Hommage ; Fernand Cousteaux, un être de haute frondaison

Un grand journaliste vient de nous quitter. Une haute figure du républicanisme de terroir qui sut côtoyer le radicalisme de proconsulat comme le radicalisme de comités, l’incarnation et l’illustration de l’état d’esprit “Dépêche du Midi” qui sut tutoyer l’universalité d’un fait divers ou la symbolique d’une victoire épique de Lombez sur Samatan, l’humanisme de la cuisine toulousaine qui, écrivait-il, «exprime à la fois la rudesse des vallées pyrénéennes ou des Monts de Lacaune, les trésors du Quercy, les somptueuses abondances des plaines de la Garonne, la solitude du berger des Causses, exposant ses fromages de brebis aux mystères de ses moisissures des grottes de Roquefort…»

 
Oui, tout cela c’était Fernand Cousteaux : une large humanité jointe à l’individualisme secret de tous les créateurs (par sa plume éditoriale, il fut l’un des créateurs de la Dépêche d’après-guerre) ; un sens égal de la solitude et de cette foule qu’il aimait à intégrer de comice agricole en réunions d’Ovalie sur Garonne ; une promptitude dans l’entreprise et la riposte qui n’avait d’égale que cette fausse nonchalance à exploiter le succès : un amoureux du terroir qui avait intégré Tristan Dereme et Raymond Abellio, Kleber Haedens et Maurice Magre, Yves Rouquette et José Cabanis, Robert Mesuret et Claude Nougaro. Oui, c’était ce formidable mélange des inspirations qui contribuèrent à façonner Toulouse comme son journal emblématique et à persuader celle ou celui qui ne l’était pas, que la vérité du jour était dans l’éditorial du matin lu sur le zinc du café du commerce à Rodez comme à Aignan, à Toulouse comme à St Nauphary, à Albi comme à Foix.
Etre de haute frondaison, toujours prêt à l’enthousiasme spinoziste, faisant comprendre à l’interlocuteur qu’il n’est pas de dialogue possible sans table de terroir, donnant à la politique de faux airs de vacances, alors qu’il nous assénait tranquillement des analyses que les urnes allaient rendre prémonitoires.
Au cœur ardent de la famille Baylet, il en fut l’un des plus proches gardiens : gardien d’un état d’esprit, d’une philosophie, d’une idéalogie plus qu’une idéologie.
Fernand Cousteaux ne sera plus croisé au coin d’une rue. Sa haute silhouette et sa voix resteront dans nos mémoires. Nous continuerons à le lire et à le relire en espérant que les nouvelles technologies de communication n’empêcheront pas à d’autres Cousteaux de se lever au firmament de la presse de demain. Son souffle dans l’écriture comme dans la parole lui survit ; il continuera, à sa manière, d’ensemencer l’avenir.

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.