Il était une fois la révolution

Malgré le «2012 c’est parti» du Journal du Dimanche laissant accroire que les candidats se sont déclarés pour la grande joute présidentielle, on en reste en fait toujours au billard à plusieurs bandes ; ni Nicolas Sarkozy, ni DSK n’ayant fait d’autres pas vers une candidature que par la posture “chiraquienne” de l’un au Salon de l’Agriculture (le Président lance «la campagne des terroirs» titrent certains journaux) et le volet social de l’autre ne laissant pas deviner son choix mais laissant les sondages conduire une campagne virtuelle dont le danger serait de croire subitement que loin d’être une photographie (ce qu’ils sont de facto) les sondages deviendraient des instruments prédictifs.

 
C’est l’une des premières fois sous la Vème République (après l’attente imposée aux médias par François Mitterrand en 1988) que la pré-campagne s’ordonne autour d’un homme public, aux chiffres et à la fonction charismatiques, qui prend le temps de diriger le FMI jusqu’à ce que le calendrier du PS l’oblige à répondre par oui ou par non, attendant d’ici là que la boîte de Pandore des critiques et la boîte à gifles de campagne s’ouvrent pour déverser sur la pré-campagne et la fin du quinquennat des remugles politiciens qui contribueront au désenchantement de l’électorat en conduisant – logique terriblement et pathétiquement redoutable – à la montée de l’abstention et des populismes (côté Mélenchon comme côté Marine Le Pen). Comme si l’on pouvait déjà affirmer que le quinquennat est une erreur (il met le pays en campagne électorale beaucoup trop tôt) comme les primaires au PS en sont une autre (leur suppression selon Michel Vauzelle – ex-porte-parole de Mitterrand – étant «l’affaire de tous les républicains»). C’est dans ces conditions (aussi mauvaises pour la majorité présidentielle que celles qui avaient précédé les régionales) que se préparent les cantonales : seul un abstentionnisme record (c’est sûr) et différentiel au profit de la droite (possible mais pas probable) pourrait atténuer le verdict écrasant au profit de la gauche. Il ne manquerait au tableau politique que la perte du Sénat pour que la boucle soit bouclée et que la Présidentielle se présente sous de drôles d’auspices !
Mais au-delà de nos guerres picrocholines franco-françaises, c’est l’embrasement du Maghreb et de l’Orient qui suscite des interrogations et des commentaires… Après 1848 et 1989, voilà donc dans les livres d’histoire numérisés de demain, les dates que les enfants du troisième millénaire réciteront ! Pour trois historiens (Sylvie Aprile, Henry Laurens et Pierre Hassner) «l’un des points communs entre l’Europe de 1848 et certains États du monde arabe aujourd’hui comme la Tunisie et l’Égypte, c’est un climat comparable de difficultés économiques et sociales et de flambée de prix agricoles». «En 1848 Lamartine parlait de “Révolution du mépris”. La formule vaut pour Ben Ali et Moubarak comme pour Louis-Philippe». Ils soulignent le rôle central joué par Al-Jazira qui «a recréé le monde arabe comme espace politique commun» et insistent, à juste raison sur «la parfaite maîtrise des outils de communication permettant de faire passer des mots d’ordre extrêmement rapidement à un très grand nombre de personnes et partout dans le pays». Oui «toute dictature doit craindre Facebook ou Twitter». Néanmoins, chacun a son point de vue quant à l’avenir de ces révolutions : pour Pierre Hassner «la vocation des révolutions c’est d’être trahies ; les hommes qui savent manifester sont souvent dépassés une fois que la révolution est faite» ; pour Henry Laurens «l’image du terroriste barbu a été remplacée par l’image du militant de la Place Tahrir qui, avec son balai, nettoie à la fois physiquement et métaphoriquement le désordre» ; enfin pour Sylvie Aprile «la contre-révolution se saisit de certaines revendications politiques en en faisant même les instruments de son pouvoir». L’espérance de tous et même des opinions publiques étant que l’évolution se fasse vers un islamisme à la turque, un islamisme occidentalo-compatible. Mais tout événement a quelque chose de fondamentalement mystérieux surtout quand il s’agit d’une révolution !

Stéphane Baumont


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