Histoire de Toulouse ; Un magistrat dévoyé Jean de Ulmo

Jean de Ulmo naquit dans les dernières années du XVème siècle d’une famille honorable qui avait compté plusieurs capitouls. Mais il n’était pas riche et après des études de droit, il ne put qu’accéder à une charge subalterne. Il sut vite se faire des amis influents dans la société toulousaine qui l’aidèrent à acquérir en 1526 la charge de second avocat général au Parlement.

 
Il est remarquable qu’il fut le premier officier du Parlement à se faire dispenser par le roi du serment de n’avoir rien donné pour se faire pourvoir de son office, comme il était d’usage en ce temps-là. Sa bienveillance était acquise à ses riches protecteurs dans les affaires de justice où ils se trouvaient impliqués. En dépit de l’opposition du premier avocat général Degua, qui soupçonnait la vénalité de son collègue, celui-ci allait en trois ans à peine, amasser une fortune considérable. Nulle affaire indéfendable n’était perdue avec lui, si l’on savait y mettre le prix.
Bientôt, ce rang ne lui suffisant plus, il réussit à acquérir la charge de président à mortier en dépit d’une forte opposition, mais ses solides appuis lui permirent de rester en place et de vendre la justice sans vergogne. En 1529, il fit l’achat d’un immeuble rue Ninau et entreprit la construction d’un des plus beaux hôtels de la ville. De style à la fois gothique et classique, son imposant perron à baldaquin fit sensation à Toulouse. Mais Jean de Ulmo perdit toute mesure par l’assurance qu’il avait de son impunité. Un riche marchand de Montauban, nommé Martel, porta sa plainte au roi des agissements de Ulmo en 1536. Le Parlement, bien loin de le protéger, contribua de son autorité pour le faire punir. Reconnu coupable, il fut dégradé de sa charge dans la grande salle d’audience du Parlement, puis, monté sur un tombereau, conduit à la Place Saint-Georges pour y être pilorié, flétri au front d’un fer rouge et mené en prison au château de Saint Malo pour le restant de ses jours. Tous ses biens furent confisqués au profit du roi. Mais l’histoire de Jean de Ulmo ne s’arrêta pas là.
Dans sa prison, il se fit bientôt remarquer du gouverneur, car il différait sensiblement des canailles emprisonnées dans la forteresse. Son charme et ses belles manières lui valurent bientôt la sympathie de ce gouverneur qui adoucit son sort et lui fit attribuer un poste administratif qui fit qu’il eut bientôt la haute main sur les finances de la prison. Décidément incorrigible, il falsifia les livres de compte et détourna d’importantes sommes à son profit, ce qui fut découvert. Désespérant de son repentir, le gouverneur le condamna à être pendu, ce qui fut exécuté en 1549 mettant ainsi fin à une vie qui l’avait conduit au sommet de la société toulousaine.

Michel Comby


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