Grand contournement ; L’Etat dit non !

Après trois ans de débats houleux, le ministère de l’Ecologie vient de mettre son véto au projet de grand contournement autoroutier de Toulouse. L’ensemble des élus de gauche se réjouissent mais reste à trouver une solution à l’éternel problème des bouchons.

 
Le projet de grand contournement autoroutier de Toulouse vient d’enclencher une marche arrière suite au coup de frein donné au projet par le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire. Dans un communiqué sur l’A65 et les contournements, Jean-Louis Borloo a précisé : «Conformément aux orientations fixées par le Président de la République à l’issue du Grenelle Environnement et reprises par le projet de loi Grenelle, les nouvelles infrastructures routières, ferroviaires ou fluviales, devront désormais comprendre des mesures garantissant une vraie neutralité par rapport aux enjeux environnementaux des territoires traversés. […] Les projets qui n’atteindront pas un haut niveau d’exigence environnementale ou qui ne répondraient pas à une nécessité de sécurité et d’utilité collective ne seront pas retenus. Ainsi, les contournements autoroutiers de Toulouse ou de Bordeaux sont abandonnés.»
Raison invoquée par le ministère : «Ces projets ne correspondent plus aux nouveaux enjeux de développement durable. Ils privilégient la mobilité automobile, dans un contexte de pétrole cher et non renouvelable, l’utilisation non raisonnée de l’espace, notamment par l’étalement urbain préjudiciable à la biodiversité.» De quoi réjouir les diverses associations qui sont montées au créneau depuis l’annonce du projet. Les Amis de la Terre de Midi-Pyrénées se disent «satisfaits» de cette décision car, selon eux, le grand contournement aurait détruit une grande partie du paysage et des lieux naturels, «transféré une partie des nuisances liées à la rocade actuelle sur les populations rurales» et «contribué à l’étalement urbain de l’agglomération».

 

Quelles alternatives ?

Pour les élus de gauche, l’abandon d’une nouvelle autoroute sonne comme une victoire en pleine Assises de la Mobilité à Toulouse. Le président de région Martin Malvy «prend bonne note de cette décision» concernant un dossier sur lequel il a toujours exprimé ses «plus extrêmes réserves». Pierre Cohen, quant à lui, a tenu à rappeler que ce projet n’était qu’un «coup de communication» de la part des élus de droite. «Le grand contournement n’était qu’une dérive, sans solution. Je me réjouis que le gouvernement ait tenu compte du Grenelle de l’Environnement.»
Mais avec une croissance démographique de l’ordre de 17 à 18 000 habitants par an dans l’ère urbaine de Toulouse et un trafic sur la rocade qui a augmenté de 30 à 60 % selon les itinéraires en quelques années, il est grand temps de prendre les décisions qui s’imposent. Selon les spécialistes, les bouchons seront généralisés et quotidiens en 2020. Pour le maire de Toulouse, les solutions sont à trouver dans les transports en commun, les liaisons tram-train et les alternatives à la voiture comme les modes de déplacement doux. Pierre Cohen se dit apte au «recours à l’emprunt» et invite également l’Etat à participer financièrement, «comme il le faisait sous le gouvernement Jospin». Même son de cloche du côté de Martin Malvy : «Jean-Louis Borloo doit aller au bout de sa logique. Il doit annoncer les moyens qu’il dégagera pour financer le développement des transports collectifs en Midi-Pyrénées, aux abords et à l’intérieur de l’agglomération toulousaine. Le gouvernement ne peut pas se contenter de dire ce qu’il ne fera ou ce qu’il ne soutiendra pas, ce que l’on attend de lui c’est qu’il dise comment il compte intervenir pour résoudre les problèmes d’encombrement de la circulation et de sécurité». Reste à savoir si l’Etat est prêt à mettre la main à la poche pour la région Midi-Pyrénées alors que le débat public organisé autour du grand contournement finalement abandonné lui a coûté près d’1,2 million d’euros.

Sophie Orus


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