Jean-Luc Moudenc ; « Nous pouvons l’emporter ! »

Ce dimanche, une partie de la Haute-Garonne vote aux élections cantonales. Un scrutin traditionnellement favorable à la gauche. Pour Jean-Luc Moudenc, certains cantons pourraient néanmoins basculer à droite grâce à des candidats qui incarnent le renouvellement. Le président du comité départemental de l’UMP 31 considère par ailleurs que la réforme des collectivités territoriales si elle est adoptée, permettra à la droite de mieux se faire entendre. Interview.

 
Jean-Luc Moudenc, quelle est votre position sur la gestion socialiste du Conseil Général de Haute-Garonne ?
Le Conseil Général fait beaucoup de choses, essentiellement grâce aux contributions fiscales considérables qu’il reçoit des Toulousains, particuliers et entreprises. C’est une gestion totalement verrouillée par un seul parti politique, le Parti Socialiste, et c’est essentiellement en fonction de critères politiques que le Département agit et subventionne. Je critique cette véritable appropriation de la Collectivité par un parti et un système.

Vous avez déjà été conseiller général mais n’avez pas souhaité vous-même être candidat à ce scrutin. Pour quels motifs ?
J’ai conquis un canton de plus de 43 000 habitants qui avait toujours été détenu par un élu PS auparavant et j’y ai été réélu largement. Ainsi, les deux fois où j’ai été candidat au Conseil Général, je l’ai emporté. Cependant, ayant accompli ces deux mandats, j’ai pensé qu’il fallait que je favorise le renouvellement. C’est la raison pour laquelle je ne me suis pas représenté en 2008. Il est donc logique que je ne sois pas candidat au Conseil Général non plus en mars 2011 : je pense qu’il faut donner sa chance à une nouvelle génération. Christophe Alves, Jean-Jacques Bolzan, Maxime Boyer, Stéphane Diebold, Jean-Michel Lattes et Raphaël Quessada, sont candidats en n’ayant jamais siégé au Conseil Général : ils incarnent ce renouvellement que je souhaite…

 

Plusieurs cantons peuvent réserver des surprises

En tant que président du comité départemental de l’UMP 31, quel est plus précisément votre rôle dans cette campagne des cantonales ?
Rendons à César ce qui est à César ! Trois-quarts des candidats investis ou soutenus par l’UMP l’ont été en juin 2010 sous la présidence de Christine de Veyrac. J’ai fait compléter en février 2011 cette liste avec de nouveaux candidats dans sept cantons où il n’y en avait pas. Aujourd’hui, je soutiens tous les candidats amis qui me le demandent. Je les accompagne sur les marchés, j’adresse des messages de soutien, je participe à leurs réunions publiques.

La droite a-t-elle une carte à jouer dans ces cantonales, hyper favorables à la gauche dans notre département ?
Le scrutin cantonal est traditionnellement une élection difficile pour nous, tant l’emprise du Parti Socialiste et de la Majorité Départementale est forte, par l’appareillage politique mis en place, la communication, le système des subventions et des inaugurations par le Président du Conseil Général, etc… Néanmoins, il y a plusieurs cantons qui peuvent réserver des surprises, où nous pouvons tirer notre épingle du jeu… pourvu que nos candidats ne soient pas plombés par le climat national !

Quels sont justement les candidats UMP ou ayant l’investiture, susceptibles selon vous de faire un score honorable ?
Je ne veux pax citer certains amis, ce qui soulignerait, par déduction, ceux que je ne cite pas et ne les aiderait pas ! Il y a des situations, à Toulouse, en banlieue et dans le rural, où nous pouvons l’emporter, soit parce que nous avons perdu en 2004 par accident, soit parce que la Gauche se présente divisée en 2011.

 

Un climat plus apaisé

L’alliance de l’UMP avec le Parti Radical, la Gauche moderne, le Nouveau Centre et le MPF n’est-elle pas de nature à dérouter l’électorat de droite ?

Cette alliance a un nom : c’est la Majorité Présidentielle. Elle a donc un sens profond. Elle incarne une vraie diversité, des sensibilités, des philosophies et des histoires différentes. En même temps toutes ces formations sont unies sur l’essentiel et ont la même vision de la gestion du Conseil Général : c’est cela le plus important !

