Jean-François Bataille écrit à Stéphane Le Foll

PENTAX DIGITAL CAMERACher Stéphane Le FOLL

 

La France est réputée pour sa gastronomie. Une fois que l’on a dit çà, l’on a tout dit ou presque ! Comme j’aime l’idée que c’est la marge qui tient le cahier et pas l’inverse, j’ai pris l’habitude de m’intéresser au presque ! Et j’ai comme l’impression que notre gastronomie, elle, est presque bien.

Malheureusement beaucoup de mes compatriotes aiment de moins en moins bien manger, du coup notre réputation est  « presque » usurpée. D’un côté, il y a les  professionnels de l’alimentation, les agriculteurs, les industriels, la grande distribution, les petits producteurs qui œuvrent pour le pire et pour le meilleur et de l’autre, il y a les consommateurs qui souvent encouragent les pires et découragent les meilleurs.

L’alimentation est une marchandise, un bien de consommation de plus en plus industriel mais c’est aussi et surtout du bien-être, du partage, de la générosité, une richesse intellectuelle, émotionnelle, économique, touristique.

Comment pourrait-on encourager les meilleurs ?

En écoutant les sociologues qui s’intéressent à notre imaginaire collectif, à l’heure où beaucoup de produits alimentaires sont industriels, l’on a encore la faiblesse de penser que le panier de fraises que l’on a sous les yeux a été cultivé avec amour, savoir-faire et passion par un gentil petit paysan qui les a ramassées rien que pour nous au lever du soleil  dans un magnifique champ baigné par la rosée ! Il n’y a pas si longtemps, sur un petit marché du Sud-Ouest, j’ai vu un papy, ô combien sympathique, avec son béret et sa bonne bouille, sur son joli stand décoré avec de la paille, des paniers en osier et quelques poules vivantes vendre des œufs industriels.

En écoutant les  critiques gastronomiques qui s’intéressent aux chefs restaurateurs, à l’heure où chacun a le droit de critiquer les restaurants sur les réseaux sociaux, l’on a encore la faiblesse de penser que la moyenne de 1000 jugements d’amateurs plus ou moins éclairés peut remplacer une  seule critique d’un homme qui a déjeuné 1000 fois au restaurant.

En écoutant les journalistes, les documentaristes, les essayistes, à l’heure où l’on peut enfin découvrir l’envers du décor du monde de l’alimentation avec ses produits chimiques, ses traitements radioactifs et ses modifications génétiques, l’on a encore la faiblesse de se laisser abuser par des stratégies marketing qui nous font passer des vessies pour des lanternes.

En écoutant sa grand-mère qui n’avait pas besoin, elle, de logos sur la viande pour savoir si c’était du Paleron, du faut filet ou de la bavette.

En osant dire au serveur du restaurant, que votre plat n’était pas très bon ou que vous n’avez pas aimé, selon votre humeur, à l’heure où l’on n’hésite pas à s’insulter copieusement entre automobilistes, l’on a la faiblesse de ne pas oser dire au serveur ce que l’on pense de sa blanquette de veau. Cette réflexion n’est pas  en soi un problème pour le client comme pour le chef,  si le restaurateur  et le gastronome sont des gens  sérieux, car ils savent tous deux que la gastronomie « faite maison »est un art qui a ses variables, c’est d’ailleurs tout ce qui fait son charme. S’il vous dit « je ne comprends pas, tout le monde est très content de notre cuisine, vous êtes le seul à me dire ça ! » vous aurez compris le sens ce cette lettre.

Cher Stéphane, je compte sur vous car Il y a des jours où le gastronome se sent « presque » seul.

 

Expéditeur :

Jean-François Bataille

Voici un journaliste bien connu des Toulousains. Il est passé par tous les grands médias nationaux : Radio France, RTL et Paris Première. Il y a encore quelques années il animait le « 12-14 » de France 3 Sud. Il est aujourd’hui le directeur d’antenne de la webradio www.actifsradio.fr

 

Destinataire :

Stéphane Le Foll

Il est le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt ; porte-parole du gouvernement. C’est un proche de François Hollande

 

 



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