Grippe A; Le nouveau dispositif en 10 points

Depuis le 23 juillet, la prise en charge des malades de la grippe A/H1N1 est confiée aux médecins généralistes et non plus uniquement aux établissements hospitaliers. Quels sont les changements pour les patients ? Qui contacter en cas de symptômes grippaux ? Quand aller à l’hôpital ? Quel délai avant l’arrivée des vaccins ?… Voici en 10 points les changements relatifs à la gestion de la pandémie de grippe A/H1N1. 

 
1 – Le médecin traitant devient le premier interlocuteur

Les malades de la grippe A doivent non plus appeler le 15 mais passer par leur médecin traitant. Même en cas de forte fièvre (> 38,5°C), de toux, de fatigue, ils ne doivent plus passer par le SAMU mais appeler directement votre médecin de famille. Ce dernier décidera du traitement à suivre. Le plus souvent, il se limitera à du paracétamol et du repos. Bien entendu, les recommandations de prévention sont toujours d’actualité : lavage des mains plusieurs fois par jour avec du savon ou une solution hydro-alcoolique, utilisation d’un mouchoir en papier pour tousser ou éternuer et mise des mouchoirs usagés dans une poubelle suivi d’un lavage des mains.

2 – Une organisation à mettre en place au cabinet

Comment les médecins généralistes pourront-ils accueillir ces cas de grippe sans risquer de les voir contaminer les autres patients ? Idéalement, deux salles d’attente différentes seraient nécessaires mais pour la majorité des cabinets, une telle organisation apparaît difficile voire impossible. Tout dépend du nombre de patients : 5 ou 45 patients par jour ? Si les locaux ne permettent pas de s’adapter, des plages horaires dédiées aux patients grippés seront à prévoir et en utilisant les mesures barrières que l’on recommande habituellement. Sans oublier les mesures d’hygiène qui seront encore plus renforcées dans le cabinet et la ou les selles d’attente aménagées.

 

3 – Des généralistes suffisamment informés et préparés ?

La Ministre assure avoir multiplié les initiatives d’informations en direction des généralistes : 300 000 kits de formation et d’informations envoyés il y a deux ans, 450 000 kits de protection comprenant des masques antiprojections et de protection, des sessions de formation en 2006 et 2007 dans toutes les régions, information directe aux abonnés du service DGS Urgent, deux réunions de préparation avec les syndicats ont eu lieu début juillet et une lettre envoyée aux 80 000 généralistes, pneumologues et pédiatres, dès le 15 juillet. Pour une réunion d’information, les préfets de régions devront rencontrer les médecins avant le 10 août. Ces réunions devraient également permettre d’adapter la prise en charge de l’épidémie grâce aux “remontées de terrain” des professionnels. Un site dédié aux professionnels de la santé apportera aux médecins des informations nationales mais aussi régionales sur l’épidémie.
Il est à noter que des stocks importants de masques FFP2 (permettant de se protéger du virus) et des masques antiprojections (pour les personnes infectées) sont distribués depuis un point unique dans les régions depuis début mai. Aujourd’hui, 16 centres de distributions sont opérationnels. «Ils devraient demain couvrir l’ensemble des départements».

4 – Pas de Tamiflu® systématique

Seuls les cas potentiellement les plus graves bénéficieront du Tamiflu®, le fameux antiviral de nouveau disponible en pharmacie et remboursé par l’Assurance Maladie. Aucune indication préventive pour ce médicament n’est recommandée, bien au contraire puisqu’on estime qu’une telle utilisation pourrait favoriser l’apparition de résistances aux antiviraux. En cas de pandémie, les stocks réalisés par le gouvernement seront suffisants, selon la Ministre de la santé Roselyne Bachelot qui invite la population à ne pas se constituer de réserves personnelles. 

