Jean Arthuis ; Un sage parmi les sages…

… Qui a une seule idée fixe : celle de faire revivre les idées du Centre et réaffirmer son identité. Comme il le témoigne toujours, pour Jean Arthuis, le Centrisme est une référence politique à part entière qui ne demande qu’à s’exprimer à nouveau. Pas un cheval de bataille, mais une conviction pour donner encore plus à son pays : la France. En juillet 2008, avec la création de l’association “Rassembler les centristes”, il avançait quelques pions, histoire de mesurer son audience. Aujourd’hui à la tête d’Alliance Centriste, il sait que demain il va peser dans la bataille politique et pas seulement présidentielle. Car l’homme a, auprès des Français, une aura particulière pour la compétence et la sagesse qu’il apporte dans le débat. Sous le gouvernement Juppé en1995, il fut Ministre
du Développement économique et du Plan, puis Ministre de l’Economie et des Finances en 1997. Sénateur de la Mayenne, il est depuis 2002 Président de la commission des Finances, du Contrôle budgétaire et des Comptes économiques de la Nation.

 
Jean Arthuis, vous avez créé il y a deux ans “Alliance Centriste”. Est-ce une nouvelle chapelle politique, et pourquoi faire ?
Ce n’est pas une chapelle, c’est un espace de rassemblement des centristes. Il y a, me semble-t-il aujourd’hui, urgence et nécessité de rassembler cette famille dispersée, qui est devenue inaudible. Il est symptomatique dans ce contexte de crise, d’observer que les Français consultés par sondages d’opinion, manifestent majoritairement le souhait d’un changement de majorité. Et lorsqu’on les interroge pour leur demander ce que cela va changer à leur situation et à leur condition, ils répondent “rien”, comme si l’offre de droite et de gauche étaient équivalentes. C’est dire combien il est nécessaire pour les centristes, de reprendre leurs valeurs fondamentales, de solidarité et de liberté. Valeurs qui sont, au fond, les deux moteurs de l’action centriste, et permettent de formuler une offre politique originale, une alternative. Le parti que nous avons constitué, se veut être un ferment de rassemblement. Nous n’avons pas l’intention de créer une chapelle supplémentaire.

 

L’UDF peut repartir

Mais Hervé Morin, François Bayrou, se réclament aussi du Centre. Comment dans ces conditions le rassembler ?
Je pense qu’Hervé Morin et le Nouveau Centre sont des hommes et des femmes qui sont parties prenantes, parties intégrantes du Centre. Mais ils doivent veiller, c’est leur devoir, à ne prononcer aucune exclusive. De son côté François Bayrou, je l’observe dans ses déclarations successives, procède aujourd’hui à un recentrage. Il appartient lui aussi à la famille centriste. Isolés, séparés, nous ne pouvons rien. Rassemblés, nous pouvons être entendus. Mais ceci passe par une première épreuve politique. Il y aura en 2011 deux échéances électorales : en mars les élections cantonales et en septembre les sénatoriales. J’ai bon espoir que nous puissions préparer, comme on le faisait du temps de l’UDF, des investitures et que nous évitions des confrontations entre centristes.

Et pour 2012, que préconisez-vous ?
D’abord qu’il y ait une réflexion commune et l’articulation d’un projet, au travers de propositions d’actions, d’un programme qui nous rassemble et démontre de notre différence. Mais également d’une certaine idée de la gouvernance publique, de son éthique, de son style, de sa méthode.

N’est-il pas dommage d’avoir arrêté l’UDF ?
L’UDF a été mise en sommeil le 30 novembre 2007 à Villepinte à la veille du congrès fondateur du MoDem. Cela devait durer trois ans. Le 1er décembre prochain, il faut se préparer à sortir l’UDF de son hibernation.

