In Bikini dura rock…

… Tel est le slogan de la mythique salle de concert toulousaine qui fête ces jours-ci ses 25 ans au service des artistes. Un quart de siècle dédié à la musique actuelle et célébré comme il se doit le 27 juin prochain. Rencontre avec son chef d’orchestre… Hervé Sansonetto.

 

Hervé, 25 ans c’est un bel anniversaire…
Quand on regarde en arrière, c’est ahurissant de voir à quel point les choses ont évolué. J’ai connu l’âge de pierre et l’amateurisme des concerts alors qu’aujourd’hui on baigne dans le professionnalisme. Maintenant c’est un métier. Je tiens beaucoup à cet anniversaire car 25 ans avec la même direction pour une salle de concerts, ça ne court pas les rues !

C’est pour cela que vous avez organisé une soirée vendredi 27 juin ?
Je ne voulais pas que ma démarche soit jugée mégalomane, dans la mesure où l’on vient de fêter la réouverture du Bikini. Je voulais une fête discrète et faire la part belle à la nouvelle scène toulousaine pour une soirée en toute simplicité et modestie. Ce qui n’enlève pas le talent des artistes présents vendredi.

Comment est née l’idée de monter le Bikini il y a 25 ans ?

Au départ, il y avait une grosse motivation pour faire des concerts car, à l’époque, peu de groupes tournaient. On a commencé le Bikini avec le concept de boîte de nuit et des concerts ponctuels, le tout gratuit et très libre pour les spectateurs. Je ne sélectionnais pas la clientèle. Notre originalité demeurait déjà dans le style de musique diffusé, qui n’avait pas droit de cité dans les discothèques classiques. Je pense que nous avons assisté en quelque sorte à une démocratisation de la profession. Mais petit à petit, les concerts ont pris le pas sur la boîte de nuit pour faire du Bikini une salle de spectacles où près de 6 000 groupes se sont déjà succédé.


Vous considérez-vous comme un tremplin pour les jeunes artistes ?
Pas du tout car ce serait trop prétentieux de penser cela. Je ne vends pas de voiture, je fais de la musique. Il est sûr que dans le tas, des groupes inconnus ont percé comme Zebda, Manu Chao ou Noir Désir mais je ne peux pas dire que c’est grâce à moi car une soirée reste un concours de circonstance : il y a le talent de l’artiste, la réaction du public et l’organisation. J’ai eu la chance de les voir passer au Bikini.

 

Un manque à Toulouse

Mais beaucoup d’artistes confient en interview que le Bikini est la meilleure salle de France. Comment réagissez-vous à ces compliments ?
C’est gratifiant et je suis fier d’entendre cela. Tant mieux si les artistes sont heureux de venir jouer à Toulouse car c’était l’objectif de départ. Mais il ne faut pas perdre de vue que le Bikini doit rester un endroit convivial, un lieu de vie pour les gens qui y travaillent.

25 ans de bonheur mais également la frustration liée à AZF…
Au départ, cette catastrophe a été très dure à vivre. J’ai eu la chance d’être bien indemnisé et bien entouré par des gens motivés qui voulaient que l’aventure continue. Je n’avais pas les moyens de reconstruire le Bikini tout seul. Les élus m’ont permis de retrouver un outil de travail et une continuité. Le Bikini semble plus grand, plus imposant, mais, encore une fois, ce n’est pas de la mégalomanie. Il correspond simplement aux exigences techniques des spectacles, des artistes et du public. Quand j’ai démarré le Bikini en 1983, la scène avait la taille d’un podium de batterie aujourd’hui ! Maintenant, on pourrait se balader sur scène en bicyclette. Cependant, j’ai gardé l’esprit Bikini avec la piscine et le restaurant. Ce dernier me permet de faire la jonction entre la fin de saison et les vacances et de toucher une autre clientèle.

Comment voyez-vous évoluer la culture musicale à Toulouse ?
Dans les années 80-90, les artistes pouvaient jouer dans les bars mais ces établissements ont commencé à fermer à cause d’une volonté politique et artistique. En effet, face aux bénéfices importants des salles au détriment des artistes, la profession a voulu mettre de l’ordre. Du coup, tous les groupes ont dû être déclarés, référencés… Or, on ne peut pas être Mick Jagger du jour au lendemain ! Les jeunes ont besoin de tourner, de s’aguerrir sur scène. De plus, la mode DJ techno est apparue et il est certain qu’il est plus facile de recevoir un mec avec deux platines
qu’un groupe et ses instruments. Tous les bars qui ont fermé constituent un manque à Toulouse car les groupes n’ont plus d’endroit pour s’exprimer.

Avez-vous des souvenirs marquants à nous faire partager ?
Aucun ! Il faudrait y passer la nuit entière et prendre la liste de tous les groupes car il existe une anecdote à raconter pour chaque concert. Sortir des moments précis de tout ce magma est très difficile.

Quelques mots sur la programmation 2008-2009 ?
Tout est presque arrêté. Je peux vous donner quelques grands noms : Bashung, Daniel Darc, le Festival des Inrocks, Keziah Jones… La philosophie reste toujours la même : notre fierté est de remplir le planning et la grande inconnue reste le public qui va suivre !

Propos recueillis
par Sophie Orus



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