Jacques Hujac; Le peintre de l’authentique…

Tout en lui est passion, simplicité volontaire, un tantinet provocateur, caustique même lorsque l’on s’aventure à parler de ses contemporains. Il manie aussi avec délectation l’art de la digression pour tout ce qui touche sa passion comme son rapport avec l’Autre… Lui c’est Jacques Hujac, l’artiste hors norme, inclassable voire incontrôlable, tant il est capable d’exceller un pinceau à la main devant une toile ou l’objectif en pause, prêt à fixer sur le papier, le geste, le signe, la pose que lui seul aura deviné comme unique, rare.
Un artiste peintre qui se sera longtemps exprimé pour subvenir à ses besoins quotidiens.

 
En marge du système, du réseau, mais surtout indépendant de l’âme comme du geste, il aura suivi de loin les modes picturales, s’imposant de peindre pour fixer son temps, faire un don aux générations à venir. Comme il aime à le dire, malgré tout avec tendresse, «La France est pleine d’imposteurs de l’Art»… Lui se veut authentique. Alors il peint, des jours durant sans s’arrêter, sans fatigue, pour aller jusqu’au bout de l’inspiration. A l’image de l’alchimiste, il est toujours en quête de nouveautés, d’expériences tant dans la matière utilisée, que dans le geste de la pose. Sa vision instinctive de l’aperçu, sa force, il les puise tout au fond de lui, dans la rage de gagner qui nourrit son âme d’autodidacte dans ce vécu tourmenté et sans concession qui dès le plus jeune âge lui a proposé un parcours hors du commun.

Humiliations et mésaventures

Aussi loin qu’il se souvienne, Jacques, originaire de Laval, a toujours dessiné : «A deux ans je m’endormais sur la table de la cuisine en crayonnant. Mon oncle qui était bricoleur m’a fabriqué mon premier chevalet à l’âge de sept ans… Et l’année suivante j’ai eu la chance de faire ma première exposition. La peinture était déjà un refuge pour moi». Il n’a pas huit ans que déjà il réalise une peinture à l’huile, représentant un portrait de sa maman. Dire que son enfance fut des plus difficiles, n’est pas un vain mot…
Il y a dans son vécu une ressemblance frappante avec le héros du roman autobiographique d’Alphonse Daudet Le Petit Chose, ce jeune homme qui veut devenir poète et va finir vendeur d’assiettes. Celle d’un enfant, plus tard adolescent, qui vivra une enfance cruelle, une histoire insoupçonnable tant l’homme est généreux et passionné. Oui entre humiliations et mésaventures diverses, entre coup et fugues, il vivra une enfance tumultueuse. Mais qu’il aura porté et porte encore, non pas comme un fardeau, mais comme un trophée de guerre qui nourrit encore aujourd’hui l’imagination de ce peintre facétieux, son expression artistique, son atypique art de vivre. «C’était une époque où devenir artiste était un luxe dont ne voulaient pas entendre parler mes parents. Moi, je rêvais d’entrer aux Beaux-Arts et j’allais vite me retrouver apprenti pâtissier. Pour ma mère c’était du pareil au même “tu feras des décors sur les gâteaux” me confia-t-elle, le jour où elle me présentait à mon maître d’apprentissage». Chez cet artisan, il va connaître le pire entre privations, vexations en tous genres, gifles et coups de pieds au cul ; autant d’actes qui l’encourageront à devenir maître de son destin. Jacques décide alors de partir à 15 ans pour la grande aventure : il fugue direction Montmartre.

 


Andy Warhol et Marilyn Monroe

Recherché par ses parents, la Police et surtout vite découragé par les turpitudes parisiennes, il se met alors à traverser la France des Galeries d’art histoire de conforter sa vocation, de confronter sa manière d’être à la réalité terrain : «J’étais très mal vu des galeristes car je n’avais pas forcément un style très personnel. Vous savez, lorsque l’on est autodidacte, on a envie de tout bouffer ! On a envie de tout peindre avec tous les styles : L’abstrait, le cubisme, le figuratif etc.»
Alors contre vents et mariées, ce Normand va imposer son style, le sien, avec un trait expressif, vivant et non formel. «En 68 j’étais tellement en décalage avec les événements que je me suis mis à peindre des volcans. J’ai même fait une grande série sur Hiroshima !» Il y aura chez lui, mais l’a-t-elle quitté, la période “Pop’Art” : «J’ai découvert Andy Warhol il y a plus de 25 ans. C’est un grand maître, le précurseur d’une mode et d’un style. Je m’incline devant son œuvre». Dans ce registre, la passion de Jacques Hujac reste Marilyn Monroe : «Cette femme, c’est toute une histoire, tout un mythe. Elle incarne une époque, un pays. C’est un vrai symbole des Etats-Unis. J’ai étudié toute sa vie, tout son parcours et les différentes versions existantes autour de sa mort…». Hormis l’actrice de “Certains l’aiment chaud”, Hujac est toujours dans cet esprit “Pop’ Art”. Esprit réaliste, à vif, sans détours, avide découvertes, il réussit le tour de force de peindre des hauts lieux toulousains tels que la prison St Michel ou la Salle des Ventes.

Un don de Dieu

Des toiles surprenantes, à l’image de leur géniteur, mais toujours justes, humaines et fantasques. «Je ne m’ennuie jamais, je crée en permanence». Pourtant, sans perdre une miette de vie de ce qui l’habite, il porte un regard lucide sur le monde qui l’entoure, s’inquiète pour l’avenir, mais seulement celui de la peinture : «Les gens n’ont plus de culture ! La peinture ils s’en foutent, ils préfèrent “gober” les mouches devant un poste de télé !».
Pourtant, même s’il ne le montre pas, lui qui s’est fait Toulousain, avec tout ce que cela comporte de don de soi, de respect pour tout ce qui forge l’empreinte éternelle de cette ville dite Rose, les regrets, les pincements à l’âme sont là…
Alors parmi les regrets du moment, que les Toulousains n’aient pas soutenu, à la dimension de son don personnel, son action en faveur des sinistrés d’AZF… Sa blessure que son tableau “Claude Nougaro et le pêcheur”, n’ait pas trouvé écoute auprès des instances culturelles toulousaines. Son incompréhension de voir le tableau qui représente «Dominique Baudis et un Clochard» censuré et même retiré d’une exposition, sur ordre du Capitole… Des œuvres, des coups d’éclats, qu’il aura su garder intacts pour les présenter lors de son nouveau rendez-vous avec les Toulousains, à la Galerie G3G à Toulouse…
Au fait, d’après Jacques Hujac «la peinture est un don de Dieu». C’est une certitude, on sait donc d’où vient son talent incomparable.

André-Gérôme Gallego

Peintures à découvrir
à la galerie G3G,
9 boulevard des Minimes
31200 Toulouse  
Tél. 05.34.40.60.32
e-mail : andreg@aol.com



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