 


Retraite : l’Égalité entre tous les Français

Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui dans l’esprit de l’UDF, il serait temps de poser les fondements d’une nouvelle société qui remettrait l’homme au cœur de nos préoccupations, remettre en avant la valeur du travail, l’égalité, le partage…
Liberté et solidarité. Nous avons besoin de donner des marges de liberté à ceux qui entreprennent et créent des richesses mais nous devons veiller à ce qu’un principe républicain de justice et d’équité soit respecté. Ce qui ne veut pas dire assistanat systématique. J’observe qu’aujourd’hui nous édictons sans cesse des normes qui sont autant de contraintes et qui les unes après les autres, organisent assez méthodiquement la délocalisation des activités et des emplois. Ici à Toulouse, nous devons prendre conscience que l’on fabrique des Airbus en Chine, naturellement pour le marché chinois, mais n’y aura-t-il pas un jour le syndrome de la Logan ? Souvenez-vous au début on faisait la Logan en Roumanie pour les pays émergents. Et un jour on s’est dit : «Mais au fond pourquoi priver les Français d’une voiture si bon marché ?» Pour Airbus, cela peut-être la même chose ; d’où la nécessité de redonner des marges de liberté à ceux qui entreprennent : Revenir sur ces utopies qu’ont constituées les 35h et une partie du passage de la retraite à 60 ans.

A ce propos, il paraît que vous avez des recettes détonantes ?
Pas détonantes, non. Mais je crois qu’il faut bien prendre conscience qu’il y a la nécessité d’un colmatage immédiat. Et c’est à cette nécessité que répond le projet de loi en cours d’examen devant le Parlement. Mais la vraie réforme, sera celle qui va poser un principe d’égalité des Français devant la retraite. Un principe de transparence et de responsabilité pour reconnaître les longues carrières. Il va falloir faire justice de cette diversité de situations où les taux de cotisation ne sont pas les mêmes selon que l’on est fonctionnaire ou salarié du privé. Dans un cas, on prendra les 25 meilleures années, dans l’autre, les six derniers mois. Et puis il y a les régimes spéciaux. Je crois qu’il faut aller vers un régime unique dont l’Etat se porterait garant. Cela passe par des comptes individuels, par une retraite à plein. C’est ce que je voudrais promouvoir avec mes amis centristes et l’introduire sous forme d’amendement dans le projet de loi qui viendra en discussion devant le Sénat. Cela ne signifie pas que cela va s’appliquer demain matin, car il faut une période transitoire, mais cela aura le mérite de dessiner l’horizon et de savoir vers quoi l’on tend.

 

La TVA pour la restauration doit passer à 12%

On a dit que vous voulez geler les pensions supérieures à deux ou trois fois le SMIC. N’y a-t-il pas là un peu de démagogie ?
Non, mais dans l’immédiat on est dans la nécessité du colmatage. Je vous rends attentif au fait que le système est aujourd’hui clairement déficitaire et que la réforme, avec des hypothèses macroéconomiques optimistes, prévoient qu’entre 2012 et 2018, il y aura 62 milliards d’euros de déficit, qu’il faut d’ores et déjà prévoir par un financement de la CADES, (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale). Que, par ailleurs, le Président de la République a annoncé des ouvertures, prises en compte par les députés, qui vont coûter au minimum la bagatelle d’un milliard d’euros par an. Ce qui veut dire qu’aux 62 milliards, vont s’ajouter 7 milliards d’euros supplémentaires.

Vous êtes pour la TVA sociale. Mais faut-il revoir la TVA dans la  restauration ?

Pour ce qui est de la TVA pour la restauration, oui je suis pour la revoir car je pense que l’écart entre 5.5 % et 19.6 %, est trop grand. D’autant qu’elle concerne l’économie de proximité, celle qui n’est pas menacée par la concurrence asiatique ou internationale. La seule concurrence est celle de l’économie parallèle, du marché noir ; aux services en charge de contrôler ces dérapages d’agir pour le mieux. Je pense qu’un taux de l’ordre de 10 à 12 % serait convenable. Mais, je suggère aussi d’appliquer ce taux tout autant pour les travaux de rénovation des bâtiments, les logements. Quant à la TVA sociale, je pense que nous devons prendre conscience des enjeux de la mondialisation et qu’à maintenir des impôts de production élevés telles que les cotisations qui assurent le financement des branches santé et familles nous prenons le risque de pénaliser notre compétitivité et de pousser les producteurs à aller hors du territoire produire les biens de consommation. Aujourd’hui, les Français sont pris dans une spirale dangereuse qui les amène à consommer plus que ce qu’ils produisent.

