Je técri pour te dir….

De “l’écrit” ou de “l’oral”, c’est ce dernier moyen qui, a priori, est prédominant dans les rapports humains. Et ce, comme dans les huttes de nos ancêtres les gaulois. La radio et la télévision, le téléphone et le cinéma sont là pour attester de la suprématie de “l’oral”. C’est tellement vrai que, par principe, ce qui est “vrai” tient au fait que cela a été “dit et entendu”. A partir de ce constat, quelle est la place de l’écrit dans notre société ? Que reste-t-il de l’adage selon lequel «les paroles s’envolent et les écrits restent»? Il fut un temps où l’écrit était présent lors de certains actes importants de la vie civile. Il allouait à l’événement un caractère solennel. L’écriture venait confirmer une situation de fait ou conforter ce qui était déjà oralement connu. Ce fut l’époque où la tradition orale se servait d’un support écrit pour que les hommes puissent garder en mémoire la portée des actes accomplis à un moment donné. A l’issue de cette première période, l’écriture fut réservée, élitiste, signe de reconnaissance sociale. La société était constituée par un petit nombre d’individus qui savaient “lire et écrire”. (Les deux vont souvent de pair). Tous les autres – les plus nombreux – se contentaient de la parole en “topant là”. L’affaire était conclue sur les marchés et ailleurs au “cul de la vache”. Cette ère-là fut celle de la “parole tenue”. Donner sa parole valait engagement.

 
L’angoisse de la carte ou du menu

Le développement des journaux et du livre permirent à l’écriture, dès le XVIIIe siècle, de se glisser subrepticement dans toutes les couches de la population au point de faire apparaître comme incultes ceux qui, dans nos sociétés seront couramment qualifiés d’analphabètes dès le la fin du XIXe siècle. Par voie de conséquence, l’écriture a favorisé une certaine discrimination : La gêne est constante pour celui qui ne sait ni lire, ni écrire. Envisager seulement un déplacement dans les rues, le métro est, pour le moins difficile à imaginer pour celui n’est pas confronté à cet embarras. C’est le cas – hélas – pour un certain nombre d’étrangers qui abordent notre pays, “paperassier” par excellence. La plupart d’entre nous ne peut prendre conscience de telles difficultés qu’en se déplaçant au Japon, en Arabie ou en tous cas dans un pays où notre alphabet n’a pas cours. Ceux qui ont fait cette expérience connaissent “l’angoisse de la carte ou du menu non traduit” dans le restaurant de ces contrées. Une fois sur deux, le convive se retrouve avec tout autre chose que ce à quoi il s’attendait… C’est drôle mais il  ne faut pas que cela arrive trop souvent.
Cela étant, si l’écriture est présente partout au point de laisser sur le bord du chemin ceux qui ne la pratiquent pas, “l’oral” continue sa vie et estime ne pas avoir perdu la bataille. “L’oral” multiplie les entreprises de charme pour nous laisser croire qu’il est le plus fort des médias et que l’on peut continuer à s’appuyer sur lui pour être mieux informé ou mieux compris. Il ne lâche pas prise. Ainsi par exemple sur Internet, qui par principe et par nature est le domaine-roi de l’écriture, les vidéos font une apparition notable. “L’oral” vient ajouter son grain de sel. Comment se contenter du texte pour comprendre ? C’est grâce à l’explication orale que tout deviendra clair disent les tenants de la langue : «C’est Moi l’oral, qui vous guide et qui, avec ma compagne l’image, vous apporte l’indispensable explication de ce texte, terne, sans relief… Je suis la voix qui vous montre la voie à suivre… J’apporte la bonne parole».

 

Une société écrite

L’écriture n’est pas insensible aux arguments tenus par “l’oral” et poursuit inexorablement sa conquête. L’écriture sait qu’elle est en train de gagner le combat, puisque plus rien n’est possible sans elle. Certes “Il l’a dit” mais “l’a-t-il écrit” ? Voilà le fonds de la question. Tout ce qui n’est pas écrit, signé, attesté par une écriture est contestable. L’écriture sait maintenant qu’on ne peut plus rien faire sans elle. Le contrat écrit est probant. La loi est écrite. C’est l’écriture qui fait foi. Il ne reste plus qu’un argument à “l’oral” : utiliser des moyens de mauvaise foi. L’explication de texte en est un exemple : Faire dire à l’auteur ce qu’il n’a peut-être jamais voulu écrire. Les Tribunaux également assurent la défense de “l’oral” : «Ce n’est pas ce que veut dire cette écriture» dit l’avocat, «mais le contraire…». Peine perdue : Très souvent  rien n’y fait puisque “ce qui est écrit est écrit”. Indéniablement notre Société qui se présente sous la grande figure de “l’oral” à partir de “tout ce que l’on dit autour de nous” est en réalité une “Société écrite”. Peu importe sa forme, le fond, l’orthographe etc. pourvu que ce soit écrit, y compris sur un SMS. Celui-ci ne fait que reproduire la phonétique, ou à peu près. C’est à cet endroit que l’écriture rejoint “le son” donc “l’oral” : la guerre est finie. Nous sommes de nouveau sous les huttes de nos ancêtres, les gaulois… qui ne connaissaient que “l’oral”.
 

Gérard Gorrias


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