Histoire de Toulouse ; La véritable histoire de Martin Guerre

Le cinéma a popularisé voici quelques années le nom de Martin Guerre, incarné à l’écran par Gérard Depardieu. Ce personnage a réellement existé et son cas a fait l’objet d’un procès retentissant qui a marqué dans les annales du Parlement de Toulouse, son arrêt datant de 1559.
Martin Guerre, habitant du lieu d’Artigat, en Gascogne, avait épousé dans les années 1535, une femme jeune et belle nommée Bertrande Rols. Il vécut dix ans avec elle, puis la quitta pour aller à la guerre.

 
Huit années passèrent sans nouvelles de lui, lorsqu’un certain Arnaud Dutil, dit Pancete, se présenta à Bertrande et au restant de sa famille en prétendant être Martin Guerre et cela fut, semble-t-il, admis par tout le monde. Le long temps passé, une certaine ressemblance et peut être l’ennui que devait éprouver l’épouse de Martin, pouvaient expliquer cette reconnaissance. Arnaud Dutil eut deux enfants de Bertrande, mais trois ans après, et contre le vœu de celle-ci, certains parents du vrai Martin se rendirent accusateurs devant le juge de Rieux, qui condamna l’imposteur à perdre la tête. Arnaud Dutil en appela au Parlement de Toulouse, devant lequel il fut entendu, prétendant toujours être Martin Guerre. Il avait pour lui les quatre sœurs du vrai Martin ainsi que leurs maris, et une cinquantaine de témoins ; mais un nombre presque égal soutenait l’opinion contraire…

 


Les juges se trouvaient dans une grande perplexité, quand, comme par magie, le vrai Martin Guerre reparut ; mais l’imposteur savait trouver de tels accents de vérité que le doute subsistait, même en sa présence. Toutefois, après de nouvelles dépositions des sœurs de Martin, l’usurpateur fut condamné à être pendu et brûlé, mais les enfants qu’il avait eus de Bertrande furent déclarés légitimes. Au pied de la potence, Arnaud Dutil fit la confession de son crime, ce qui leva les derniers doutes. Il semble qu’il avait autrefois connu Martin Guerre dans l’armée, ce qui lui avait donné l’idée d’usurper son identité.
Jean Coras, conseiller au Parlement, qui fut le rapporteur du procès, en donna l’histoire au public, brodée de savantes notes. Montaigne lui-même a évoqué le cas de Martin Guerre : «Je vis en mon enfance un procès que Coras, conseiller de Toulouse fit imprimer, d’un accident étrange de deux hommes qui se présentaient l’un pour l’autre. Il me souvient qu’il avait rendu l’imposture de celui qu’il jugea coupable, si merveilleuse, que je trouvay beaucoup de hardiesse à l’arrêt qui l’avait condamné à être pendu». Terminons en signalant que le conseiller Jean Coras qui était protestant, fut lui-même pendu à l’orme de la cour du Palais de Justice de Toulouse, lors des massacres qui furent perpétrés en 1572 après la Saint Barthélemy.

Michel Comby


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