Histoire de Toulouse; La compagnie du “gay saber”

En novembre 1323, sept Toulousains épris de poésie et de beau langage, envoyèrent à tous les poètes du lieu une invitation à venir lire leurs œuvres le 3 mai 1354 dans un local situé près de la porte Villeneuve, à l’emplacement de l’actuelle rue des Sept Troubadours. Ces sept “trouvaires” dont le nom nous a été conservé, étaient : un petit noble, un bourgeois, un notaire, deux changeurs et deux marchands ; ce qui n’enlève rien à leur mérite.

 
A cette réunion, il y eut foule, et la récompense, une violette d’or, fut remportée par un habitant de Castelnaudary, Arnaud Vidal, pour son ode à la Vierge.
Encouragés par ce succès, les sept fondateurs prirent le nom de mainteneurs et se réunirent en un “Consistoire du Gai Savoir” qui va décerner chaque année des récompenses aux poètes les plus méritants. En 1356, furent publiées les “Leys d’amor”, règlement de la compagnie, dont le manuscrit nous a été conservé. Cet ouvrage présentait en première page une enluminure de la Vierge décernant une fleur d’or ; cette image fut baptisée “dame Clémence” ; ce deuxième terme n’étant qu’un qualificatif, mais cette allégorie va bientôt se transformer en un personnage bien réel. Les poètes inventent Clémence Isaure, riche Toulousaine qui aurait laissé quelques legs pour encourager les jeunes gens à cultiver le beau langage. En 1559, un auteur, Pierre Saint Aignan, publia de nombreuses précisions sur Clémence Isaure et son illustre famille, tout aussi imaginaire. Les Capitouls qui paient les fleurs, ne sont pas fâchés de trouver là une justification à ces dépenses ; aussi en 1627, ils prélevèrent dans l’église de la Daurade, une ancienne pierre tombale, celle de Bertrande Ysalguier, et en firent la statue de Clémence Isaure. La statue fut un peu modifiée par les soins des sculpteurs Pierre Affre et Claude Pacot, pour pouvoir être dressée et tenir des fleurs dans sa main. Un moulage de cette statue existe toujours au siège de l’Académie des jeux Floraux.

 

En 1694, Louis XIV érigea la Compagnie du Gai Savoir en Académie des Jeux Floraux qui acquit ainsi une plus grande renommée. Les noms de ses nombreux lauréats sont aujourd’hui un peu oubliés, mais un des plus célèbres avant la Révolution, fut le poète Fabre, auteur de l’immortel “Il pleut bergère” et du calendrier révolutionnaire. Il se fit appeler “Fabre d’Eglantine” pour rappeler la fleur qu’il reçut de notre Académie. Certains prétendirent qu’il avait reçu en réalité un lys d’or, mais se nommer Fabre du Lys n’était pas recommandé à cette époque. Cette précaution ne l’empêcha pas (mais pour d’autres raisons), de monter sur l’échafaud en 1794, ainsi que nombre de ses collègues à la Convention.
Au XIXème siècle, grâce au legs du banquier Ozenne, l’Académie s’installa en l’Hôtel d’Assézat, où elle siège toujours, perpétuant de nos jours, le plus ancien corps littéraire de France.

Michel Comby


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