Haïti Martyr

Au moment même où le Président de la République devient pour la première fois grand-père avec la naissance de son premier petit-fils Solal ; où François Hollande considère qu’il a «aujourd’hui cette liberté de faire des propositions» sans pour autant tutoyer la crédibilité d’une candidature présidentielle malgré son secret dessein d’y parvenir malgré Aubry, malgré Royal, malgré Strauss-Kahn ; c’est le séisme de force 7 qui a frappé mardi 12 janvier Port-au-Prince, la capitale qui fait la une de l’actualité et suscite une émotion publique mondialisée considérable : Port-au-Prince est devenue un cimetière à ciel ouvert où les survivants errent dans les rues jonchées de cadavres, espérant l’arrivée des premiers secours de l’étranger, où rétablir l’accès à l’eau potable est une priorité pour les ONG par ailleurs très inquiètes du très haut niveau d’insécurité (les gendarmes français qui y sont dépêchés protègent les secouristes).

 
Haïti est décidément un pays marqué par une forme de malédiction : en effet depuis deux siècles l’histoire de l’ancienne “Perle des Antilles” est marquée par une litanie de tragédies sur fond de tensions sociales, de violences et de crises politiques.
Sa naissance sonnait comme une promesse universelle avec la proclamation d’indépendance de cet-te première République noire (le 1er janvier 1804) couronnant la première révolte d’esclaves victorieuse de l’histoire. Ce séisme, de plus, touche l’un des pays les plus pauvres du monde déjà mis à l’épreuve en 2008 par une série de cyclones, par de violentes émeutes de la faim : il intervient dans un contexte politique instable alors que des élections législatives et présidentielles doivent avoir lieu en 2010 : et chacun d’espérer à nouveau qu’après la tragédie se lève un homme providentiel qui, avec l’aide et la fraternité des autres pays, sache assumer avec l’ONU notamment, une gouvernance de salut public, au meilleur sens et au plus fonctionnel des sens. Un nouveau pari pour Haïti !
La vie politique française n’en con-tinue pas moins, à tout niveau – jacobin ou girondin, colbertiste ou pas, décentralisé ou déconcentré – à respecter la tradition dite républicaine des vœux adressés, échangés, partagés sur l’air des lampions épistolaires ou nationaux, préfectoraux ou départementaux – et le Chef de l’État offre des vœux “tout miel” aux parlementaires : le message tient en un mot «apaisé», soulignant, presque devin, que «2010 sera aussi dense que 2009», rappelant le programme de l’année (réforme des collectivités, taxe carbone, burqa, retraites) et annonçant qu’il répondrait prochainement à une «invitation» de TF1 pour se livrer à un exercice de pédagogie en direction du grand public… et montrer comme il est «apaisé». Manifestement la deuxième phase du quinquennat vient de commencer : avec une nouvelle communication, une posture transformée, une “hyper-présidence” plus gaullienne et moins impérialiste, un respect du Premier ministre plus parlementariste (au moment où lui-même semble fixer sa propre durée de vie à l’Hôtel Matignon… La logique sauf accident, sauf crise grave, a affirmé François Fillon, c’est que le Président de la République change le Premier ministre au moment où il veut lancer une candidature à la présidentielle) mais aussi peut-être l’application du “modèle Séguin” (quand la rupture est socialement accompagnée ça passe ; quand elle n’est pas négociable, ça casse). On rentre en tout cas dans un nouveau moment de l’histoire du quinquennat avec notamment le haro de certains de l’UMP contre le Conseil Constitutionnel après la décision censurant la loi sur la taxe carbone oubliant alors que «la loi est l’expression de la volonté générale sous réserve de sa conformité à la Constitution» (Adieu Jean-Jacques Rousseau !), que la minorité politique peut désormais avoir juridiquement raison, et que – comme le plaidait avec force Robert Badinter en 1989 : «L’impatience qui saisit toute majorité politique face au juge constitutionnel est celle de tout pouvoir face à un contre-pouvoir».

Stéphane Baumont


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