiment 3 ans que Pierre Cohen est Maire de Toulouse. Quel bilan faites-vous de la gestion de la ville par votre successeur ?
Il y a beaucoup de discussions, d’assises, de réunions, souvent d’ailleurs sur des sujets intéressants. Mais en termes de résultats, de réalisations, de projets concrets, on ne voit pas venir grand-chose. Toulouse s’installe depuis presque trois ans dans un immobilisme qui me paraît à la fois désagréable pour le quotidien des Toulousains et dangereux pour l’avenir de l’agglomération.

Par exemple ?
Ce n’est que cette année que la mairie a commencé à réfléchir aux questions de sécurité avec la vidéoprotection, et de propreté. Or ces deux exemples qui font le quotidien de la vie des Toulousains, auraient dû être des priorités.

Lors de chaque conseil municipal vous portez avec force la voix de l’opposition. Est-ce la bonne méthode pour aider à construire le futur Toulouse ?

Il n’y a pas de démocratie sans débat et pas de débat sans une opposition capable de critiquer, de marquer sa différence et en même temps, de proposer. En effet, depuis le début du mandat municipal, je porte la voix des Toulousains qui m’ont fait confiance et je développe des analyses critiques par rapport à l’action ou l’inaction municipale. Il ne se passe pas un seul conseil municipal sans qu’avec mes amis, nous ne soyons porteurs de propositions et d’idées nouvelles pour Toulouse.

Que de temps perdu !

Pour mieux engager notre ville dans le futur, dit-il, Pierre Cohen et son équipe ont demandé à l’un des plus grands urbanistes de son temps, Joan Busquets, d’imaginer le futur Toulouse. Qu’en pensez-vous ?
C’est une bonne chose. Joan Busquets a des références excellentes. Ce que je regrette, c’est le temps perdu. J’ai lancé le concours sur l’aménagement de l’espace public du centre ville en 2007 et quand j’ai quitté les responsabilités, trois équipes d’urbanistes étaient en lice. L’une d’elles devait être choisie en mai 2008 mais mon successeur a annulé cette procédure. L’indemnisation pour le travail qui a été réalisé et mis à la poubelle, a coûté 240 000 euros aux contribuables toulousains. Une fois de plus, la phase de réalisation, de concrétisation du futur Toulouse, n’est pas pour demain. C’est dommage.   

Quid de la rue Alsace ?
Nous l’avions aménagée de manière provisoire au moment de l’arrivée du métro, à l’été 2007, et avions prévu de passer à l’aménagement définitif à partir de l’été 2009, avec des matériaux de qualité. La nouvelle municipalité a bouleversé ce calendrier et démarré les travaux uniquement en février dernier avec un projet qui ne portait que sur les deux tiers de la rue ; un tiers ayant été laissé de côté. Suite aux contestations de bon nombre de riverains et de commerçants, la municipalité a été amenée à s’intéresser à ce tiers manquant entre Lafayette et Jeanne d’Arc et il semblerait qu’une partie de l’aménagement ait été prise en compte. Mais là encore, que de temps perdu ! On découpe le projet en deux au lieu de le traiter en une fois et on étire le calendrier de travaux de manière excessive et gênante. Je ne suis pas inquiet sur le résultat final : le projet retenu est de qualité, mais il ressemble curieusement à celui que nous avions en préparation au printemps 2008. On peut se demander pourquoi la mairie actuelle n’a pas repris les esquisses qui étaient dans les cartons ?

 

Un blocage triste et regrettable

Par idéologie ?
Non, il y a eu une formidable volonté de dénigrer tout ce que nous avions entrepris, de disqualifier toute notre action. Aussi bien pendant la campagne électorale que pendant toute l’année qui a suivi l’installation de la nouvelle municipalité au Capitole. Mais cette attitude négative n’a pas abouti à une attitude créative. C’est là tout le problème. Que la nouvelle municipalité veuille faire autrement que la précédente, c’est légitime d’un point de vue démocratique. Mais il faut que les choses avancent. Or, de multiples projets que nous avions prévus sans toutefois avoir pu les démarrer – de la Prison Saint Michel, à celui de mise en valeur de la mémoire de l’aéronautique élaboré à Montaudran – ont été mis au rancart sans que la municipalité élue ait été capable de produire un autre projet. D’où cette situation de vide ou de retard dans laquelle Toulouse se trouve aujourd’hui.

A propos du tramway, l’équipe en place vit un véritable camouflet. A qui la faute ? A Pierre Cohen ou aux syndicats ?
Le tramway est un projet que j’avais lancé en juin 2004 en termes de décisions et en juillet 2007 en termes de chantiers. La municipalité actuelle n’avait qu’une chose à faire : l’inaugurer ! Ce qu’elle n’a même pas été capable de faire ! Elle a négligé le volet social du projet. A partir du moment où vous introduisez dans l’entreprise de transport un nouveau métier, celui de conducteur de tramway, vous changez les postes de travail, vous adaptez les conditions de travail des personnels concernés. Tout cela se prépare, se discute, de façon à ce que le Jour J, tout le monde soit sur la même longueur d’onde et que l’usager client ait le service qu’on lui a promis. Cela n’a pas été fait et ce blocage est très triste, très regrettable.