Qu’en est-il aujourd’hui de la division de la droite départementale que vous avez vous-même dénoncée ?
Après le moment des divisions particulièrement difficile que nous avons vécu cet automne et cet hiver, je sens, avec l’arrivée du printemps, un climat plus apaisé. Je souhaite vivement qu’il perdure. En tous cas, pour ce scrutin cantonal, c’est l’unité qui prévaut – à un canton près où il y a une primaire UMP-NC – et le mérite en revient à tous. C’est une belle preuve de sens collectif des responsabilités. L’unité n’est pas la condition unique et suffisante pour gagner, loin de là ! Mais c’est une condition absolument nécessaire. C’est vrai pour les cantonales, mais aussi pour tous les scrutins qui viendront en 2012 et en 2014.

Certains candidats font campagne sur des thèmes plus municipaux que départementaux, comme la sécurité par exemple. Ce mélange des genres ne peut-il pas noyer un peu plus les électeurs qui dans leur grande majorité ne savent pas à quoi sert un conseil général, voire même le tromper ?
La sécurité dans les collèges, par exemple, est bien de la compétence du Conseil Général ! Il existe dans les Départements au niveau national une pratique que le Conseil Général de la Haute-Garonne a beaucoup développé depuis près de 30 ans et qui porte un nom barbare : “la clause générale de compétence”. Cela signifie que, depuis des lustres, le Conseil Général consacre plusieurs centaines de millions d’euros de son budget à financer des actions qui ne sont pas de son domaine strict de compétence tel que fixé par la loi. Le Conseil Général intervient donc pour tout ou presque ! Et le président du Conseil Général, à l’occasion des débats récents sur la réforme des collectivités territoriales, n’a pas manqué de redire avec force son attachement à cette clause que le gouvernement voulait un moment remettre en cause. Après cela, comment voulez-vous que les candidats au Conseil Général ne participent pas à ce que vous appelez le “mélange des genres” ?

 

Une question de personnes et de projets

Aucun candidat de droite n’est présent sur le canton de Saint-Gaudens, Lanta ou de Rieux. Pour quelles raisons ? N’est-ce pas faire le jeu de l’abstention que l’on annonce déjà très importante ?

Pour Lanta et Rieux, l’UMP avait des candidats. Hélas, peu de jours avant la date du dépôt de leur candidature en préfecture, leur suppléant(e) a renoncé et ils n’ont pas eu le temps de se retourner. Or, la Loi nouvelle impose un(e) suppléant(e) du sexe opposé à celui du titulaire.
Pour Saint-Gaudens, nous avions investi un candidat mais la maladie, hélas, l’a forcé à renoncer, en janvier. En février, nous avons été saisis de deux candidatures, celle d’une personnalité fort respectable issue de Debout la République, M. Saforcada, puis, en dernière minute celle d’un ancien UMP, M. Broucke. Un débat a eu lieu et le choix du Comité départemental s’est porté sur M. Broucke mais à certaines conditions. L’intéressé n’ayant pas répondu à celles-ci, nous laissons libres nos électeurs de se déterminer au 1er tour entre Messieurs Saforcada et Broucke. Pour le second tour, nous aviserons ; l’essentiel sera de prendre la meilleure solution qui apparaîtra au soir du 1er tour pour battre le sortant PS au second tour, chose possible dans le canton.

Pourquoi l’UMP a-t-elle donné son investiture à des candidats Sans Etiquette comme sur le canton de Revel ou de l’Isle-en-Dodon ? Est-ce à dire que finalement les cantonales sont davantage une élection de personnes que de partis ?
La question s’adresse à tous ceux qui, à l’UMP, tant en juin 2010 qu’en février 2011, ont accordé ces investitures… Ayant été Conseiller Général pendant 14 ans, je pense, comme vous le dites vous-même, que l’élection cantonale – tout comme l’élection municipale d’ailleurs – est davantage une question de personne et de projet plutôt que de parti. Je pense que l’UMP a eu raison, pour ce scrutin cantonal, de s’ouvrir, de ne pas faire ce que nous-mêmes reprochons au Parti Socialiste haut-garonnais. Oui, c’est bien que nous soutenions des personnalités indépendantes ou de sensibilités différentes.

 

Pas d’alliance avec le FN

Sur le canton de Blagnac, les élus MoDem soutiennent le candidat sortant PRG, Bernard Keller. Qu’en pensez-vous ?
C’est logique puisque le MoDem participe à la Majorité municipale blagnacaise de Bernard Keller. J’observe d’ailleurs que, vis-à-vis du PRG, le parti qui a été le plus négatif, c’est le PS ! A Castanet, j’ai pesé pour que l’UMP fasse le choix de soutenir le Maire de Castanet, Arnaud Lafon, qui se présente libre de toute étiquette mais qui, l’an dernier, avait été la tête de liste du MoDem aux élections régionales.