 

5 – L’hôpital réservé aux cas graves

Seuls les enfants de moins de 1 an (par le biais de leurs parents) ou les victimes de complications de la grippe doivent contacter le 15 ou se rendre directement à l’hôpital. Les centres hospitaliers disposent des antiviraux à usages pédiatriques. Le cas échéant, le médecin traitant pourra guider les cas graves vers l’hôpital. Mais du fait du profil moins redoutable du virus et de sa circulation active sur l’ensemble du territoire, l’hôpital n’est plus la pièce centrale du plan national de prise en charge des malades.

6 – Des masques gratuits en pharmacie

Depuis le 23 juillet, des masques anti-projections à porter par le malade (pour éviter de contaminer l’entourage en cas d’infection et non pour se protéger du virus) sont délivrés gratuitement en pharmacie s’ils ont été prescrits par le médecin. 

 

7 – Plus de recherche systématique du virus

Compte tenu de la diffusion du virus et aussi de sa nocivité relative, le prélèvement naso-pharyngé permettant de rechercher le virus A/H1N1 n’est plus obligatoire. On part désormais du principe que des symptômes grippaux confirmés traduisent forcément une infection par la grippe A. Ce qui veut également dire que les procédures liées à des foyers localisés d’infections (isolement des enfants malades dans des colonies de vacances par exemple) seront déclenchées sans que l’infection par le virus grippal A/H1N1 ne soit confirmée par des analyses en laboratoire.

8 – Vaccin contre le pneumocoque recommandé pour certains

La Société de Pathologie Infectieuse (SPILF), la SFLS (Société Française de Lutte contre le SIDA) et le CNGE (Collège national des Généralistes Enseignants) recommandent de renforcer la vaccination antipneumococcique chez certaines personnes fragilisées. Doivent donc se faire vacciner : les insuffisants respiratoires, les insuffisants cardiaques, les patients alcooliques avec hépatopathie chronique, les personnes ayant des antécédents d’infection pulmonaire ou invasive à pneumocoque, les patients présentant une asplénie fonctionnelle ou splénectomisés, les patients présentant une drépanocytose homozygote, les patients porteurs d’un syndrome néphrotique et les patients porteurs d’une infection à VIH et ayant un taux de CD4 > 200/mm3. Le but est de prévenir dans cette population les surinfections pneumococciques de la grippe.

 

9 – Des vaccins disponibles au mieux en octobre

94 millions de doses commandées ont été commandées par le gouvernement à trois laboratoires différents (Sanofi-Pasteur : 28 millions de do-ses, GlaxoSmithKline : 50 et Novartis 16). En fonction des laboratoires, les doses devraient être livrées entre octobre et décembre 2009. Sachant que la vaccination nécessitera deux injections à trois semaines d’intervalle et un temps d’incubation avant d’être protégé… Si l’Angleterre envisage de faire l’impasse sur les autorisations de mise sur le marché (AMM) européenne (via des procédures d’urgence), la France semble plus prudente. La situation épidémiologique de la France est moins préoccupante. D’autant que si le virus conserve une virulence modérée, la France pourrait attendre l’obtention de l’AMM européenne avant de procéder à une vaccination.
Aujourd’hui, la stratégie vaccinale n’est pas arrêtée, mais aucune vaccination obligatoire n’est aujourd’hui envisagée. En fonction de l’évolution de l’épidémie, ces vaccinations de masse pourraient être réalisées dans des centres de vaccination ou par les médecins traitants.

10 – La gestion des stocks de médicaments et de masques à améliorer

C’est l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) qui gère un stock évalué à 845 millions d’euros, incluant 33 millions d’antiviraux, 1 milliard de masques chirurgicaux et 537 millions de masques de protection FFP2. Son action a été épinglée par un rapport du sénateur centriste Jean-Jacques Jé-gou Parmi les critiques avancées, on note : une dispersion et une hétérogénéité des 72 sites de stockage, une incertitude liée au dépassement de la date de péremption des produits, un stockage de produits dans des lieux parfois peu adéquats, un manque de clarification entre les rôles attribués à l’établissement public, les agences sanitaires et les différents ministères… Sans aller jusqu’à remettre en cause la création de l’Eprus, le rapport estime que ces constats pourraient «poser des difficultés de coordination en cas d’urgence sanitaire»…



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