Jean-Louis Murat ; “Le Cours Ordinaire Des Choses”

«I love songs !» Cette enthousiaste exclamation a jailli de la bouche de chacun des musiciens qui ont participé au nouvel album de Jean-Louis Murat. Des musiciens qui en ont pourtant vu et entendu bien d’autres, car à Nashville, Tennessee, la cité où le moindre chauffeur de taxi a déjà enregistré au moins deux disques, la musique, c’est peu de dire qu’on connaît. «I love songs…» A peine revenu de là-bas, il en est encore tout retourné, Jean Louis Murat. Comme il dit, «je me suis senti comme un poisson dans l’eau, j’ai su dès les premiers jours que j’étais au cœur du sujet : l’amour des chansons.»

 
Un bougnat chez les cow-boys ? Mais qu’allait donc faire notre trouvère auvergnat dans la patrie de la country music ?  Assouvir un fantasme, se frotter à la mythologie, effectuer une sorte de pèlerinage obligatoire, de retour à la source d’émotions adolescentes qui, affirme-t-il, ont donné un sens à sa vocation de chanteur et musicien. «Bizarrement, je n’ai jamais été un grand fan de country music, avoue Jean-Louis, mais ça fait une bonne dizaine d’années que j’avais cette envie-là : enregistrer à Nashville».

Onze odes muratiennes

La décision a été prise en quelques semaines, presque par hasard, résultat d’un coup de fil fortuit avec son fidèle ingénieur du son, Christophe Dupouy. Pas le temps de tergiverser ni de peaufiner, voilà Jean-Louis débarquant au studio Ocean Way, celui de Willie Nelson, Robert Plant ou The Raconteurs, avec une douzaine de chansons en poche. «Je les ai jouées aux musiciens, juste guitare-voix, avec un petit métronome, et tout s’est enchaîné simplement». Le résultat ? Rien à voir avec Jean-Louis Murat endossant la défroque de Johnny Cash ou de Tony Joe White. Si slide guitar et bottleneck habillent la plupart des chansons, on y retrouve, intacte et comme transcendée par ce nouvel équipage, la veine lyrique du créateur de “Fort Alamo” ou du “Cri du papillon”. Onze odes muratiennes à l’intemporalité frémissante et aux stances fulgurantes, entremêlant amours courtoises et émois organiques, lumières ombrageuses et nuits pyromanes, flammes et glaces, chaud et froid, anciens et modernes, cœur, chair et âme à l’unisson vibrante.

«Chanter est ma façon d’errer»

A l’image du premier extrait, “Comme un incendie”, brulôt aux envolées guitaristiques incandescentes, dont le refrain donne son titre à l’album, “Le cours ordinaire des choses”. Explication du responsable : «C’est ma façon de signifier que tout me paraît ahurissant.  Chanter est ma façon d’errer» informe d’ailleurs Jean-Louis Murat, entre héritage classique et vagabondage novateur, au diapason d’une “Mésange bleue” qui fera, on prend date, partie des futurs fleurons du loustic. Errer, entre hasard et erreur, plus “M le Maudit” que chevalier à la triste figure. Murat maudi, Murat béni, mais jamais oui-oui. Priant Sainte Taïga («donne-nous la sève, donne-nous la joie»), vision d’un Far East disparu, ou s’apitoyant sur “Lady of Orcival”, immuable icône de pierre ornant la basilique de son terroir, avec la ferveur d’un mécréant mystique.
Nashville oblige, le disque est aussi lardé de fantaisies caracolantes (“Comme un cow boy à l’âme fresh” et son fiddle endiablé), ou roucoulantes (“Falling in love again”, espiègle mais respectueux clin d’œil à Elvis), gratinées (“16 h, qu’est-ce que tu fais”) ou satinées (“La Tige d’or”, métaphore sexuelle que n’aurait reniée ni Ronsard ni Eluard). Sans oublier “Ginette Ramade”, drame paysan aux faux airs du “Marie Jeanne” de Dassin, mixé avec la voix d’une prédicatrice locale.
Le tout porté par l’enthousiasme des musiciens du cru, cordes et frettes en goguette, loin des clichés réducteurs du genre, et  illuminé des épousailles vocales avec la choriste Cherie Oakley. Un disque, malgré son titre, peu ordinaire et résolument à part dans l’œuvre du barde prolixe. Un disque qui donne envie de s’exclamer, tout comme les gaillards de Nashville, là-bas dans le Tennessee : «I love songs !»

Vendredi 8 octobre à 21h
Odyssud Blagnac


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