Quel est votre sentiment sur les récents sondages qui donneraient Marine Le Pen gagnante au premier tour des présidentielles ?
D’abord, elle ne serait pas gagnante. Gagner, c’est être élu, et personne ne sera élu au 1er tour ! Ceci dit, ces sondages la donnent en tête du 1er tour. Il faut prendre les sondages avec prudence car, à 14 mois de l’échéance, ils ne veulent pas dire grand-chose ; les gens se défoulent en répondant aux questions. Le passé nous enseigne que le vainqueur des sondages de l’année qui précède le scrutin présidentiel ne le gagne jamais l’année suivante ! Mais sur le fond, il est incontestable qu’il y a une poussée Marine Le Pen. Le nier serait pratiquer la langue de bois. Reconnaissons qu’il y a des déceptions fortes en ce moment dans l’électorat de la Majorité Présidentielle, face à certains problèmes récurrents toujours pas résolus de façon suffisante ou satisfaisante. La crise et ses conséquences néfastes sur l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat n’arrange rien, de même que l’actualité dans le monde arabe, avec des conséquences que peu de gens discernent mais que beaucoup redoutent.

Y a-t-il des possibilités d’alliance au soir du premier tour des cantonales entre l’UMP et le FN ?
La réponse est claire : c’est non ! L’UMP a une ligne de conduite ferme à ce sujet, mais je suis triste de voir ce débat ressurgir. C’est une question faite pour affaiblir la Droite et le Centre et qui, par ricochet, favorise la Gauche. Du reste cette question ne se pose pas : le Front National critique l’UMP avec virulence du matin au soir, ce qui exclut, par définition et automatiquement, toute hypothèse d’alliance. L’UMP ne veut pas s’allier au FN pas plus que le FN ne veut s’allier à l’UMP, ce qui démontre bien que cette question ne se pose pas dans la réalité.

Rééquilibrage politique en 2014 ?

Sinon, quelles seront les consignes de vote de la droite entre les deux tours ?
Vous le saurez, logiquement, au soir du 1er tour. Il faudra apprécier canton par canton et choisir, à mon sens, le candidat démocrate le plus modéré face à celui du Parti Socialiste.

La parité au sein des conseils généraux fait débat. A droite, les candidates ne sont pas nombreuses à cette élection. Pour quelles raisons ? Vous le regrettez ?
Vous voulez plutôt dire qu’il n’y a pas de parité ! Et ce dans aucun Conseil Général de France. Oui, je regrette que les femmes ne soient pas plus présentes dans ce scrutin, comme, en fait, dans tous les scrutins uninominaux. Mais, heureusement, l’obligation légale nouvelle d’avoir une suppléance du sexe opposé atténue cette carence.

L’arrivée du conseiller territorial, si la réforme des collectivités territoriales est adoptée, peut-elle changer la donne pour la droite en Haute-Garonne ? De quelle manière ?
Il y a aujourd’hui 53 conseillers généraux et 36 conseillers régionaux en Haute-Garonne, soit 89 élus. En 2014, avec la réforme, il y aura 90 conseillers territoriaux qui vont se substituer aux conseillers généraux et aux conseillers régionaux. En pratique, cela signifie que 37 cantons situés dans le noyau urbain de l’agglomération toulousaine vont être créés. Il s’agit là d’un changement très considérable de la carte électorale qui va mettre fin aux inégalités de représentation qui existent avec le système actuel. Aujourd’hui, l’agglomération toulousaine concentre 70 % de la population mais elle est représentée par seulement 40 % des sièges au Conseil Général. Au Conseil Général, le PS et ses alliés, avec environ 60 % des voix, détiennent 90 % des sièges ! De même, sur les 89 élus réunis du Conseil Régional et du Conseil Général, le PS et ses alliés en ont 75 tandis que l’ensemble des Modérés n’en compte que 14 ! La réforme territoriale va donner à l’urbanité une plus juste place et elle sera donc un progrès considérable pour la démocratie. Egalement, il est probable que nous assisterons à un rééquilibrage politique et, même si la Gauche reste majoritaire en sièges, les sensibilités de la Droite et du Centre occuperont davantage de sièges et pourront mieux faire entendre leur différence au sein de l’assemblée territoriale.

Propos recueillis
par Claire Manaud


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.