Inquiétudes centristes

Bien que l’on nous abreuve d’informations sans intérêt pour la France, une manière de noyer le poisson ; bien que l’on discute des lois qui, même si elles peuvent être intéressantes, n’ont rien de vital aujourd’hui, nous ne sommes pas dupes, il y a bien un malaise au sein du parti majoritaire. Plusieurs faits sont là pour nous le rappeler : tout d’abord lors de la discussion à propos des mères porteuses. Sujet passionnant mais sans intérêt urgent pour aider les Français à s’en sortir, Nadine Morano, toujours prompte à venir devant les médias pour “communiquer” nous a fait part de son soutien total à ce projet. De son côté Christine Boutin, bien connue pour ses positions très à droite, se battant contre le PACS en son temps, a repris fortement Nadine Morano en se déclarant totalement contre l’idée de légiférer sur le sujet des mères porteuses. La croisade catholique contre l’évolution de notre société, l’intégrisme contre la modernité.
A côté de cela les ténors de l’UMP, en tête Jean Pierre Raffarin ont appris par les médias la nomination au poste de secrétaire adjoint de Christian Estrosi. Souvenez-vous, peu après les élections municipales C. Estrosi avait qualifié l’UMP d’ «armée Mexicaine». Rappelons que l’armée Mexicaine entendu par Christian Estrosi, est une armée noyée par son nombre de chefs. Cette sortie avait été peu appréciée, y compris par l’état Mexicain, mais elle avait été reprise par quelques petits barons régionaux, y compris dans notre région, qui ont très vite été priés de se taire.

 


« Plus chef que moi tu meurs ! »

Aujourd’hui donc Christian Estrosi rejoint cette armée. Il faut dire que l’opération qui consiste à ne plus avoir de président après l’élection de Nicolas Sarkozy est propice à cette démultiplication des chefs. Cette direction dite collégiale, dans laquelle on rajoute au fur et à mesure du temps qui passe tous ceux qui ont des velléités de se mettre en avant, fait un peu désordre. Il est même singulier de voir que nombre de prétendants frappent à la porte pour faire partie du conglomérat. Pour l’ancien chef, c’est du pain béni, la place de chef reste chaude pour un moment. Au parti socialiste, ils ont à peu près le même problème, mais là tout le monde se bat pour être chef. «Plus chef que moi tu meurs !» semblent clamer tous les prétendants. Si les socialistes copiaient l’UMP nous aurions là encore un parti à direction multiple, avec plein de secrétaires et de sous secrétaires, une autre armée Mexicaine. Dans une situation comme dans l’autre, rien ne marche et c’est très inquiétant car cela laisse un boulevard à O. Besancenot qui est en train, comme  l’extrême droite sous Mitterrand de se “Lepéniser”. Nous avons donc entendu la semaine dernière Monsieur Raffarin venir au créneau pour dénoncer la nomination de Christian Estrosi, bien vite rengorgée sur ordre du parti. Les craintes de Jean Pierre Raffarin étaient pourtant fondées. Il s’étonne de la reprise en mains de l’UMP par les anciens du RPR ; situation que je dénonce dans mes articles depuis assez longtemps.

 

Fausse démocratie

Les ténors de l’UMP ont beau crier que ce parti est multi sensibilités, les anciens de l’UDF qui se sont ralliés se sont faits manger. Ceux du nouveau parti, le nouveau centre, ont du mal à exister. De plus je pense pour ma part que les dilutions en politiques ne sont pas génératrices d’idées mais plutôt d’inhibitions. Rappelez-vous la phrase, «dans un œuf mélangez le blanc et le jaune il ne reste plus que du jaune» C’est exactement ce qui se passe en ce moment. Seul François Bayrou n’a pas marché dans cette absorption, il a certainement fait une grosse erreur en ne se battant pas pour garder un UDF fort. Aujourd’hui beaucoup s’y rallieraient, ce qui est loin d’être le cas pour le MoDem. L’UMP a beau dire que la démocratie règne dans ce parti, c’est faux. L’élection du candidat aux élections présidentielles par les militants est un leurre, il n’y avait qu’un candidat. Dans les régions les nominations sont verticales comme au bon vieux temps du RPR et si quelqu’un tente de sortir du rang, il y est très vite remis. C’est bien ce qui est étonnant dans l’acceptation de Dominique Baudis de la présidence à Toulouse. On le voit dans les investitures pour les sénatoriales, pas de transparence, pas de démocratie, pas de réunions de militants avec à l’arrivée, certainement un pur RPR en tête de liste. Nous voyons aussi lors de la discussion sur la modification des institutions le nombre de sujets divergents au sein de la majorité.

 

Liberté politique en danger

Le fait d’un parti unique n’est pas bon pour une véritable démocratie dans notre pays. Le jour où ceux qui ne sont pas d’accord sont muselés ou “démissionnés” c’est le pays tout entier qui est mis en danger. Dans tous les domaines, quand la responsabilité n’est pas partagée et consensuelle, c’est la liberté qui meurt. La presse en est aujourd’hui un excellent exemple. Rares sont les médias libres aujourd’hui, nombre sont réunis entre les mains d’un ou deux groupes. Les lignes éditoriales ne sont plus libres, les journalistes ne doivent écrire que du “politiquement correct” et les pressions sur la liberté de la presse sont grandes. Nous ne sommes pas en Chine, mais si nous n’y prenons pas garde, les dérives deviendront insupportables. Jean pierre Raffarin avait donc raison de s’inquiéter, la reprise des rênes de l’UMP par les purs et durs du RPR fait courir un grand danger à la liberté politique. Il serait temps que de nombreux hommes ou femmes politiques s’en rendent compte et surtout qu’ils aient le courage de se détacher pour reprendre leur liberté d’idées. Mais ce courage-là, c’est une autre paire de manches.

Patrick Crasnier
Radio Plus Toulouse
www.jazzpote.net


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