Histoire de Toulouse ; La mort de Montmorency et Nostradamus

Le curieux d’histoire qui traverse la cour de notre Capitole, dite “Cour Henri IV”, remarque la plaque commémorative qui rappelle qu’en ce lieu, fut mis à mort le 30 octobre 1632, Henri de Montmorency, pour haute trahison, sur ordre de Louis XIII et du Cardinal de Richelieu.

 
Le jeune duc, gouverneur du Languedoc, petit fils de quatre connétables, de six maréchaux, allié à plusieurs maisons souveraines, poussé par sa haine de Richelieu, entra dans une conspiration contre le pouvoir royal conduite par Gaston d’Orléans, frère cadet du roi. Le duc n’avait pas la tête politique ; il avait jusqu’alors servi le roi avec zèle, et avait battu le prince de Savoie à Veillane en juillet 1630 ; action pour laquelle le roi l’avait nommé maréchal. Dépourvu de réalisme politique, il céda à l’influence de sa femme et à l’amitié qu’il avait pour Monsieur (Gaston d’Orléans). Mais l’ensemble de la province et le Parlement de Toulouse, ne le suivirent pas dans sa rébellion. Le 1er septembre 1632, près de Castelnaudary, les troupes royales défirent les rebelles et le duc, atteint de plus de dix blessures, fut fait prisonnier. Richelieu ne voulait plus tolérer ces séditions de la haute noblesse et Montmorency fut condamné à mort par la commission devant laquelle il fut traduit. De très nombreuses demandes de grâce furent faites en sa faveur, mais Louis XIII demeura inébranlable ; sa seule concession fut d’accepter que le condamné ne serait pas exécuté en public mais à huis clos, dans la Cour du Capitole et que le bourreau ne le toucherait point. Toutes les portes ayant été fermées, le duc se banda lui-même les yeux et s’agenouilla sur le billot avec une grande résignation. Il ne reçut pas la mort par l’épée d’un bourreau, mais par une sorte de guillotine avant la lettre, fer de hache coulissant sur des traverses en bois, comme le montre une gravure d’époque.

 

Il est très curieux de remarquer qu’au siècle précédent, Michel de Nostredame, dit Nostradamus, avait remarquablement prédit cette fin tragique. On trouve dans ses “Centuries” (centurie IX quatrain 18) publiées sous les Valois en 1558, ces lignes étonnantes : «Neuve obturée au grand Montmorency – Hors lieux prouvés délivre a clere peyne»
Le langage volontairement obscur du prophète mérite des explications : le grand Montmorency était enfermé dans une prison neuve (obturée) car la cour Henri IV était d’achèvement récent. L’exécution faite en des lieux inhabituels (hors lieux prouvés), le condamné subit la “clara paena” peine réservée aux gens illustres, car la décapitation ne comportait pas le côté infamant réservé à la pendaison ou à la roue. En deux lignes, tout est dit et on reste confondu devant la précision de cette extraordinaire prophétie, quoi que l’on puisse penser de l’œuvre de Nostradamus.
La mort d’Henri de Montmorency fut le signe du déclin du pouvoir de l’ancienne féodalité et l’affirmation d’une autorité royale sans entraves, ce qui fut pleinement réalisé sous le règne de Louis XIV.

Michel Comby


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