Jean François Mignard écrit aux Toulousains

Jean-François MignardExpéditeur : Jean François Mignard

Il est membre de la Ligue des droits de l’Homme. Président de la section de Toulouse plusieurs années, il est devenu secrétaire général adjoint et rédacteur en chef de la revue de l’association « Hommes & libertés ». Il est toujours membre actif de la section de Toulouse.

 

 

Aux citoyennes et citoyens de Toulouse,

 

L’année 2015 toulousaine démarre de façon particulière pour ce qui est du respect des droits et du combat contre tous les racismes. En effet, comme en février de l’année dernière, le Zénith de Toulouse accueillera Dieudonné dans quelques jours.

Un spectacle de ce type a toutes les chances de provoquer une émotion compréhensible tant les discours et les pratiques du personnage flirtent avec une idéologie et des discours à connotation antisémite. La Ligue des droits de l’Homme n’éprouve aucune sympathie et n’a aucune complaisance pour l’individu qui se vautre dans la haine et l’abjection. À son égard, comme à celui de tous les autres, elle est particulièrement vigilante quant au respect de la loi, l’a traîné et le traînera en justice comme cela a été le cas, entre autres, en décembre 2008 où elle l’a fait condamner pour injure raciale lorsqu’il avait fait monter sur scène Robert Faurisson, chantre du négationnisme, en clôture de son spectacle au Zénith à Paris afin de lui rendre hommage et de le faire applaudir.

Pour autant, elle continuera de ne pas appeler à une quelconque interdiction préfectorale a priori du spectacle car elle ne saurait contribuer à faire prévaloir une décision administrative d’interdiction sur la règle de droit garante de la liberté d’expression et du jugement sur le fait constaté, comme cela a déjà pu être le cas ailleurs. En effet, cette attitude serait  porteuse de risques de dérives dans le fonctionnement de notre démocratie. La liberté doit rester la règle et l’interdiction l’exception, s’appuyant sur le droit ; et nous disposons, de fait, aujourd’hui des textes législatifs qui nous permettent de combattre les discours et les pratiques racistes devant les tribunaux.

 

« La liberté doit rester la règle et l’interdiction l’exception »

 

L’époque que nous vivons est marquée par des tensions sociales multiples, une présence inquiétante de sinistres boutefeux dans les médias, l’inflation de discours et d’écrits aux relents nauséeux s’attaquant à des groupes de citoyennes et de citoyens membres à part entière de notre société. Dieudonné ne constitue qu’un des éléments de cet ensemble porteur de tous les dangers pour notre démocratie et notre vivre ensemble solidaire.

Ne cédons pas à la facilité de l’interdiction et du discours autoritaire et arbitraire qui ne règlent rien, victimisent et amplifient ce faisant les idées des porteurs de haine, au nom d’une supposée liberté d’expression qui n’aurait aucune limite. Plus que jamais, il s’agit d’être vigilants pour que la loi soit appliquée, et sévèrement en l’occurrence, de façon dissuasive. Mais au-delà de cela, il nous reste aussi, citoyennes et citoyens, associations, organisations politiques et syndicales à défendre et porter, promouvoir au quotidien les idées de  solidarité, de respect des droits car c’est là, sur le terrain des valeurs et du politique, que se combattent réellement les ferments d’une dérive sociale inquiétante.

Puisse cela constituer, au-delà de la sinistre anecdote Dieudonné, une dimension forte de l’année qui s’annonce.

 

 

 

 

 

 



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