Incursion chez les enquêteurs de l’étrange…

Marques insolites au sol, nuages suspects, lumières brillantes ou cercles concentriques flottants… Les cas sont multiples et les dossiers ne cessent de s’accumuler. C’est au Geipan (Groupe d’étude et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés) à Toulouse que l’on recueille les témoignages les plus étranges de tout le pays. Chaque jour, par mail, téléphone ou via les PV de la gendarmerie, un récit plus ou moins loufoque défraye la chronique dans ce petit quartier du CNES.

C’est au bout d’un dédale de couloirs que l’on trouve le bureau anormalement banal de Xavier Passot, responsable du Geipan. Malgré une kyrielle de photos présentant des objets plus inhabituels les uns que les autres, d’étonnantes cravates flanquées de petits bonshommes verts et de gigantesques cartes du ciel, le Geipan ne ressemble pas à proprement parler au repaire de Mulder et Scully. A un détail près : jonchant les bureaux une pile de dossiers classés «D» -pour non-identifiés après enquête-. «Le Geipan reçoit 150 à 300 témoignages chaque année.» Un premier tri est engagé afin d’éluder tout témoignage concernant météorites, ballons, projecteurs de boîtes de nuit ou lâcher de lanternes thaïlandaises… Sélection faite, Xavier Passot tente d’apporter une explication aux récits les plus cocasses : vérification de la météo, étude poussée de la carte du ciel, énumération des passages de satellites etc. «Si une piste est confirmée, l’affaire est classée et publiée sur le site du CNES. A contrario, si mes recherches échouent, l’un des cents enquêteurs présents sur le territoire français prend le relai et mène son enquête pendant un à quatre mois.» Ces anonymes bénévoles recrutés pour leurs connaissances généralistes dans l’astronomie, l’aéronautique, le photographie, la psychologie sont souvent déjà bien intégrés dans le réseau ufologique et mènent incognito leurs investigations. Mesures sur le terrain, rencontre avec les témoins, calculs ou prélèvements dans certains cas, les moyens déployés par le Geipan sont fonction de l’importance de l’énigme. En cas d’échec, le dossier est soumis à différents experts spécialistes des phénomènes atmosphériques, de l’aéronautique ou du spatial, psychologues, photographes, sociologues, etc. Une douzaine en tout, qui se penche sur les dossiers de la crème de la crème du bizarroïde.

Rose mystère

Les dossiers classés D représentent 20% du total des récits rapportés par les témoins de tout l’Hexagone. Mais ce sont des cas qui marquent, intervient Xavier Passot, songeur. Morceaux choisis de sa pile de dossiers : «C’est la nuit du 24 août 2011 : je vois apparaître un engin se déplaçant sans aucun bruit vers le sud de Toulouse. J’ignore s’il vole bas ou s’il fait des centaines de mètres d’envergure. Ce doute est en partie lié à l’absence totale de bruit. Il est triangulaire et le plus marquant est l’éclairage sous l’engin : plusieurs rectangles lumineux orangés formant des rampes tout autour de l’appareil…» Voilà l’un des dossiers les plus abracadabrants recensés dans la ville rose, qui n’est pas sans rappeler un témoignage recueilli en septembre 2000 soutenant l’observation d’«une forme géométrique en points lumineux, formant un triangle et évoluant silencieusement dans le ciel».  Si le ciel est le même pour tous, la Haute-Garonne est le 7e département français recensant le plus d’observations non-identifiées. Un chiffre à relativiser puisque le nombre de témoignage va de pair avec la densité de population. Et Toulouse réunit une foule de regards levés vers le ciel en quête d’un peu d’exotisme : «Actuellement nous étudions une observation faite en mars 2012 place du Capitole : des témoins ont vu un point lumineux en mouvement dans le ciel», ajoute Xavier Passot, «il n’est assimilable à aucun aéronef, lanterne thaïlandaise, météorite ou autre satellite…»

«Le Geipan est à mi-chemin entre science et social»

«Classer certains dossiers s’avère très compliqué, car ce sont la plupart du temps des témoignages uniques avec peu ou pas de preuves. Nous utilisons quelques méthodes de psychologie pour détecter mensonges et canulars. Mais ceux-ci sont rares, de l’ordre de 1%  à peu près. En général les témoins ont réellement vu quelque chose d’étrange mais ils sont si bouleversés que leur récit perd en cohérence.» Et comment exploiter ou publier un dossier apportant des éléments si incompréhensibles que les fondements même de la science s’en retrouvent renversés ? Ainsi : «C’était très haut dans le ciel et très grand, avec une très forte lumière au milieu et des ailes de chaque côté. Il y avait deux pieds sous la lumière, couverts de pics partout comme des pointes, ça m’a fait penser à un robot.» Comment oublier ce sexagénaire, dans l’Est il y a quelques années, qui en plein jardinage se paye le luxe d’observer pendant près de dix minutes un engin de vingt mètres de long et de quatre mètres d’envergure planant à dix mètres au dessus de lui ? «Parfois lorsqu’une explication rationnelle clôt un dossier, nous sommes tentés de censurer les écrits afin d’épargner aux témoins un quelconque déshonneur… Par exemple suite à un accident de voiture et plusieurs semaines de coma, quelqu’un nous a raconté, qu’il avait été guéri par des extra-terrestres. Il pensait être rentré en collision avec une soucoupe volante…» Aujourd’hui de nouveaux outils permettent au Geipan d’être plus efficace et d’élucider d’anciennes enquêtes ré-ouvertes pour l’occasion : logiciels d’astronomie et de calculs, relevé météo ou encore internet avec Google earth notamment qui offre la possibilité de faire des reconstitutions. Mais le département des mystères croule littéralement sous les demandes, avec plus de 400 dossiers en retard, soit trois ou quatre ans.

Le vilain petit canard de la science

Si la crédibilité du Geipan tient encore du mirage dans la sphère scientifique, «d’autres pensent simplement que nous faisons un travail de démystification qui est utile», déplore Xavier Passot, «car dans la science traditionnelle les ovnis sont très mal vus ! Les seuls qui se frottent à nous sont d’ailleurs assez âgés pour ne pas risquer leur carrière». Il cite un regret en particulier, celui de ne pas pouvoir comparer ses cas les plus étranges à l’international : «Le Geipan est le seul organisme civil public au niveau mondial, face à des associations privées ou à l’armée. Et de toute manière sa politique ne vise pas du tout de tels échanges, cela ferait bien trop de bruit. Pourtant c’est clairement une solution pouvant apporter des explications et faire avancer la recherche. J’espère dans ma carrière avoir à étudier un cas solide, témoins et photos à l’appui. Enquêter au Geipan nourrit évidemment de vieux espoirs. Il n’y a qu’à voir les ouvrages publiés par mon prédécesseur après 20 ans dans ce siège», ironise-t-il. (Jean-Jacques Velasco, responsable du Geipan de 1983 à 2004 et auteur notamment de Ovnis : L’Evidence. ndrl)

Aurélie Renne

http://www.cnes-geipan.fr/



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