 

Roms : Plus d’humanité et moins de spectacle

L’actualité aujourd’hui ce sont aussi les expulsions de Roms. Quelle est votre vision de cette démarche ?
Au-delà des considérations humanitaires, il y a un vrai problème d’occupation illégale qui crée des difficultés avec le voisinage immédiat. C’est un sujet qui doit être traité avec gravité au plan européen car nous sommes tous concernés. Nous devons aussi trouver des réponses qui relèvent d’un partenariat entre les services de l’Etat, la Police, la Justice, mais aussi les élus territoriaux. Ce que je n’aime pas dans le scénario actuel, c’est l’organisation du spectacle. Je pense que tout ceci doit se traiter avec dignité et une relative discrétion, avec humanité et humilité.

Ne pensez-vous pas que c’est une manière aussi de responsabiliser un peu ces pays qui reçoivent beaucoup d’aides de l’Europe sans que nous sachions où passe cet argent…
Oui mais alors cela signifie que nous sommes tous coupables d’avoir précipité l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Tous ceux qui ont précipité l’élargissement de l’Europe dans ces conditions étaient ceux qui ne voulaient pas d’une Europe fédérale et qui finalement neutralisaient l’émergence du pouvoir politique nécessaire de l’Europe.

Un candidat centriste aux Présidentielles de 2012

Dominique Strauss Kahn a déclaré il y a quelques jours que l’Euro n’est plus à même de faire gagner l’Europe, qu’il faudrait changer de monnaie…
Je ne partage pas ce sentiment. Je pense que l’Euro nous a considérablement protégés dans cette période de crise mais il nous crée des obligations. Nous avons trop tendance à prendre ce qui est bon et à nous libérer justement de nos obligations. L’Euro est un premier pas. Quand on a doté l’Europe d’une monnaie orpheline d’Etats, on avait accepté une règle de copropriété sans laquelle on ne faisait pas l’Euro. Ceci, je vous le rappelle, pour mettre fin aux dévaluations compétitives qui ruinaient la croissance et l’emploi. Maintenant on a traité avec beaucoup de légèreté cette règle de copropriété. Il faut y revenir. C’est le pacte de stabilité et de croissance, mais il ne faut pas en rester là. C’était une mesure transitoire. L’objectif c’est le fédéralisme budgétaire. Je pense que l’on y vient. Quand on s’engage à 750 milliards d’euros pour créer un fonds de stabilité financière, il faut aller voir ce qui se passe chez ceux qui sont susceptibles de “taper dans le tas”. Donc cela oblige à un échange d’informations, à une coordination, entre les Etats. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pouvait craindre, l’Europe vient d’adopter trois dispositions de contrôle et de régulation des acteurs des marchés, je pense aux banquiers, aux assurances, également au contrôle prudentiel des marchés. C’est un progrès considérable qui augure je crois, d’un renforcement et de l’émergence d’une Europe politique.

Vous avez souhaité des primaires au Centre pour 2012. Serez-vous candidat ?
Il y aura plusieurs candidats aux primaires. Sauf qu’avant de penser aux candidatures, il faut penser au programme, à l’action et à l’idée que nous nous faisons de la gouvernance. Je sais qu’il y aura plusieurs candidats et c’est tant mieux. Il faudra organiser ce rassemblement pour que l’ensemble des centristes choisisse celle ou celui qui leur paraîtra le plus apte à porter leur projet devant les Français. C’est mon souhait.

Propos recueillis
par André-Gérôme Gallego


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