[Dossier] Ils nous donnent goût à la science

C’EST PAS SORCIER – Toulouse a la bosse des maths… et des sciences. Berceau entre autres d’une centaine de laboratoires de recherche et de centres réputés d’études spatiales. En 2018, elle sera même capitale européenne de la science. Les Toulousains n’ont pas toujours conscience de la richesse scientifique qui les entourent. Au détour du Quai des savoirs, de la Cité de l’espace, sur scène, autour d’une bière, des amoureux de la connaissance s’emploient à nous ouvrir les yeux en rendant accessible le savoir. Tour d’horizon de ces initiatives de vulgarisation.

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®Patrice Nin

Le réchauffement climatique ?  « Un canular inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ». Les vaccins ? Ils sont « responsables de l’autisme ». Peu importe que des études scientifiques prouvent catégoriquement le contraire, Donald Trump, le président des États-Unis est habitué à affirmer des contre-vérités scientifiques. Face à ce négationnisme scientifique et à la propagation de ‘’fake news’’ (fausses informations) sur les réseaux sociaux, la communauté scientifique internationale a décidé de réagir en lançant le mouvement ‘’March for science’’. Le 22 avril dernier, une manifestation mondiale a ainsi rassembléscientifiques et citoyens dans 54 pays. Avec notamment pour mots d’ordre « défendre l’indépendance et la liberté des recherches scientifiques publiques » ou encore « promouvoir un meilleur dialogue entre sciences et société ». À Toulouse, ils étaient près de 1200 à avoir répondu à cet appel.

Une mobilisation qui révèle « une bonne dynamique scientifique » dans la Ville rose, selon Didier Barret, astrophysicien à l’Institut de recherche en astrophysique et de planétologie (Irap) de Toulouse (CNRS/Université Paul Sabatier/CNES). D’après ce chercheur, « le raisonnement scientifique doit être remis au cœur de la société. Il y a un enjeu à forger l’esprit critique des citoyens. Car une fausse information, une contre-vérité, si elle est très relayée, peut demander plus d’énergie à être démontée qu’à être diffusée », estime-t-il.

Pour cela, Didier Barret considère qu’il faut rétablir le lien entre scientifiques et citoyens. « Pendant longtemps, les chercheurs ont été trop déconnectés de la société, notamment parce que les activités de vulgarisation ne sont pas toujours valorisées dans les carrières ». Il a donc décidé d’amener la science dans des lieux où elle n’a pas l’habitude d’entrer. En 2004, il a fondé l’association ‘’Les étoiles brillent pour tous’’. Grâce à elle, chercheurs et scientifiques vont à la rencontre de publics dits « empêchés », comme des détenus, des personnes hospitalisées ou en situation de handicap, des seniors en maison de retraite… Une expérience gagnant-gagnant qui, selon lui, permet « au scientifique de défendre sa recherche auprès du public » et à ce dernier d’« être valorisé par le fait que des chercheurs viennent à eux ».

Un enjeu dont la Ville de Toulouse a pris conscience. En témoigne l’ouverture, en février 2016, du Quai des savoirs. Contrairement à un musée, sa mission est d’être un point de convergence entre associations de médiation scientifique et technique, et les universités toulousaines. Ce lieu culturel explore des méthodes innovantes pour désacraliser les sciences. Exit le monopole des conférences, place à des ateliers parents-enfants par petits groupes ou à des initiatives plus originales. « Les sciences dures ont tendance à faire peur. Nous leur faisons donc, par exemple, faire un détour par l’art », explique Marina Léonard, responsable de programmation. « Avec le Pavillon Blanc de Colomiers nous avons conçu une exposition avec des binômes artistes-chercheurs. Ces derniers racontaient avec leur regard de scientifiques une œuvre d’art contemporain inspirée de l’astronomie ». L’objectif affiché est ainsi « d’ouvrir la curiosité des publics, pour faire comprendre qu’il n’existe pas une seule vérité sur un sujet ». Une vision que partage Didier Barret. Selon lui, vulgariser n’est pas seulement donner accès à la connaissance, il s’agit aussi d’un enjeu démocratique. « Pour que la démocratie fonctionne, il faut que les citoyens soient informés, qu’ils interviennent en conscience, avec du recul, de manière à ce qu’ils puissent prendre des décisions sur des sujets tels que les organismes génétiquement modifiés (OGM), la thérapie génique, les lois, la finance… »



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