 

Des impôts en hausse

Vous vous situez davantage du côté des grévistes ?
Non. Je n’approuve pas que l’on crée des perturbations et que l’on prenne la population en otage. Ce que je dis, c’est que l’on aurait pu l’éviter. Les inaugurations et la mise en service de la ligne A en 1993 et de la ligne B en 2007, se sont déroulées sans difficultés. Nous avions respecté les syndicats avec lesquels nous étions arrivés à un accord. Le problème de M. Cohen est qu’il veut s’occuper de tout : après avoir évincé Stéphane Coppey de la présidence de Tisséo il y a un an en plein conflit social, il se retrouve aujourd’hui dans la même situation. C’est une cruelle ironie qui le rattrape en à peine douze mois. Pierre Cohen cumule les mandats, les présidences, – la semaine dernière encore, il s’est fait élire président de la Société Publique Locale d’Aménagement pour le déménagement du parc des Expositions et l’aménagement de tout le quartier Matabiau – mais malgré les qualités qui sont les siennes et que je lui reconnais, il n’est pas un surhomme.

Ne trouvez-vous pas indécent, avec les difficultés économiques que ressent chaque Toulousain, que l’on consacre plus de 350.000 € pour les festivités d’une inauguration ?
Ce qui est sûr c’est que cette somme aurait permis, avec la fameuse histoire de la prime aux personnels, d’éviter le problème. Et puis cette affaire décrédibilise le discours des élus de la majorité municipale sur le “manque” de recettes des collectivités locales. J’ajoute que tout cela arrive en novembre ; mois où les Toulousains reçoivent la taxe d’habitation. Ils auront bien vu que l’impôt municipal a augmenté de 4.5 % alors que lors de la campagne électorale qui n’est pas si loin, ceux qui sont aujourd’hui les maîtres du Capitole leur avaient promis la stabilité fiscale et qu’il n’y aurait pas d’augmentation d’impôt.

 

Une gestion “pépère”

De votre temps, les enveloppes budgétaires telles que celle employée aujourd’hui pour l’inauguration du tramway, étaient-elles de même niveau ?  
Non seulement nous avons été très sobres mais nous n’avons pas gâché un seul centime.

Les transports sont-ils selon vous en panne à Toulouse ?
Il n’y a plus de grands projets. Or nous avons besoin de développer les transports en commun. C’est logique, nous sommes l’agglomération qui gagne le plus d’habitants en France et celle qui crée le plus d’emplois. Quand nous étions en responsabilité, nous avions mis en place une dynamique continue d’amélioration des transports en com- mun : l’inauguration de la Ligne A du métro, son prolongement ensuite, l’inauguration de la ligne C, la ligne B, le démarrage du chantier de la première ligne de tram… Nous étions dans un processus continu d’amélioration des transports en commun toulousains, dans une dynamique ambitieuse. J’avais mis sur rail le doublement de la capacité de la ligne A du métro pour éviter les phénomènes de saturation que l’on connaît déjà en heure de pointe et qui ne peuvent que s’aggraver compte tenu du dynamisme de l’agglomération, et le prolongement de la ligne B du métro à Labège, dans un accord politique parfait. Mon successeur a renvoyé ces projets aux calendes grecques et aujourd’hui qu’avons-nous ? 6.5 kilomètres de tram en trois petits morceaux. Ce n’est pas cela qui va offrir aux Toulousains, un service, un progrès significatif. Ce n’est pas une vraie ambition pour les transports en commun. Et c’est très inquiétant parce que nous nous installons dans une gestion “pépère” avec de petits projets.

 

 
Reconstruire l’UMP31

Vous dénoncez dans le futur PDU une trop grande action en faveur des sites propres. Les Verts ont-ils trop d’emprise sur la gestion municipale ?
Je crois au contraire qu’ils en ont de moins en moins ! Même si nous ne sommes pas d’accord sur tout, je reconnais aux Verts une vraie sincérité lorsqu’ils plaident pour une politique ambitieuse de transports en commun. Un an après leur éviction du pilotage des transports en commun toulousains, contrairement aux engagements électoraux pris devant les Toulousains, ils sont marginalisés.

Venons-en maintenant à l’UMP31 où il semble que l’on a du mal à trouver ses marques, avec une scission à la région et des élections au sein du parti sans cesse reportées. Sa crédibilité n’est-elle pas engagée ?
L’UMP en Haute-Garonne s’est installée dans une désunion chronique depuis deux ans. C’est extrêmement triste et cela ne peut pas durer. Les élections vont avoir lieu le week-end prochain et il est temps. Je suis pour le débat démocratique mais il arrive un moment où il faut le conclure pour reconstruire un parti, respectueux des différentes sensibilités qui le composent. Sans unité préalable, il est totalement illusoire d’espérer reconquérir quelques positions que ce soit derrière quelques candidats que ce soit.

Etes-vous personnellement candidat à cette présidence ?
Je suis simple candidat comme membre du comité de la 3ème circonscription.

 

Dans la bataille de 2014

Serez-vous candidat aux cantonales ?
Non. J’ai été conseiller général pendant quatorze ans et j’estime qu’il vaut mieux laisser la place. Il ne faut pas que ce soit les mêmes qui occupent les responsabilités ou qui soient candidat à toutes les élections. Ce qui ne m’empêchera pas en revanche de soutenir des candidats amis.

Vous visez davantage 2014 ?
Les Toulousains ont choisi de me confier l’animation de l’opposition municipale. J’assume ce rôle. L’élection municipale de 2014 ne se prépare pas les mains dans les poches, ou en se réveillant trois mois avant le scrutin. Il faut un travail de réflexion, de présence sur le terrain. Critiquer la mairie est une chose mais il faut également être capable de proposer des projets, tout autant que de faire sa propre autocritique. C’est tout ce travail de fond que j’anime depuis 2008 et que je continuerai à animer encore.

Vous serez donc candidat aux municipales ?
Si j’avais l’âge de la retraite, cela se saurait ! Je ne suis pas nonagénaire non plus ! Je serai par conséquent forcément présent dans la bataille de 2014.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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