Jean de France; « Humain, attentif et sincère »

Fabrice Madouas a réalisé ces entretiens après avoir rencontré Jean de France en 2007, dans le cadre d’un dossier consacré aux royalistes. Pour le rédacteur en chef adjoint de Valeurs actuelles, le débat politique s’enrichirait de considérer les avantages et les inconvénients d’une monarchie.

 
Fabrice Madouas, quelle a été votre réaction lorsque Jean de France vous a contacté pour ce livre ?
J’avais déjà rencontré le prince en janvier 2007, pour un entretien qui devait paraître dans un dossier que Valeurs actuelles consacrait aux royalistes. Je ne le connaissais pas personnellement, et je ne savais pas vraiment qui j’allais rencontrer. J’ai découvert quelqu’un de très accessible, répondant directement aux questions que je lui posais – très loin de l’idée que l’on pourrait se faire d’un prince. Le courant est bien passé entre nous et, même si nous sommes restés plusieurs mois sans nous voir, je n’ai pas été vraiment surpris qu’il me rappelle pour ce livre d’entretiens.

Qu’est-ce qui vous a amené à enquêter sur les royalistes en 2007 pour Valeurs actuelles ?
Nous étions curieux de savoir ce qui subsistait de cette tradition politique dans la France actuelle. La parution de ce numéro, en janvier, coïncidait aussi avec l’anniversaire de la mort, sur l’échafaud, de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Nous avions l’intuition que le sujet intéresserait les Français et, de fait, ce numéro de Valeurs actuelles s’est très bien vendu.

Comment ces mêmes royalistes ont-ils apprécié votre venue ?
Il n’y a pas eu d’hostilité ! Je m’imaginais avoir affaire à des gens ressassant le passé, un peu hors du temps. J’ai découvert des hommes et des femmes appartenant à des milieux très divers (médecins, avocats, universitaires, chefs d’entreprise…) de plain-pied dans leur époque et – je le dis dans le livre – beaucoup d’étudiants et de jeunes professionnels, séduits, m’ont-il dit, par un idéal politique. On pourrait penser que les royalistes ont une revanche à prendre sur l’histoire ou sur la République mais, vraiment, ce n’est pas ce que j’ai perçu. Finalement, il y a trop longtemps qu’il n’y a plus de roi en France pour qu’ils pensent restaurer l’Ancien Régime ! Si la France se donnait un jour une nouvelle monarchie, ce ne serait pas une restauration, mais une expérience institutionnelle inédite.

Ses idées méritent d’être étudiées

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter la proposition du Prince ?
C’est un ressort commun à tous les journalistes : la curiosité ! La découverte de cette tradition intellectuelle et politique m’intéressait d’autant plus que l’idée royale me paraissait s’effacer progressivement de l’esprit des Français, après quasiment 140 ans de république. Pourtant, il me semble que le débat politique s’enrichirait de considérer les avantages et les inconvénients d’une monarchie – quel que soit le destin de cette idée ! Cela dit, je n’aurais sans doute pas accepté la proposition du prince Jean si sa personnalité ne m’avait pas plu.

Quel regard portez-vous sur cet homme ?
S’il me plaît, c’est que je l’ai senti sincèrement désireux de “servir” les Français. Il a travaillé dans la banque, il a monté son entreprise, il vient de se marier, son épouse attend un enfant. Il pourrait vivre heureux et tranquille sans entreprendre aucune action publique. Et pourtant, il a décidé de faire entendre sa voix pour être utile à son pays. “Rendre service” a toujours été la devise de sa famille, les Capétiens. Il l’assume, et je trouve que c’est bien.

On a l’impression à la lecture de votre préface que lui-même et son discours vous ont séduit ?
Ce qui me séduit le plus, c’est qu’il est très “humain” : je l’ai toujours trouvé très attentif aux autres, et particulièrement aux plus fragiles – peut-être parce qu’il a un frère et une sœur handicapés, François et Blanche, dont il est très proche. Quant à son discours, le prince ne manque pas d’arguments. Un roi est, par définition, indépendant des groupes de pression. Il peut donc se conduire en arbitre. Il a pour lui la durée, ce qui lui permet de conduire une politique de long terme. Ses idées méritent, en tous cas, d’être étudiées sereinement.

Vous considérez-vous quel-que part comme le “promoteur” de Jean de France ?
Non. Je lui ai juste tendu le micro. Mais si ce livre contribue à nourrir un débat sur la France, les Français et leur avenir, j’en serai très heureux : je crois, personnellement, qu’il est temps de refaire de la politique, pas seulement de “gérer”, tant bien que mal, un pays malmené par la mondialisation sans dire clairement aux Français où l’on veut les conduire.

Vous dites qu’il n’a esquivé aucune de vos questions. Mais avez-vous été libre de vos choix ?
Oui. Il n’y a rien eu en “off”. Pas de questions taboues. Nous avons évoqué aussi bien sa famille que toutes les questions que les Français se posent sur la monarchie.

 

Faire lever une génération de jeunes

Comment considérer ce livre ? Comme une profession de foi ?
On peut parler, en effet, de profession de foi – mais pas du type de celles que l’on reçoit dans notre boîte à lettres au moment des élections. C’est le livre d’un homme qui veut parler aux Français, fort de son histoire, de son expérience professionnelle, des rencontres qu’il a faites, puisqu’il a parcouru la France pendant dix ans à la rencontre des Français. Il veut maintenant leur dire ses convictions et entretenir avec eux une forme de dialogue.

Selon l’observateur que vous êtes, c’est une question que vous posez d’ailleurs, à quoi servirait-il à notre pays ?
Je crois que le prince Jean peut faire entendre une autre voix que celle des hommes politiques “traditionnels”, précisément parce que sa famille a servi la France pendant des siècles – on peut même dire qu’elle l’a construite. Il a l’intention de se faire entendre sur les grandes questions intéressant l’avenir de la France et des Français. Il peut donc peser dans le débat, sans avoir besoin de briguer un mandat. Il dit aussi dans le livre qu’il voudrait faire lever une génération de jeunes “désireux de participer à la construction de la maison France”. Il veut s’adresser à tous les Français. Il sera intéressant de voir si son message porte au-delà du milieu qui lui est d’ores et déjà acquis.

Pensez-vous son avènement proche ? Si oui, quelles sont les raisons qui vous le font dire ?
Proche ? Tout dépend de l’échelle qu’on adopte ! Le prince ne se situe pas dans le temps électoral. Il dit souvent qu’il faut distinguer la royauté de la monarchie. La royauté, c’est un état d’esprit. La monarchie, ce sont les institutions. Pour modifier les institutions, il faut d’abord rétablir la royauté, c’est-à-dire un esprit de service et de “charité” propice au bon gouvernement. C’est en tous cas ce que pense le Prince Jean, et ce à quoi il veut s’atteler. Et cela prendra des années.

Comment expliquez-vous que la presse nationale s’intéresse peu à cette famille et aux royalistes en général ? Parce que le public lui-même n’en fait pas cas ou très peu ?
La presse nationale commence à s’y intéresser, en raison du livre, notamment. Mais c’est vrai que la presse régionale s’est fait l’écho – bien avant les médias nationaux – de ses voyages en France, au cours desquels il a rencontré des dizaines de milliers de Français. Cela tient sans doute aussi à la méthode du prince : ses voyages, qu’il a d’ailleurs repris depuis la sortie du livre, correspondaient à une étape de sa vie politique, qu’il a voulu commencer par le terrain. Il a manifestement décidé de passer à la vitesse supérieure.

Propos recueillis
par Claire Manaud


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.