Grève des chirurgiens; Le scalpel au placard

En grève jusqu’à la fin de la semaine, les chirurgiens libéraux font bloc pour défendre l’avenir de leur profession et une offre des soins correcte.
A une semaine de la présentation du projet de loi sur le financement de la Sécurité Sociale porté par Roselyne Bachelot, les quelque 300 chirurgiens libéraux de Haute-Garonne ont décidé de se joindre à un mouvement de grève national et de poser leur bistouri le temps d’une semaine. Ils n’assureront pas les consultations et opérations non-urgentes jusqu’à samedi prochain. A l’origine de la grogne, la non représentativité des chirurgiens dans les négociations entre l’Assurance Maladie, les complémentaires-santé et les syndicats de médecins. «Nous ne sommes pas consultés pour la remise en cause de la tarification dans notre domaine», plaide Philippe Cuq, président de l’Union des Chirurgiens de France (UCDF) et actuellement chirurgien vasculaire à Toulouse. «Il faut pérenniser une offre de soins et, pour cela, il faut que les assurances santé remboursent mieux les actes médicaux.»
Depuis 1980, les pouvoirs publics ont fait passer le secteur de la chirurgie en secteur 2, c’est-à-dire avec possibilité de compléments d’honoraires : «On pense à tort que les professionnels exagèrent avec les compléments d’honoraires mais l’Assurance Maladie a bloqué les tarifs depuis 25 ans. Nous possédons en France les meilleurs chirurgiens et, pourtant, une prothèse de hanche est fixée à 489 € chez nous et à 7 900 € en Italie ! Il faut que les gens comprennent qu’un acte de chirurgie implique de nombreux frais et qu’avec les tarifs actuels de la Sécurité Sociale, nous ne pouvons faire autrement. Au lieu de parler de tact et de mesure, parlons de transparence et de sécurité.» Pas question cependant de couvrir les médecins qui usent et abusent des dépassements d’honoraires : «Certains exagèrent mais il faut arrêter avec le parisianisme et la mise en avant de chirurgiens qui ne soignent que des milliardaires ou des joueurs de foot. La chirurgie doit concerner tous les Français», déclare Philippe Cuq.

 

Diagnostic réservé pour l’avenir

Mais ce qui inquiète surtout les praticiens, ce sont les dangers qui guettent une profession de moins en moins attractive : «Le travail est difficile, stressant, on ne compte pas les heures et on ne gagne pas très bien sa vie. De plus, on assiste à une judiciarisation de la profession et les jeunes ont de moins en moins envie de devenir chirurgien.» La moyenne d’âge de ces médecins est actuellement de 54 ans, d’où les craintes de l’UCDF : «Les postes d’interne sont libres en Haute-Garonne. La chirurgie arrive en queue de peloton des spécialités choisies par les étudiants en médecine.» Autre facteur de non-renouvellement du métier, la féminisation des professionnels de santé : «72 % des reçus sont des femmes qui sont meilleures que les hommes entre 18 et 27 ans. Mais au moment de choisir définitivement leur métier, elles pensent à la vie de famille, à la maternité et la chirurgie ne permet pas forcément de concilier tout cela.» Cette pénurie de relève entraîne un recours à la main d’œuvre étrangère : «Les chirurgiens étrangers sont moins diplômés et moins expérimentés. Il en va de même pour les infirmières de bloc que nous allons chercher en Espagne alors que la durée d’enseignement y est plus courte.» Afin de résoudre cette crise, l’UCDF a fait des propositions de terrain pour la mise en place d’un «contrat d’exercice chirurgical». «J’espère que le bons sens et le courage l’emporteront mais j’ai peur que nous ne soyons pas entendus», conclut Philippe Cuq. Faudra-t-il que les chirurgiens brandissent le bistouri ?

Sophie Orus


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