Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ?

Après de longs mois de tergiversations, une première union homosexuelle a finalement été célébrée à Montpellier le 29 mai. Pourtant avant qu’elle ne soit adoptée, la loi Taubira avait été qualifiée « d’incomplète » par bon nombre de couples homosexuels désirant s’unir et fonder une famille (JT n°533). Enquête sur l’homoparentalité et rencontre avec ces Toulousains qui ont trouvé leurs propres solutions.

« L’homoparentalité dérange car elle bouscule les codes », lance Martine Gross, sociologue au CNRS et auteure notamment de « Qu’est-ce que l’homoparentalité ? », « actuellement la notion de parentalité implique encore pour beaucoup celle de géniteur et dans le cas d’un couple homosexuel des barrières morales subsistent.» Et pour preuve, une loi Taubira qui, si elle autorise les couples de même sexe à se marier, ne propose qu’une faible avancée concernant la parentalité. « Ce qui change réellement, c’est l’adoption conjointe, c’est-à-dire que si l’un des deux a un enfant, l’autre peut l’adopter juridiquement. Mais attention car trop peu d’enfants sont adoptables en France, les couples se tournent donc vers l’étranger, or l’adoption internationale n’accepte pas les couples homosexuels : un couple marié sera donc pénalisé ! » Un comble pour ces couples qui doivent aujourd’hui choisir d’adopter avant de se marier, «on est dans un entre deux » poursuit Martine Gross.

La coparentalité largement adoptée

Fonder une famille pour un couple homosexuel n’est pas une sinécure. A chacun alors de trouver la solution qui lui convient le mieux, en allant parfois jusqu’aux limites de la loi. La PMA par exemple n’est pas autorisée en France (sauf pour les couples hétérosexuels), beaucoup se dirigent donc vers l’Espagne, les Pays-Bas ou la Belgique pour recevoir une insémination artificielle. Certains ont même recours à un système plus « artisanal » (insémination à l’aide d’une seringue), cela a été le cas il y a huit ans pour les parents de Capucine, en banlieue toulousaine : elle a été portée par Luna, l’une de ses deux mamans. Alexandra son autre maman, raconte comment le choix s’est fait : « l’une était plus prête que l’autre, voilà tout. Je porterai notre prochain enfant. » Quant au géniteur, c’est un proche du couple. « Capucine sait qui il est pour elle. » Aujourd’hui, il prend un rôle proche de celui d’un parrain dans son quotidien. Elle raconte que pour elle, c’est « comme un bonus. » « Pour les hommes, c’est un peu plus compliqué », ajoute Martine Gross. La Gestation Pour Autrui, également interdite en France existe et est plébiscitée par certains mais la solution choisie en masse par les hommes reste la coparentalité : un homme et une femme conçoivent un enfant et l’élèvent au sein de leurs deux foyers. La plupart du temps ce sont des amis, ou des rencontres via des associations, parfois aussi les couples utilisent le biais internet, avec des sites comme coparent.fr  « Jusqu’au début des années 2000, c’était une modalité choisie en majorité par les hommes, car c’est la seule qui ne nécessite aucun contrôle social : pas besoin d’agrément pour procéder à la conception d’un enfant ! Depuis cela baisse, on se tourne davantage vers la GPA, qui croit lentement, c’est sûrement le signe pour les hommes d’un projet conjugal plus assumé. »

« En maternelle et en primaire, les tout petits sont plutôt fiers de dire qu’ils ont deux papas ou deux mamans »

Si la plupart des études qui portent sur l’homoparentalité s’intéressent avant tout aux couples de parents, dans les années 1990 quelques études ciblant les enfants ont commencé à émerger en France. Alice Olivier, étudiante en sociologie, auteure du mémoire : « Gérer la différence familiale : parler de sa famille dans le cas des préadolescents et adolescents des familles homoparentales » (2012) explique : « Dans l’ensemble, ces études insistent sur le fait que les enfants de familles homoparentales se développent de façon similaire aux enfants issus de familles hétéro parentales. Ce qui diffère, c’est la manière dont ils parlent de leur famille.» « Ce que l’on sait c’est qu’en maternelle et primaire, les petits sont plutôt fiers d’avoir deux mamans ou deux papas », ajoute Martine Gross, « au collège, cela se complique car il y a un gros désir de conformité, mais de toute manière, les années collèges sont difficiles, que l’on ait des taches de rousseur, des chaussures de la mauvaise marque ou deux papas ! » Un constat que vient compléter Alice Olivier : « Au lycée cela redevient valorisant, on cultive sa différence. » Une tendance semble par contre réunir ces enfants : « Ils ne souhaitent pas être considérés comme des personnes atypiques, être mis « sous le feu des projecteurs » en raison de l’orientation sexuelle de leurs parents », ajoute-t-elle. Véronica, 17 ans,  raconte : « Pourquoi je devrais dire « j’ai deux mamans » aux personnes que je rencontre ? Mes amis ne disent pas « mes parents sont séparés » à la première rencontre, ou « je vis avec ma mère », ou « mon père est mort »! » Il est encore un peu tôt pour connaître les résultats concrets que la nouvelle loi aura sur l’homoparentalité… Certes, elle ouvre de nouvelles possibilités pour les couples homosexuels souhaitant fonder une famille, « mais l’homoparentalité existe déjà en France et depuis très longtemps. Je pense donc que cette loi apporte avant tout une reconnaissance légale à des familles qui existent déjà et facilitera sans doute leur existence à l’avenir », termine Alice Olivier.

Aurélie Renne

 

 

200 000 personnes déclarent vivre en couple avec une personne du même sexe (INSEE Fév 2013)

10% de ces personnes ont un enfant mineur

24 000 et 40 000 enfants mineurs vivraient avec des concubins de même sexe (INED 2005)

 

 

Attention car les « mères veillent »…

Durant 24h, jusqu’au 9 juin, les « mères veilleuses » investissent la place du capitole. Leur but ? Ouvrir la discussion sur les conséquences de la Loi Taubira… Dans les faits, quelques bougies, deux ou trois transats et quelques notions sur la filiation. Elles sont mères de famille, se revendiquent pacifistes et rapportent « avoir connu de belles discussions » avec la soixantaine de personnes venue tailler la bavette dans la journée. Et si elles regrettent d’être vues comme homophobes elles se défendent de l’être, mais attirent bon gré mal gré beaucoup d’entre eux.



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