Histoire de Toulouse; La triste histoire de Violante

En l’année 1609, il y eut dans Toulouse un grand exemple de justice. Un Portugais, nommé Du Bats du Château, était venu depuis peu habiter Toulouse avec sa femme et ses quatre enfants dont trois filles. L’aînée de ces filles avait été mariée à un Espagnol dont elle fut très rapidement veuve et comme elle était très belle et avait beaucoup d’esprit, elle eut bientôt un cercle d’admirateurs. Peu avare de ses faveurs, elle se partagea entre quatre amants, un étudiant nommé Candolas, Esbaldit, clerc au greffe, Gayraud, conseiller au Sénéchal et le plus distingué Arrias Burdeus, religieux augustin et professeur de théologie.

 
Dans le dessein de l’établir, Gayraud trouva pour Violante un second mari, avocat à Gimont, nommé Pierre Romain, pensant l’attirer à Toulouse ; ce qui ne fut pas possible. Aussi Violante fut-elle contrainte d’aller vivre à Gimont où elle s’ennuyait fort dans une ville où elle n’avait pas ses aises et avec un mari pauvre et contrefait ; ce qui la mit au désespoir, ainsi que les quatre galants qui dès lors, complotèrent pour se défaire de Romain. Cette résolution étant prise, Gayraud, sous le prétexte d’un procès, fit venir le mari à Toulouse et le logea dans sa maison. Le soir venu, cet hôte cruel mena le malheureux à la promenade hors de la porte Arnaud Bernard vers 9 heures du soir et le fit passer dans un endroit désert derrière le collège de l’Esquille. Là, Candolas et Esbaldit le percèrent de plusieurs coups de poignard et le laissèrent étendu sur le pavé. Simulant la frayeur, Gayraud courut à la maison du Capitoul du quartier pour lui dénoncer le crime, et deux Capitouls coururent la ville pour découvrir les auteurs de cet assassinat. Ils arrêtèrent Esbaldit, trouvé seul dans le quartier de la Daurade, mais comme il n’avait pas d’armes, il fut relâché le lendemain.
On fut longtemps dans le doute, mais comme il courrait de méchants bruits sur Violante, les magistrats la firent prendre à Gimont et enfermer à l’Hôtel de Ville. A cette nouvelle, le moine Burdeus prit peur et courut se cacher dans la ville de Nimes où il se fit protestant pour empêcher son extradition. Il fut donc long et compliqué de le faire revenir à Toulouse, mais les magistrats y parvinrent et le Parlement lui fit son procès. Convaincu de ses malversations avec Violante, la peur de souffrir lui fit avouer les noms de ses complices dans l’assassinat du mari. Il fut condamné à avoir la tête tranchée et les quatre membres coupés. Ensuite fut jugé Gayraud qui lui aussi confessa son crime sous la torture et subit la même peine que Burdeus sur la Place Saint Georges. Ensuite le même traitement fut appliqué à Candolas et Esbaldit.
Quant à la belle Violante, son charme ne lui fut pas une sauvegarde. Elle aussi fut exécutée en 1613 en présence d’un grand concours de peuple. La communauté des Augustins à laquelle appartenait Burdeus fut incitée à se réformer à la suite de cette affaire et adopta de nouvelles règles plus strictes pour éviter le retour de ces débordements.

Michel Comby


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